Quand on fait de la politique, à quoi bon dire ce qu’on pense ?

Publié le par Réformisme et rénovation

invité de l' émission du jeudi 16 novembre 2006 à 19h30 sur France culture
Jean-Marie Bockel, sénateur-maire de Mulhouse
 

Dominique Strauss-Kahn est le maître à penser de tous ceux qui, à gauche, opposent libéralisme et capitalisme ; Laurent Fabius a été le maître d’œuvre, lors de son passage à Matignon, de la conversion du Parti Socialiste aux règles de l’économie de marché ; Ségolène Royal, enfin, est tellement libérale qu’elle voudrait, avec la démocratie participative, inverser le rapport de force entre la société civile et l’État.
Mais dans ce drôle de parti, le Parti Socialiste, s’il faut être plutôt libéral quand on exerce le pouvoir, il ne faut surtout pas le dire quand on veut y parvenir. Si Michel Rocard et Bernard Kouchner – pour ne citer qu’eux - assument leur libéralisme, c’est qu’ils n’ont, aujourd’hui, rien à perdre ni à demander aux socialistes. En ce qui concerne Jean-Marie Bockel, c’est une autre histoire : à force de défendre le principe d’un socialisme attaché à la réussite économique autant qu’au progrès partagé, à force de faire du libéralisme un "fondement" du socialisme, à force de dire qu’en confondant libéralisme et ultralibéralisme, les socialistes se résignent à une « conception autoritaire de l’action publique », à force de vouloir réformer les services publics, baisser le nombre des fonctionnaires, aménager le droit de grève, rétablir la sécurité, réformer l’éducation, repenser l’immigration, les retraites et les aides aux entreprises privées, tout en reconnaissant à Nicolas Sarkozy le mérite de faire dans les banlieues « le boulot que nous aurions dû faire », M. Bockel semble s’être condamné à rester à la marge du PS. Il est « blairiste », mais tout le monde, à gauche, déteste (et plagie) Tony Blair ; Jean-Marie Bockel est la voix de la troisième voie, mais personne, ou presque, ne semble entendre l’auteur de la « motion Poucet » (0,64% au dernier Congrès du Mans).
Quand on fait de la politique, à quoi bon dire ce qu’on pense ?

Raphaël Enthoven

Publié dans Des proches politiques

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