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Samedi 24 mars 2007 6 24 /03 /Mars /2007 17:22

Publié dans : Des proches politiques
Edito intéressant de Eric Le Boucher dans le Monde

On peut cependant penser que Ségolène Royal est l'occasion de plusieurs pas dans le bon sens. Mais il y a encore du chemin à parcourrir.


"Pourquoi le niveau de réflexion économique dans cette campagne est-il si médiocre ? Alors que le diagnostic sur la profondeur de la crise française est maintenant bien établi et partagé par les trois camps principaux, UMP, UDF et PS, pourquoi les candidats ne proposent-ils que peu de mesures pour stopper la dégradation de la compétitivité nationale et relancer la croissance et pourquoi ces lapins sortis du chapeau comme les heures supplémentaires chez Sarkozy, les deux emplois sans taxes chez Bayrou, ou le "rétablissement de la confiance" d'un coup de baguette magique, ploup !, chez Royal ?

Pourquoi, en somme, les candidats ne sont-ils toujours pas à la hauteur de l'enjeu énorme : la guerre mondiale économique, la Chine, l'Inde, les Etats-Unis, l'accélération technologique, le vieillissement, etc. ?

Le fautif s'appelle Tony Blair. Il y a dix ans, les socialistes français ont qualifié, a priori et sans examen, le blairisme de politique "de droite" et ils n'ont toujours pas corrigé leur erreur depuis. Le déport gauche-gauche opéré alors dans l'ambiance post-1995 bourdieusienne et trotskiste a provoqué une perturbation magnétique du paysage politique français qui dure encore, malgré la tentative de Ségolène Royal. La gauche déportée sur sa gauche a profité en 2002 à Jacques Chirac, qui préfère les girouettes aux boussoles, mais elle a surtout évité à la droite de devoir construire une réponse au blairisme, c'est-à-dire une réelle politique économique libérale française de droite. Blair nié, pas de confrontation intellectuelle, pas besoin d'idées.

Voilà pourquoi, dix ans après l'arrivée de Tony Blair au pouvoir outre-Manche, ni la gauche ni la droite française n'ont de doctrine étudiée, confrontée, validée, forte, face aux défis de la mondialisation.

Voilà pourquoi la campagne est médiocre et pourquoi les trois candidats sont si imprécis, si ambivalents, si peu fiables, en un mot. Et voilà pourquoi les électeurs hésitent. On les comprend.

Revenons au point de départ, à ce PS français au QI de pétoncle. Il a sous ses yeux, de l'autre côté du Channel, à deux heures trente de train, une politique de gauche qui réussit, et il s'obstine à affirmer que c'est une politique de droite qui échoue. L'erreur est devenue cette fois-ci grosse comme le nez au milieu de la figure, et on peut espérer que même le PS peut en voir l'effet : si François Bayrou occupe 18-22 % des voix dans les sondages, c'est que le PS a déserté le centre, laissant le champ libre à une renaissance de l'oubliée UDF.

Toute la remagnétisation correcte du paysage droite-gauche et le débat d'idées qui s'ensuivra attendent la reconnaissance de leur erreur par les socialistes : le blairisme est non seulement de gauche, mais c'est la réponse intelligente de gauche à la mondialisation. Insistons : ce n'est pas seulement le sort du Parti socialiste qui est en jeu, mais bien l'atterrissage, si retardé, de toute la France dans la réalité.

Remplissons donc un devoir "citoyen", pour employer un mot tarte à la crème qui fait vibrer de plaisir les militants : voici un manuel de démonstration du caractère de gauche de la politique conduite par Tony Blair et Gordon Brown, son ministre des finances, depuis leur arrivée au pouvoir, en mai 1997 :

- Le taux de chômage a été réduit à 5,5 % (baisse de 3 points en dix ans).

- 75 % de la population entre 15 et 64 ans a un emploi, contre 63 % en France.

- Le gouvernement a créé un smic en 1999.

- Les inégalités, qui ont crû jusqu'en 2000, ont depuis tendance à se réduire.

- La moitié des créations d'emplois depuis 2000 l'a été dans les services publics, soit 600 000 emplois.

- Le gouvernement a réalisé des efforts d'investissements historiques dans la santé, les transports et l'éducation.

L'examen budgétaire constitue la preuve par neuf : les dépenses publiques britanniques ont crû de 8 points de PIB depuis 2000 (elles avaient baissé, il est vrai, pendant le premier mandat), pour atteindre 45,6 % de ce même PIB, selon l'OCDE, soit un niveau proche de l'Allemagne ! A cette vitesse-là, camarades, Blair n'est pas seulement de gauche : il est communiste !

Cette hausse des dépenses n'est pas seulement un rattrapage par rapport aux coupes claires du thatchérisme. Elle constitue un pilier de la doctrine stratégique de la troisième voie blairiste : une économie complètement ouverte à la mondialisation, mais accompagnée par un Etat très actif. Actif dans les services publics, actif dans la défense des plus faibles, actif dans l'innovation, actif dans le discret mais déterminé positionnement dans les services à valeur ajoutée. Demandez à Gordon Brown comment il défend la City !

Tout n'est pas parfait au pays de la rose : la productivité reste faible, la croissance dépend de l'endettement immobilier, les divergences régionales se sont accentuées. Mais "nous n'avons jamais été aussi bien", titrait récemment le magazine The Economist. La richesse par habitant en Grande-Bretagne est passée du septième rang au sein du G7 en 1997 au deuxième derrière les Etats-Unis aujourd'hui.

La clé première de cette politique de gauche qui réussit, Antony Giddens, père intellectuel du blairisme, la donnait récemment (www.telos-eu.com) : "Accorder la primauté à l'économie et à la croissance."

Are you listening, madame Royal ?

Eric Le Boucher"
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