La nouvelle déclaration de principe du PS : une saine base réformiste renouvelée.

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"Etre socialiste, c'est ne pas se satisfaire du monde tel qu'il est. L'idée socialiste relève, à la fois, d'une révolte contre les injustices et de l'espérance pour une vie meilleure. Le but de l'action socialiste est l'émancipation complète de la personne humaine et la sauvegarde de la planète."

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C'est la cinquième fois, en un peu plus d'un siècle, que les socialistes se livrent à l'exercice. 1905, 1946, 1969, 1990, 2008 : chacun de ces millésimes raconte un moment particulier de l'histoire du PS et rappelle un contexte. "Les circonstances ont, à chaque fois, fortement influencé ces déclarations de principes, écrit l'historien Alain Bergounioux, strausskahnien, secrétaire national du PS aux études. (son analysee )La commission qu'il a présidée a mis au point une nouvelle déclaration de principes qui remplacera celle de 1990. Six mois avant le congrès de novembre, ce groupe de travail, où toutes les sensibilités étaient représentées, avait pour mission de de jeter les bases idéologiques de la rénovation du PS.
Largement consensuel – ce qui suggère que le parti est, sur le fond, moins divisé qu'il y paraît –, ce document est le fruit d'un grand accord politique. Il sera soumis au vote lors de la convention nationale du 14 juin, après avoir été validé par les fédérations, qui ne devraient apporter que des retouches limitées.

 

Les évolutions sont intéressantes, intègrent les évolutions, prennent en compte l'individu et son émancipation, et le développement durable. Le Parti socialiste n'abandonne pas son objectif de transformation sociale ni sa fonction de critique des mécanismes du capitalisme. Mais il est désormais un parti réformiste, qui veut s'inscrire dans la société et peser sur elle. Cela reste un compromis, mais celui-ci se déplace vers une social-démocratie assumée et ambitieuse, et devient plus facile entre les différents courants socialistes.

Analyse intéressante du Monde :

Libéré des accusations de "trahison" brandies pendant soixante-dix ans par les communistes, le socialisme français affronte l'ennemi qu'il a vocation à combattre : la prétention du capitalisme à organiser la société en fonction de ses seuls intérêts.

"Aux injustices et aux violences du monde, l'idée socialiste oppose un engagement pour une humanité libre, juste, solidaire et respectueuse de la nature", proclame le texte soumis aux militants, ajoutant que "ces objectifs ne peuvent être atteints à partir du fonctionnement spontané de l'économie et de la société" et que "la redistribution permanente des ressources et des richesses est nécessaire pour donner une réalité à l'égalité des droits".

Partisans d'une "économie sociale et écologique de marché", les socialistes, rompant avec le productivisme, auquel ils ont longtemps cru, mettent à présent au même rang "l'émancipation complète de la personne humaine et la sauvegarde de la planète".  Ils réaffirment non seulement leur fidélité à l'idéal européen, mais leur engagement dans l'Union européenne, à laquelle une partie d'entre eux a pourtant tourné le dos en 2005.

"Parti décentralisateur", le PS est partisan d'une "économie de marché régulée par la puissance publique ainsi que par les partenaires sociaux". Il insiste sur la "qualité de l'emploi", qui suppose "une rémunération juste ainsi qu'une promotion professionnelle et sociale". Cette déclaration de principes emprunte aux sociaux-démocrates allemands le concept "d'Etat social", ce qui la conduit à évoquer, mais avec d'infinies précautions, la réforme de l'Etat-providence. La formule utilisée n'aurait pas été récusée par Jacques Delors : "La régulation (…) est un des rôles majeurs de l'Etat pour concilier l'économie de marché, la démocratie et la cohésion sociale". Le texte établit l'obligation "de garantir pour tous la sécurité des personnes et des biens sans laquelle il n'y a pas de liberté réelle"

Sur un plan plus doctrinal, le projet de déclaration ne fait plus mention des "rapports de classe" et, pour la première fois, s'abstient désormais de toute allusion au terme de "révolution". Le PS se définit "ancré dans le monde du travail" et affirme sa volonté "d'exprimer l'intérêt général du peuple français".


de rue 89, même si je ne suis pas sûr que leur analyse des legs dûs aux différents courants soit exactes

de Cambadelis :

Le Parti Socialiste sortait de mois de divisions. La vrai/fausse querelle sur le traité constitutionnel européen donnait l'impression aux français que les socialistes étaient divisés sur les buts.

Et dans un monde hyper médiatisé où le ressort de la mise en scène de l'information est le dissensus, à l'exception notable des élections locales, le PS semblait incapable de retrouver son équilibre.

Il s'agissait donc de bâtir un nouvel équilibre. C'est maintenant chose faite. Ceux qui ont participé comme moi à la commission « Bergougnioux-Weber » on peut mesurer le chemin parcouru au regard de la commission Gérard Collomb en 1990.


On avait refusé à l'époque la domestication écologique et sociale de l'économie. Ici tant la question du modèle socialiste, écologique et social, que la société juste, l'égalité réelle, ou encore le réformisme radical voir le parti pris de rassembler toute la gauche dans une seule formation, ces questions et d'autres n'ont pas donné lieu à grande polémique.

(...)

Ce qui est remarquable dans la première partie de l'exercice que nous venons de réaliser, c'est qu'il fut novateur et profondément convergent. Cela confirme une intuition, les divergences sont des divergences « d'accents ». Elles sont souvent le produit de postures. Elles puisent leur racine dans le champ médiatique. Elles sont souvent techniques dans le sens où elles procèdent du comment, pas du pourquoi. Et c'est ici que réside le paradoxe. Les divergences dans la gauche se sont contractées. Elles n'ont plus la force fondamentale des divergences que nous connaissions dans le passé, par exemple, sur la nature du socialisme. Tous les responsables socialistes dans leur collectivité ont une pratique disons « social-démocrate ».

C'est la raison pour laquelle les divergences s'étaient évaporées, les questions de personnes ont malheureusement tant d'importance.


Les vraies divergences se sont déplacées, de la nature du socialisme au moyen de le promouvoir : Le choix des priorités, la nature des alliances, la sélection des dirigeants, la fonction partisane. D'ailleurs c'est la raison pour laquelle l'autre commission, celle sur les statuts ne trouve pas de consensus. Ceci éclaire l'enjeu du congrès. Il ne portera pas vraiment sur la nature du socialisme. Il ne portera pas non plus sur sa modernisation ou pas. Il ne portera pas plus sur les solutions programmatiques ne serait-ce que parce que c'est trop tôt. Il portera sur la nature et la stratégie du PS. La déclaration de principe vient d'accoucher une façon différente d'être de gauche. Et tous les courants l'ont adoptée. C'est la deuxième bonne nouvelle après les municipales.


ou encore de
Pierre Moscovici

Elle traduit en effet, qu’on me pardonne ce jeu de mots, une révolution dans notre pensée, une révolution réformiste, le choix, enfin assumé, de la réforme au détriment de la révolution. Il faut prendre la mesure, fondamentale et conjoncturelle à la fois, de ce moment. (...)

Car, c’est vrai, le PS n’avait pas fait, sur le plan théorique, son « Bad Godesberg », du nom du Congrès du SPD qui, en 1959, avait vu ce parti renoncer au marxisme. Nous ne nous étions pas, pour notre part, totalement débarrassés de cette phraséologie, nous aimions – nous aimons encore, car tout n’est pas réglé – donner aux autres partis européens des leçons de gauche. (...)

Bref, le Parti socialiste, sous François Mitterrand, Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Michel Rocard, Pierre Bérégovoy, Lionel Jospin, avec Jacques Delors et DSK, avec tous les autres ministres de ces trois mandats, a beaucoup réformé, il n’est plus le même, il est un parti capable de gérer le pays, mieux que ne le fait la droite. Mais notre théorie n’avait pas rejoint notre pratique. (...)

Avec cette déclaration de principe, le surmoi gauchiste se tait alors que le choix social-démocrate est enfin fait. Nous avons, autour de DSK prenant le relais de Michel Rocard auprès de Lionel Jospin, milité pour cela depuis des années, sans être toujours entendus et suivis. Le « réformisme de gauche » du Congrès de Dijon était resté sans contenu, la synthèse du Mans était légère, le projet présidentiel de Ségolène Royal, malgré certaines audaces, n’avait pas toute la cohérence requise. Cette cohérence, elle se trouve dans la déclaration de principes

L’heure de la social-démocratie, celle de la sincérité, de la conformité entre les actes et les paroles a enfin sonné. Voilà pourquoi, en effet, ce texte a une portée majeure, et peut ouvrir, si nous savons la porter, un nouveau cycle dans l’histoire du socialisme français.


Pierre Kanuky revient, lui, sur les transformation des gauches que cela porte.




Romain

Publié dans Rénovation du PS

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Timothée 10/05/2008 17:37

cette nouvelle déclaration, certes qui ne retrourne pas le mamouth, me paraît pas trop mal et plutôt consensuelle, je pense qu'on peut pas vraiment faire mieux.