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Mercredi 30 mai 2007

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LA TRIBUNE
MARDI 29 MAI
Par Jean-Marie Bockel
Ancien Ministre
Maire PS de Mulhouse et sénateur du Haut-Rhin


Le PS à l'heure de la révolution culturelle


En préférant une alternance de droite, les Français tendent au Parti Socialiste le miroir de ses insuffisances. L'heure d'une gauche nouvelle est venue. Une gauche capable de rompre avec le tout Etat, avec la culture de la dépense et de la redistribution irresponsable. Une gauche qui propose une synthèse entre le réalisme économique, la sincérité budgétaire et l'ambition sociale, le volontarisme public. Une synthèse entre les libertés et les solidarités.

Cette dynamique de rénovation doit s'amplifier. Nous voici enfin contraints de procéder, en amont du pouvoir, à notre aggiornamento idéologique. Demain nous ne nous gouvernerons plus à rebours de nos discours, nous ferons ce que nous aurons dit.
Pour prendre le pouvoir efficacement et gouverner durablement, nous avons désormais besoin d'une ligne claire. Nous avons pu mesurer à quel point les synthèses tièdes et les ambiguïtés doctrinales ont pu nuire à la crédibilité de notre projet.

Pourtant l'esquisse d'un socialisme en prise sur le monde d'aujourd'hui était là. Notre candidate en a d'ailleurs développé, dans l'urgence, les traits saillants : alliance entre l'efficacité économique et le progrès social, mise en mouvement de la société et des territoires, nouvelle démocratie sociale et politique, échange des droits et des devoirs.
Mais des scories, vestiges de conceptions rigides, entravent encore notre réformisme résolu. L'heure est venue de trancher.

Il est temps de promouvoir, sans faux-semblants, une économie de marché solidaire, fondée sur une croissance durable et innovante, sur la vitalité d'entreprises responsabilisées, sur une politique de l'emploi conciliant fluidité et sécurité, sur de fortes incitations favorables à l'augmentation des salaires et à la résorption de la précarité.
Reconnaissons qu'il n'y a pas de redistribution possible sans une politique de l'offre et une fiscalité responsable. La croissance ne se décrète pas à travers la seule relance du pouvoir d'achat et la hausse des recettes est toujours plus incertaine que la diminution des dépenses. Nous ne pouvons pas financer par la dette de fausses avancées sociales.
Osons dire que les 35 heures ne sont souhaitables que lorsqu'elles sont possibles, c'est-à-dire adaptées à la réalité des entreprises et des branches, lorsqu'elles sont issues d'un accord négocié, et qu'elles ne s'accompagnent pas d'un gel des revenus ou d'une trop grande pénibilité. Plutôt que défendre une extension rigide, privilégions le temps choisi tout en favorisant l'augmentation des bas salaires et l'amélioration des conditions de travail des salariés les plus exposés.

Assumons ensuite la nécessité de la réforme de l'Etat : mieux délimité et plus souple, l'Etat sera plus fort. Nous devons le responsabiliser et l'évaluer pour mieux garantir et rénover les services publics. Soyons clairement décentralisateurs, afin d'améliorer l'action publique en rapprochant et responsabilisant acteurs et usagers.
Cessons aussi d'établir l'équivalence absolue entre service public, propriété publique et monopole. Sans dogmatisme aucun nous devons envisager la possibilité (ou non) de déléguer les missions de service public et d'ouvrir des services à la concurrence en fonction de l'intérêt conjugué des clients et des salariés

Les Français attendent enfin la vérité concernant la réforme des retraites : face aux évolutions démographiques, l'allongement de la durée de cotisation (ou l'augmentation des versements) est inéluctable. Plutôt que de défendre un improbable droit uniforme à la retraite dès 60 ans, travaillons à la construction, avec les partenaires sociaux, d'une retraite à la carte, toujours fondée sur la solidarité. Modulons pour cela la durée de cotisation et le taux de remplacemment en fonction de la pénibilité du travail, de l'espérance de vie et des situations familiales. Les Français attendent aussi la justice: la plupart les régimes spéciaux doivent être, pour les nouveaux entrants, réformés et alignés sur le droit commun.

La crédibilité politique est aux prix de ces audaces qui sont déjà des évidences pour de nombreuses gauches européennes.

Nous avons laissé la droite s'emparer de valeurs et propositions qui incarnaient pourtant nos objectifs d'efficacité, de responsabilité et de justice.
Nous avons en un sens gagné la bataille des idées pour mieux perdre celle des hommes.
A nous désormais de porter sans tabous un projet d'avenir et de retrouver la confiance des Français.
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Dimanche 13 mai 2007

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Paru dans le JDD
Dimanche 13 Mai 2007

"Ségolène et Dominique, unissez-vous"

Ancien ministre, maire de Mulhouse et sénateur du Haut-Rhin, Jean-Marie Bockel
est connu au Parti socialiste pour sa défense du blairisme. Il prône ici la réconcilaition de DSK avec Royal pour une modernisation du parti.


Il y a dix ans, en 1997, à quelques mois d'intervalle, Tony Blair et Lionel Jospin accédaient au pouvoir. En 2007, le premier ministre travailliste rend son tablier après avoir été élu trois fois de suite. De son côté, la gauche française essuie une nouvelle défaite. Elle sait déjà qu'au mieux, de Chirac à Sarkozy, l'alternance prendra dix-sept ans.

Bien sûr, Tony Blair part en ayant été usé par le pouvoir. Un destin que la gauche française, volontiers distante ou critique, n'aura jamais vraiment eu le temps de connaître : il aurait pour cela fallu qu'elle soit capable de prendre le pouvoir efficacement et de gouverner durablement. Le blairisme, c'est d'abord cela : la rénovation à marche forcée de la gauche et la conduite d'une politique progressiste adaptée au monde d'aujourd'hui.

Pendant que nous gouvernions, brièvement, à rebours de nos discours, les travaillistes osaient dire ce qu'ils allaient faire et procédaient en amont du pouvoir à leur aggiornamento idéologique. Ils renouvelaient ainsi leurs outils et inventaient de nouveaux leviers pour l'action politique. Pendant que nous passions (et passerons peut-être) nos longues années d'opposition à des affrontements stériles de clans et de personnes, cherchant le plus petit dénominateur commun, récitant des dogmes et maniant les solutions du passé, les travaillistes gouvernaient et changeaient la société. Ils réconciliaient l'efficacité économique et le progrès social. Ils rendaient possible une forte croissance, atteignaient le plein-emploi, organisaient une meilleure redistribution sociale (salaire minimum et lutte contre la pauvreté) et réalisaient un investissement sans précédent dans les services publics.

Voilà le visage du travaillisme moderne, de la gauche, lorsque, sans renoncer à ses ambitions de justice et de cohésion sociale, elle affronte les réalités d'une économie ouverte et d'un monde d'échanges.

Les ingrédients de la réforme, du succès économique et social, sont connus : réconcilier les libertés et les solidarités, responsabiliser, allier la production et la redistribution, mettre en mouvement la société et les territoires, assumer la nécessité des règles, n'accorder les droits qu'au regard des devoirs.

Combien de défaites nous faudra-t-il pour en faire le coeur de notre doctrine et de notre pratique ? Combien de temps seront tenus pour hérétiques ceux qui portent  les couleurs de cette gauche décomplexée car moderne ? Valait-il mieux perdre, et reperdre, sans toucher à ses certitudes, ou plutôt gagner en osant un peu de cette troisième voie que nous étions quelques-uns à porter depuis... dix ans !

Les nombreux électeurs de gauche qui se sont portés sur François Bayrou, voire sur Nicolas Sarkozy, ne disent rien d'autre : nous voulons un socialisme du temps présent, attentif à la production des richesses, réformateur et pragmatique.

Il y a urgence, camarades, à laisser souffler un peu de blairisme en nous !

A Ségolène et à Dominique, à tous ceux qui portent la gauche nouvelle, j'ai envie de dire: lâchez-vous, allez au bout de vos audaces, unissez-vous et travaillons ensemble !

Sortons une fois pour toutes des ambiguïtés doctrinales, des luttes de factions, de l'éternel retour des mêmes, toujours perdants. Soyons un parti de masse, ouvert sur la société, force de travail et de proposition, professionnalisé et rénové dans son expression. Un parti capable de décider d'une ligne politique claire et se donnant tous les moyens de la rénovation et du succès.

Un peu de Blair, pour que les socialistes français en finissent avec leur masochisme et conjuguent à nouveau la politique avec l'exercice des responsabilités et la transformation sociale. Un peu de Blair, pour transformer notre chant du cygne en chant d'espérance.


Par Jean-Marie Bockel
Maire PS de Mulhouse et sénateur du Haut-Rhin
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Dimanche 4 mars 2007

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Interview Jean Marie Bockel JDD du 4 mars 2007


Jean-Marie Bockel. Situé sur « l’aile droite » du PS, il ne minimise pas le danger. Et a des idées pour le réduire.

L’homme qui murmure à l’oreille des centristes.


Que vous inspire cette montée de François Bayrou dans les sondages?

C’est une montée qu’il faut prendre très au sérieux. Il ne faut pas la traiter avec condescendance ou, pour se rassurer à bon compte, en faire l’équivalent du phénomèneChevènement de 2002, fondé sur un électorat volatil. Elle traduitune campagne astucieuse de Bayrou, mais correspond surtout à un certain nombre d’aspirations des citoyens.

Quelles aspirations?

Les gens sont déçus par les discours classiques. Ils ne croient plus aux promesses, d’où qu’elles viennent, c’est pour cela que le ni gauche ni droite leur plaît autant. Ils sont demandeurs de discours pragmatiques, de vérité.

Vous trouvez que votre candidate tient un discours classique de gauche?

C’est toute la question. Il y a d’un côté le projet socialiste, avec ses qualités et ses défauts. Pour rassembler, Ségolène Royal doit faire avec, même si une partie des gens n’y croient plus. Il y a par ailleurs son « pacte présidentiel », et plus encore ses discours, qui relèvent davantage de la gauche moderne. Je lui conseille de mieux souligner cette dimension-là. Dans la compétition interne au PS, elle avait séduit par un discours et un style modernes. Ils sont aujourd’hui insuffisamment développés.

Dans cette période charnière, elle ne doit pas hésiter à affirmer davantage, sans se renier, ce qu’il y a en elle de moderne, pragmatique, réformiste et, j’ose le mot, de social-libéral. Les électeurs qui actuellement vont vers Bayrou y sont sensibles. Ce sont des électeurs qui ont déjà voté à gauche, pourraient le faire encore, mais ne se retrouvent pas dans les vieilles recettes.

Je suis de ceux qui peuvent aider Ségolène à faire passer les messages d’une gauche moderne.

De votre point de vue, son rappel des « éléphants » est contreproductif?

C’était un passage inévitable pour rassembler sa famille. C’est fait, passons à autre chose. Il est évident qu’elle n’en sera pas prisonnière. C’est au centre gauche qu’il faut placer notre campagne.

La polyphonie des sensibilités doit jouer à plein. Tenons bon à gauche, tout en ouvrant au centre! Ségolène Royal a la capacité, si elle le décide, de « tenir les deux bouts ».

Comment les socialistes doivent- ils combattre le danger Bayrou?

Ce fut le débat lors du dernier conseil politique du PS. Certains pensent que le phénomène n’est pas un vrai danger et qu’on peut l’ignorer, le centre n’étant qu’une force d’appoint. Pour d’autres, plus le PS sera à gauche, moins il y aura de flottements de ce côté-là.

D’autres encore estiment qu’il faut « cogner » contre Bayrou. Moi, je pense que ce serait une erreur de dire aux électeurs attirés par Bayrou: celui qui vous séduit n’est pas quelqu’un de valable. Nous devons leur dire : nous ne sommes pas ceux que vous croyez, nous sommes des socialistes, efficaces, justes, pragmatiques, réformistes.

Personne ne m’a chargé de quoi que ce soit, mais je m’investis totalement dans cette mission de parler aux électeurs de Bayrou. En 1988, François Mitterrand a été réélu aussi par les électeurs allant du centre droit au centre gauche. Il s’est adressé à eux par-dessus le PS, qui, déjà, n’avait pas su se moderniser.

N’y a-t-il pas aussi une question de crédibilité personnelle, Ségolène Royal ayant créé le doute sur la sienne?

Non, les trois candidats sont crédibles. Ce qui est en cause, c’est ce qu’ils incarnent par rapport aux attentes des gens.

Bayrou fait des clins d’oeil à DSK, parle de créer un grand «parti démocrate», qu’en pensez-vous?

Mon objectif est de faire gagner Ségolène Royal. Ce sera donc à elle de décider, le moment venu, du degré d’ouverture à opérer. Mais l’idée qu’il puisse y avoir, pour un temps limité et sous une forme à inventer, une union de toutes les énergies républicaines par delà la droite et la gauche n’est pas à jeter aux orties. J’ai déjà évoqué cette idée lors de la crise des banlieues. François Bayrou n’a pas le monopole de « l’union nationale ».


Interview

Pascale Amaudric

Journal du Dimanche du 4 Mars 2007


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Mercredi 3 janvier 2007

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Un article de Jean-Marie Bockel consacré à la sécurité paru dans le figaro

La sécurité, un défi pour la République, un chantier pour les territoires

Par Jean-Marie Bockel, Ancien ministre, maire de Mulhouse, sénateur (PS) du Haut-Rhin.

«Faire société » ne va plus aujourd'hui de soi. Notre pacte social et républicain est confronté à ses failles et à ses échecs. La violence fait symptôme. Notamment aux marges territoriale, économique et sociale de la République. Dans nos « banlieues » vécues comme des territoires de relégation.

 
Dans ce contexte, toute action en matière de sécurité doit avoir pour horizon le « vivre ensemble ». Comment rendre légitime et efficace une politique de sécurité publique ? En jouant à la fois sur le temps court de la sanction et sur le temps long de l'action préventive. Soyons tout aussi durs avec l'insécurité qu'avec les causes de l'insécurité.

 
Nous avons besoin de politiques économique, sociale et éducative adaptées au traitement des causes de la délinquance. Qu'il s'agisse de logements, d'équipements et de services publics, de transports ou d'emplois, les logiques territoriales et partenariales sont à privilégier.

 
Ces politiques sont nécessaires mais non suffisantes. Car nous ne devons pas pour autant détourner les yeux, nier l'importance prise par les incivilités et les actes de violence, émanant notamment des mineurs. Osons nommer la réalité des violences, osons assumer la nécessité des règles, l'existence de contraintes, la possibilité et la réalité de sanctions. Les discours purement compassionnels et sociologiques ne tiennent pas. Ni à l'épreuve des faits : le travail sur les causes ne peut se substituer à la gestion des effets. Ni à l'épreuve des principes : il n'y a pas de liberté sans règles structurantes et responsabilisation individuelle.

 
En ce sens, les mesures alternatives à la prison méritent d'être expérimentées lorsque les systèmes d'encadrement ont pour objectif l'insertion et le réapprentissage de la citoyenneté. La mise sous tutelle des allocations familiales peut être légitime si, et seulement si, elle est employée dans une logique éducative en lien notamment avec les « Maisons des parents ». Les internats scolaires de proximité prennent tout leur sens dès lors qu'ils permettent aux parents de continuer à assumer leur responsabilité en relation avec les éducateurs. Ce qu'a d'ailleurs bien compris Tony Blair qui appuie sa « société du respect » autant sur des dispositifs de rappel à la règle que sur la forte augmentation des crédits (plus de 900 millions d'euros pour 2006-2007) pour les écoles primaires et secondaires.

 
L'équilibre ainsi trouvé doit être décliné au-delà de la seule lutte contre la délinquance des jeunes. Maintenir l'ordre républicain et assurer la cohésion sociale ne relèvent pas de la déclinaison de postures idéologiques mais d'une action pragmatique soucieuse de justice et d'efficacité.

 


Les élus locaux montrent l'exemple. De nombreuses villes ont développé depuis longtemps la mise en réseau des différents acteurs de la prévention et de la sanction. La ville et les collectivités locales, les représentants de l'État, la police et la justice, l'Éducation nationale, les transporteurs et les bailleurs publics coopèrent dans le cadre du contrat local de sécurité. Des coordinations territoriales sont organisées afin de favoriser les suivis individuels et de traiter en temps réel tous les faits commis. Des actions de médiation impliquant des éducateurs spécialisés et des adultes relais sont conduites. Des « Maison des parents » fonctionnent et permettent à une équipe sociale de soutenir et d'accompagner les parents dans l'exercice de leurs fonctions. Des « Maisons de la justice et du droit » assurent une présence judiciaire de proximité tout en proposant des mesures alternatives à la prison à travers notamment la réparation contractuelle des délits commis. L'aide aux victimes, le développement d'une police de proximité et l'usage centralisé de la vidéosurveillance complètent ces dispositifs.

 
Allons plus loin. Donnons au maire plus de pouvoirs, ce qui suppose aussi davantage de moyens assortis d'une réelle égalité territoriale, pour remplir des missions de coordination et d'animation sans le transformer en auxiliaire de justice. Organisons mieux le secret partagé sans aller jusqu'à l'injonction. Luttons contre l'impunité en développant une justice de proximité souple, graduée et réactive sans en appeler à la seule comparution immédiate. Réfléchissons à une réforme de l'ordonnance de 1945 relative à l'enfance délinquante à la condition non pas de criminaliser toujours plus mais de responsabiliser en définissant un statut intermédiaire et des réponses graduées. Détectons et traitons les souffrances de l'enfance sans les transformer en éléments déterministes, respectons les actions thérapeutiques sans en faire des instruments répressifs.

 
La politique de sécurité ne doit pas se réduire au contrôle social, elle est au service du « vivre ensemble ».

 
À ce titre, une nouvelle « police de contact », concentrée sur les territoires en difficulté, doit être déployée afin de recréer les conditions de l'action efficace. Au-delà des polémiques sur la police de proximité, cette police de contact doit disposer de tous les moyens d'investigation et de contrôle afin d'être respectée. L'efficacité de son travail, notamment fondée sur une présence accrue sur le terrain et un recueil d'informations plus ciblées, est déjà reconnue dans de nombreux pays européens tant en matière de dissuasion que de taux d'élucidation.

 
La réforme de la police, considérée comme un service public, pourrait s'inscrire dans le cadre de la réforme de l'État. Un débat devrait alors s'ouvrir sur le déroulement des carrières, sur les règles d'affectation, sur la gestion déconcentrée des fonctionnaires afin que la puissance publique réponde toujours au plus près et au mieux des besoins.

 

 

Pour une large part, ces différents leviers pourraient faire consensus. Seul le discours moral, rétif à l'exercice de l'autorité, à la possibilité de la sanction, et le discours martial, opposé à tout traitement social des causes de la délinquance, s'excluent mutuellement. Avant d'être de droite ou de gauche, la sécurité est un défi pour tous les républicains. Elle ne va d'ailleurs pas sans une réflexion sur l'identité nationale, sur la réalité des processus d'intégration et d'insertion, sur nos valeurs partagées et sur l'éducation à la citoyenneté. Nous avons besoin d'un compromis minimal qui, sans effacer les différences, ne remette pas systématiquement en question les orientations fondamentales. Il s'agit là d'un enjeu de cohésion nationale qui mérite que l'on soit capable de dépasser les préoccupations partisanes.

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Jeudi 16 novembre 2006

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Les chats de Débat 2007.fr avec l'expansion et yahoo.

   http://www.debat2007.fr/


Jean-Marie Bockel, sénateur du Haut-Rhin, maire de Mulhouse et président du Club Gauche Moderne, a répondu mardi 7 novembre 2006.

Chat avec Jean-Marie Bockel


Quelles réformes pour 2007 ?


Jean-Marie Bockel Bonjour 

Karim Qu'est-ce qui différencie la ligne "social-démocrate" de Dominique Strauss-Kahn et votre ligne "sociale-libérale" ? 

Jean-Marie Bockel Peut-être que je parle plus directement, n'étant pas candidat moi-même. Je pense que le terme "social démocrate" est plus politiquement correct, mais qu’il constitue déjà une avancée face à l'archaïsme d'une partie du Parti Socialiste. Mais on sait que les social-démocraties auxquelles on se réfère sont aujourd'hui toutes clairement "sociales-libérales". Après, c'est tout au plus une querelle de mots. 

olivier Bonjour, avec Christian Blanc et Alain Lambert, vous avez créé un Comité d'action pour la modernisation de la France qui doit exposer ses propositions salvatrices pour notre pays en janvier 2007. Où en est ce projet et, par ailleurs quelle sera votre action lors des prochaines échéances si Dominique Strauss-Kahn, que vous soutenez, n'est pas élu par ses pairs ? Merci de votre attention. 

Jean-Marie Bockel Sur la première question, nous nous sommes revus. Et nous nous reverrons. En ce moment, Alain Lambert et moi-même sommes pas mal engagés auprès de nos candidats respectifs, et nous sommes donc moins disponibles pour cette initiative. Mais l'idée de transcender les lignes politiques traditionnelles pour chercher un consensus sur quelques problèmes de fond de la société française reste d'actualité. Pour répondre à la deuxième question, si Dominique Strauss-Kahn n'est pas désigné, je soutiendrai le candidat qui sera désigné par mon parti. Je reconnais qu'avec la ligne politique qu'incarne aujourd'hui Laurent Fabius, au gouvernement duquel j'ai appartenu il y a 20 ans, cela ne sera pas simple pour nous. 

anne Pensez vous vraiment que les militants du PS et in fine les Français soient « mûrs » pour la social-démocratie, voire la ligne sociale-libérale? 

Jean-Marie Bockel Bien sûr. Les Français à coup sûr sont mûrs car ils ont conscience de la nécessité de la réforme, y compris sur les questions auxquelles ils sont le plus attachés (protection sociale, retraites, système de santé). Ils savent qu'avec un président de centre gauche, on veillera à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain !Quant aux socialistes, au-delà des codes de langage, des propos convenus et d'un certain conservatisme intellectuel, voire d'un certain manque de courage, beaucoup savent qu'une modernisation de notre pensée politique est nécessaire si on ne veut pas disparaître en tant que force politique. 

Reza Vous êtes à la droite du PS mais plus à gauche que l'UDF. Est-ce qu'à votre avis il y aurait matière à bâtir, face aux problèmes que nous connaissons (intégration, violence, chômage...) un programme d'union nationale ? Je sais bien que la France est autant attachée à la bipolarisation qu'au Beaujolais nouveau, mais d'autres pays l'ont fait, et ne s'en sont pas si mal sortis... 

Jean-Marie Bockel Je ne sais pas quelle forme institutionnelle cela doit prendre, mais je suis persuadé que certains problèmes français ne se résoudront dans la durée qu'avec un minimum d'entente. On ne peut se permettre de changer de politique à chaque alternance sans remettre en cause les efforts entrepris. C'est le cas de la crise dite des banlieues, où nous en avons pour une génération de travail acharné avant de revenir à une situation normale. C'est le cas également pour la nécessaire réforme de l'Etat-providence, à l'instar de ce qui se passe en Allemagne, tant sous Schröder que sous Merkel aujourd'hui. La France ne fera pas les réformes nécessaires dans les déchirements et la polémique permanents. La forme de cet accord reste à définir, en fonction des circonstances. 

totor Comment conciliez vous le "programme" du Parti socialiste, avec vos propositions ? M. Strauss-Kahn, dont vous soutenez la ligne, n'est-il pas en porte-à-faux entre un programme « gauchiste » inapplicable mais permettant de se vendre auprès des militants, et les réalités socio-économiques, qui imposent les réformes proposées par la gauche dite moderne ? 

Jean-Marie Bockel Bien sûr que oui. Mais il faut faire avec. On n'a jamais raison tout seul. Tout le monde sait que le projet socialiste ne peut constituer un projet présidentiel applicable. Dominique Strauss-Kahn le sait comme les autres candidats. En s'affichant social-démocrate, et en voulant inscrire sa démarche dans la durée, il est simplement un peu plus franc que les autres. 

Emmanuelle Quelle est selon vous la première réforme, prioritaire entre toutes, à mettre en oeuvre en 2007 ? 

Jean-Marie Bockel On ne pourra réformer l'Etat-providence (cf. plus haut) sans entreprendre la nécessaire réforme de l'Etat, qui constitue aujourd'hui, tant par sa lourdeur que par la complexité de son fonctionnement et l'inadéquation de ses réponses, le principal obstacle à la réforme. Bien sûr, la réforme de l'Etat suppose également d'aller jusqu'au bout de la décentralisation. 

Olivier Etes-vous favorable à la mise en oeuvre des recommandations du rapport Pébereau (gel pendant 5 ans en volume des dépenses de l'Etat) ? Réponse en oui ou non s’il vous plaît, avec explications qui suivent. 

Jean-Marie Bockel Oui. Il est évident qu’une pédagogie de la réforme est nécessaire car les efforts de désendettement et leurs conséquences doivent être comprises et acceptées par une majorité de citoyens. Cet effort sera accepté s'il apparaît aux citoyens comme juste, c’est-à-dire partagé au niveau institutionnel, entre l'Etat central et les territoires, mais également partagé au niveau des citoyens. Cette réforme doit être entreprise par un Etat responsable qui saura faire la part des choses entre les bonnes et les mauvaises dépenses. Les bonnes dépenses sont celles qui profiteront aux prochaines générations qui doivent comprendre qu'elles seront mises à contribution pour les financer. 

Aristide brillant Les Français se désintéressent en général de l'économie pendant les campagnes présidentielles. Comment les réconcilier avec l'économie ? Et comment faire pour que cette fois-ci, les questions économiques ne soient pas éludées ? 

Jean-Marie Bockel Comme le montre dans mon camp politique quelqu'un comme Dominique Strauss-Kahn, on peut expliquer de manière simple ces mécanismes complexes en se référant notamment au budget des ménages qui, eux aussi, doivent répondre à quelques principes et règles de conduites simples que tout le monde peut comprendre et adopter. A partir du moment où une part très importante et croissante du budget d'un pays va au remboursement de la dette, tout le monde peut comprendre que cela limite la capacité d'investir utilement et de manière productive et que, de surcroît, cela pèsera sur nos enfants. 

totor Compte tenu des failles existant au PS (TCE, réforme de l'Etat, 6eme République), la gauche moderne ne devrait-elle pas s'allier avec l'UDF ? Quelles sont les contraintes qui empêcheraient un tel rapprochement alors que leurs programmes respectifs sont bien plus proches que ceux de la gauche radicale et de l'extrême gauche ? 

Jean-Marie Bockel Pour moi, le projet doit précéder les alliances. Avant de savoir avec qui on s'allie éventuellement, il faut être au clair sur ce que l'on est soi-même. Je considère que la redéfinition et la modernisation de notre pensée politique, qui détermineront les alliances à venir, sont loin d'être achevées. Si des alliances doivent intervenir, il faut qu’elles le soient de manière compréhensible pour le citoyen : ce ne peut donc être qu'entre les deux tours de l'élection présidentielle, entre les deux candidats du deuxième tour. Et dans le contexte actuel, même si une telle hypothèse ne me déplairait pas, je ne la vois possible qu'en cas de nécessité absolue pour le candidat socialiste. 

Morgurgh Bonjour, je suis élève en terminal STG, nouvelle section. Peut-on penser que enfin, les années à suivre se verront revoir le système scolaire Français, qui semble déplaire à de plus en plus de personne? 

Jean-Marie Bockel Le système scolaire français est à bout de souffle, tout le monde le sait. Les corporatismes sont puissants et les freins sont nombreux, mais l'édifice craquelle de toute part. Aucun candidat crédible à la présidentielle ne peut se présenter devant les Français sans un projet de refonte complète du système scolaire, universitaire et de recherche - car tout se tient.Même la crise des banlieues ne pourra se résoudre, entre autres mesures, que par un combat acharné et durable contre l'échec scolaire qui a pris des proportions impressionnantes. Cet échec n'est pas l'échec de la seule Education nationale, c'est l'échec de la société française. Mais les volontés existent, y compris chez les enseignants ; il est temps de se ressaisir. 

jacques Sur l’éducation : Que pensez-vous de la création d'un lycée expérimental dans la banlieue parisienne pour lutter contre l'échec scolaire, pas seulement pour faire Sciences-Po comme le proposait Richard Descoings, directeur de Sciences-Po Paris mais aussi pour en faire quelques polytechniciens ? 

Jean-Marie Bockel Toutes ces expérimentations sont bonnes car elles montrent que c'est possible pour les jeunes talents issus de ces banlieues. Mais l'expérimentation réussie comme celle de Sciences Po doit montrer le chemin d'une réforme de l'éducation et de la formation professionnelle qui profitera aussi au plus grand nombre, à l'instar de ce que d'autres pays européens réussissent déjà - preuve que ce n'est pas hors de portée. 

Humfred Pour Alain Juppé, l'université française est plutôt bonne, puisque nous exportons nos étudiants vers des MBA aux US ou au Canada. Dans la réalité, on voit des universités délabrées... Comment améliorer la situation de nos universités ? 

Jean-Marie Bockel L'effort public doit bien sûr être soutenu, mais avec aussi la perspective de l'excellence. Un financement privé, soit de l'université, soit de l'enseignement ou de la recherche dans les universités publiques, ne doit pas être tabou ; c'est même une piste tout-à-fait prometteuse. Je pense d'ailleurs que beaucoup d'universitaires ou de chercheurs savent déjà travailler avec le secteur privé et démontrent ainsi qu'il n'y a pas d'obstacle fondamental à de telles évolutions.Un partenariat public-privé à grande échelle à l'université peut très bien fonctionner en France. Les esprits sont mûrs. 

Juliette Vous vous êtes rallié à Christian Blanc pour ce projet de modernisation de la France. Il est très impliqué dans le développement des pôles de compétitivité. Pensez-vous que ce soit le bon levier pour améliorer l'état de la recherche et de l'innovation en France ? 

Jean-Marie Bockel C'est un bon levier, parmi d'autres. Mais l'idée a été quelque peu dévoyée car ces pôles de compétitivité sont aujourd'hui trop nombreux (et parfois même en concurrence entre eux dans un même domaine) pour avoir leur plein effet – c’est par exemple le cas dans le secteur automobile. Mais je peux constater chez moi que les pôles de compétitivité ont déjà eu pour effet de commencer à décloisonner l'université et les entreprises, les laboratoires entre eux, etc. Une dynamique existe. 

Travailleur Quel bilan faites-vous des 35h ? Faut-il les généraliser (comme le propose Laurent Fabius) ou les supprimer ? 

Jean-Marie Bockel De mon point de vue, le bilan est globalement négatif, même s'il y a d'incontestables aspects positifs. La réforme aurait pu réussir si on avait, comme je le prônais à l'époque en organisant à l'Assemblée un colloque sur le thème "Comment réussir les 35 heures", encouragé la négociation à tous les niveaux, plutôt que de l’imposer par la loi, comme toujours en France.Il faut aujourd'hui assouplir le dispositif, de manière pragmatique et pédagogique. Mais sûrement pas le généraliser ! 

Modérateur Etes-vous opposé par principe au relèvement des droits de scolarité ? 

Jean-Marie Bockel Non. Je ne suis pas opposé au principe d'augmentation des droits de scolarité sachant que des mécanismes de solidarité à destination des étudiants existent et que ceux-ci peuvent être encore améliorés. 

Emilie Dans quel sens doit évoluer le droit du travail pour que la France ne s'englue pas encore plus dans une surprotection du salarié incompatible avec la mondialisation ? 

Arlette Quel niveau honorable pour le SMIC ? Comment faire pour améliorer globalement le niveau des salaires en France ? 

Jean-Marie Bockel Pour répondre à Emilie : Il faut davantage sécuriser la personne dans son parcours de formation professionnelle tout au long de sa vie, que sécuriser le contrat de travail à proprement parler - même si celui-ci doit rester la règle. La flexisécurité, déjà mise en oeuvre dans certains pays d'Europe du Nord, pourrait être adaptée à la réalité française, tout en sachant qu'elle a aussi un certain coût, mais un coût qui pourrait être supporté dans un contexte de croissance retrouvée - laquelle n'est possible qu'avec, entre autres, un peu plus de souplesse. 

Jean-Marie Bockel Pour répondre à Arlette : Les propositions du projet socialiste sont acceptables dans la durée d'une législature, mais les propositions de Laurent Fabius sont démagogiques et vont à l'encontre de la nécessaire pédagogie dont je parlais tout à l'heure. 

fraikin arlette Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi les politiques ont tellement peur de remanier l'ISF qui est un impôt idiot qui fait plus perdre à la France que gagner. On pourrait au moins l'aménager et enlever la maison principale du décompte, procéder petit à petit. Tout autour de moi tout le monde est contre et rien ne se passe. Les politicients sont-ils tous lâches ? 

Jean-Marie Bockel Les politiciens ont tous peur de bouger sur l'Impôt de Solidarité sur la Fortune parce que nous vivons dans un pays très injuste, avec des écarts de revenus qui se sont creusés. Le jour où un projet politique apportera les vraies réponses à ces injustices et sera perçu par les Français comme équitable et de nature à donner à chacun aussi bien sa chance que sa place dans la société, alors on pourra sans difficulté réformer l'ISF et lui enlever son effet repoussoir tout-à-fait désastreux dans l'ensemble européen. 

Justine y a -t-il une solution pour sauver les retraites de nos enfants (précision : je n'ai que 35 ans, une longue carrière devant moi, j'espère, et peu d'espoir de toucher grand chose à ma retraite). Merci de me donner votre avis. 

Jean-Marie Bockel Il y a beaucoup de pistes intéressantes, mais la retraite par répartition doit rester au coeur du dispositif, même si elle sera de moins en moins exclusive. Mais on sait bien qu'à l'instar de tous nos voisins européens, comme ce qui se passe en Allemagne en ce moment, on n'évitera pas la discussion sur un recul de l'âge du départ à la retraite – en prenant soin de le moduler en fonction des professions, de la pénibilité, entre autres critères, et de laisser une large part au volontariat. 

ludovic Bonjour, la sécurité est un thème phare de la présidentielle 2007, M. Sarkozy et Mme Royal ont des opinions différentes dans la forme, mais qui se ressemble dans le fond. Je suis mulhousien depuis 22 ans, c'est une ville qui a eu et qui a encore des problèmes de délinquance... (avec de l'amélioration). Quel est votre point de vue sur ce problème ? 

Jean-Marie Bockel Je pense que c'est l’un des sujets sur lesquels on gagnerait à sortir de la polémique stérile et qui favorisera toujours les extrêmes pour chercher quelques terrains d'entente. C'est évidemment un enjeu de cohésion nationale. A Mulhouse, j'essaie d'agir depuis bientôt 18 ans sur les questions de la sécurité, avec détermination et pragmatisme, et sans avoir peur d'appeler un chat un chat. 

Moineau Jean-Pierre Chevènement dont vous avez été jadis l'un des soutiens, vient d'annoncer sa candidature à l'élection présidentielle. Est-il de ceux qui, selon vous, peuvent favoriser l'esprit de réforme en France ? 

Jean-Marie Bockel J'ai beaucoup d'affection et de respect pour Jean-Pierre Chevènement. Je l'ai connu capable de réformer, notamment l'enseignement supérieur il y a 25 ans, mais je ne suis pas sûr que sa candidature ait vraiment sa pertinence et son utilité dans le débat actuel. 

Léoneck Monsieur le sénateur Lors de votre rencontre avec les membres de R2 à La Rochelle, vous nous aviez fait part de votre point de vue sur l’immigration. J’avais particulièrement apprécié votre vision originale et pragmatique sur ce sujet crucial qui ne supporte ni slogans d’utopie laxiste ni l’oubli de nos valeurs humanistes socialistes. Pouvez-vous brièvement développer ici votre position? Léoneck  

Jean-Marie Bockel Il faut mettre en place une politique de l'immigration en France qui n’existe pas depuis 30 ans. Elle doit être à la fois ferme et généreuse, favoriser réellement le co-développement ; mais elle doit aussi s'attacher, aussi bien au niveau français qu’européen, à une meilleure maîtrise des flux migratoires, à partir d'une règle du jeu connue des candidats à l'émigration. Pourquoi pas des quotas ou des critères ? Cela posé, la personne qui arrive dans notre pays dans des conditions légales ainsi redéfinies devra être accueillie avec, là aussi, fermeté et générosité : fermeté sur la règle du jeu de la République française, et générosité sur les moyens concrets d'une intégration réussie, ce qui passe forcément par un lien entre immigration et économie. 

Ramda Monsieur le sénateur, quelle réforme du Sénat souhaiteriez vous ?  

Jean-Marie Bockel La réforme du Sénat n'a de sens que dans une réforme d'ensemble de nos institutions, avec à la clé une revalorisation du Parlement. Le Sénat pourrait ainsi davantage représenter les territoires, et se spécialiser sur ces questions.Une partie des sénateurs devrait être élue au suffrage universel direct à la proportionnelle, pour lui conférer plus de légitimité ; une autre partie pourrait représenter les territoires, régions, etc. 

Modérateur A travers le patriotisme économique, il semble y avoir un retour au jacobinisme, forme opposée au social-libéralisme que vous prônez. Qu’est-ce que ça vous inspire ? 

Jean-Marie Bockel Le jacobinisme actuel prôné par certains est la maladie sénile d’une démocratie à bout de souffle. Le social-libéralisme, ancré dans les valeurs de la gauche et ouvert à la réalité d’un monde qui bouge, peut non seulement redynamiser les énergies, mais également revivifier à tous les niveaux notre démocratie et notre République. 

Jean-Marie Bockel Merci et au revoir 

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Vendredi 6 octobre 2006

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Tribune de JM Bockel de 2005


Tony Blair : la nouvelle voix de la gauche



1997, 2001 et 2005 : chapeaux bas, Tony Blair et les travaillistes viennent de remporter un troisième mandat. Vu de France, il est tentant de continuer à faire comme si rien ne se passait. Et pourtant…

Le peuple britannique vient à nouveau de reconduire une ambitieuse entreprise de transformation politique et sociale. Il a renouvelé sa confiance à l’homme de la troisième voie, du New Labour qui a si profondément rénové le socialisme anglais.

Nombreux sont ceux qui en France, à gauche surtout, l’ont condamné par avance. Le travaillisme devenant pour eux un libéralisme caché dont les velléités sociales masqueraient mal la soumission au marché.

A rebours, j’ai toujours affirmé qu’une révolution culturelle était en marche, au point d’y voir dès 1997 les prémisses d’une « troisième gauche ». Le New Labour a détourné les travaillistes de leurs archaïsmes. Il leur a permis d’exercer durablement le pouvoir en parvenant enfin à réconcilier le discours et l’action. « Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit », voilà un principe qui à lui seul permettrait la réforme du socialisme français et le conduirait à un exercice enfin durable des responsabilités. D’autant que le travaillisme moderne ne se réduit pas à l’efficacité politique : il a su donner au socialisme, non de nouvelles ambitions, mais plutôt de nouveaux outils. Jamais la nouvelle gauche anglaise n’a abandonné ses ambitions de justice et de cohésion sociale, jamais elle n’a renoncé au volontarisme politique. Mais elle a inventé de nouveaux leviers d’action.

Cela, nous n’avons pas su le voir. Trop habitués à notre propre conception de l’Etat-providence, prisonniers de notre imaginaire national et républicain. Et, sans doute, l’Etat centralisateur, dirigiste et égalitaire, a bien été dans notre histoire le garant du progrès social et de l’intérêt général. Mais les travaillistes ont compris avant nous que dans un monde d’échanges généralisés et de flux, dans un monde d’acteurs individuels, les outils d’une politique progressiste devaient changer.

Alors, oui, regardons la réalité en face. Et pas seulement cette légitimité populaire réaffirmée. Evoquons le bilan et les promesses des années Blair : l’Angleterre du New Labour est bien celle du plein emploi (4,6% de chômage), de la croissance soutenue (2,5% en 2005), de l’inflation contenue et des taux d’intérêt réduits. Mais aussi, et surtout, de la hausse des salaires et du pouvoir d’achat (relativement à la France, le niveau de vie des Britanniques s’est accru de 20% en 25 ans), de l’amélioration des services publics, de la lutte efficace contre l’exclusion et la grande pauvreté (le nombre d’enfants pauvres a diminué de 25% en huit ans).

Ouvrons les yeux sur ses succès. Là où nous avons échoué – chômage de masse et exclusion sociale – en multipliant rigidités et mécanismes inefficaces d’assistance, les travaillistes ont accepter de libérer le marché du travail, responsabilisant ses acteurs, encourageant l’esprit d’entreprise et favorisant les investissements dans l’innovation et la recherche. Ils ont ainsi créé les conditions de la croissance et ont obtenu la réussite économique.

Fort bien, entend-on souvent, mais ses succès ont une conséquence sociale.

Oui, celle du plein emploi, de l’augmentation générale du niveau de vie et de la correction progressive des inégalités !

En considérant que la plus grande des précarités est celle du chômage durable, les travaillistes ont fait de la continuité de l’emploi un défi social. Il ne s’agit pas de protéger à tout prix les emplois existants mais de tout faire pour s’adapter aux dynamiques économiques en s’assurant qu’un emploi succède à un autre. Ce qui ne signifie en rien un abandon du rôle de l’Etat, au contraire. La puissance publique agit de manière volontariste en mélangeant contraintes légales, avantages fiscaux et aides à la formation. Ce dont témoigne notamment la création de « maisons de l’emploi » qui ont pour objectif d’organiser au mieux la rencontre entre l’offre et la demande. Les chômeurs y sont suivis individuellement – prestations sociales et recherche d’emploi étant gérées conjointement – et l’obligation de résultats, c'est-à-dire d’emploi, est régulièrement évaluée.

Ce plein-emploi est un vrai moteur d’intégration sociale et de sécurité sociale. Il donne notamment aux salariés une liberté de choix qui instaure un nouveau rapport de force avec les employeurs et favorise l’augmentation des salaires.

On le voit, fluidité du marché du travail et progrès social ne sont pas incompatibles. Plus largement, les travaillistes ont su articuler l’ambition sociale à la réussite économique.

Et parce qu’ils sont socialistes, ils ont redistribué les richesses ainsi créées. C’est ainsi qu’un salaire minimum a été institué et augmenté de 40% en 6 ans, que l’augmentation volontariste des dépenses publiques a permis des investissements sans précédent en matière de recherche, d’éducation (avec un budget en hausse de 5,75% par an), de santé (+7,25%), de transport et de justice. Oui, Tony Blair est bien l’homme de la rénovation des services publics, démantelés par les conservateurs.

L’Etat providence renaît en Angleterre mais son action et ses méthodes sont nouvelles.

Il investit économiquement et socialement, ce dont témoigne l’importance de la dépense publique. Mais ce qui est distribué est ce qui a été effectivement gagné. Mais la détermination des besoins s’effectue dans la concertation au plus près des réalités. Mais l’action publique se décline en objectifs pragmatiques – réduire le temps d’attente à l’hôpital, les accidents dans les transports publics, le nombre d’enfants pauvres – avec des objectifs chiffrés et des résultats régulièrement évalués. Mais l’Etat n’a pas le monopole des services publics. Des partenariats encadrés avec les entreprises – à l’exemple des écoles de la « deuxième chance » – donnent à la collectivité de nouveaux moyens.

Voilà comment en inventant de nouvelles formes de régulation et de gouvernance, en conjuguant pragmatisme et volontarisme politique, les travaillistes donnent un nouveau visage au socialisme.

Saisissons notre chance et ouvrons les chantiers de notre rénovation. Au moment où notre parti se cherche, où s’expriment les pulsions de radicalité d’une gauche attachée à la seule contestation et au dirigisme, voilà l’occasion de donner un contenu à notre réformisme résolu. Non pas à travers une improbable copie mais en choisissant d’inventer, à la lumière des réussites du socialisme libéral, d’autres concepts et d’autres pratiques.

A nous, à la gauche, de saisir cette chance de redonner à nos concitoyens un désir politique. Un désir tourné vers une société créatrice et solidaire, à l’envers de tous les replis.





Jean-Marie BOCKEL

Ancien ministre,

Maire de Mulhouse,

Sénateur du Haut-Rhin

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Lundi 25 septembre 2006

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D’un « Non » ambigu au choix du socialisme libéral


Les Français ont tranché : ils ont refusé le traité constitutionnel européen.

Un non bigarré est devenu majoritaire : tantôt proféré au nom de la nation et de sa souveraineté, tantôt au nom de la conviction qu’un texte plus progressiste est nécessaire et possible.

Nous ne savons pas encore ce que sera la couleur dominante de ce non et la direction qu’il donnera à la construction européenne.

Mais quoi qu’il en soit, la volonté générale a choisi d’exprimer une claire défiance. Pour nous, représentants du peuple engagés dans la construction européenne, c’est un échec sans appel. Trop longtemps occultée ou instrumentalisée, l’Europe que nous proposions n’a pu concentrer les convictions et la confiance. Dans un pays de chômage de masse, de précarité et d’exclusion, un discours politique qui ne soit pas de seule contestation se révèle largement inaudible. A tort ou à raison, ce traité n’a pas paru être à la hauteur des attentes et des détresses.

La crise est donc ouverte. Le divorce entre l’opinion publique française et le modèle économique, sociale et politique européen, est désormais consommé. Avec à la clef une alternative : soit le non, porteur d’avenir, est à l’avant-garde de la construction européenne, soit, porteur de nostalgies diverses, il place la France en marge du cours de l’Histoire.

A gauche, les raisons d’une telle coupure paraissent toutes trouvées : le peuple ferait payer à l’Europe sa dérive libérale et au socialisme ses choix réformistes. Une gauche radicale et alternative serait appelée à conduire les luttes futures. Son credo est le refus de l’encadrement social-libéral du marché et l’appel à l’Etat, seul garant de l’intérêt général.

Mais croit-on vraiment aux bienfaits d’une recomposition anticapitaliste et antilibérale rêvant d’administrer l’économie et la société ? Cette victoire pourrait n’avoir la France que pour horizon et n’être que le dernier feu de paille de nos archaïsmes. Car elle survient au moment même où le cœur de la nouvelle Europe, qui bat dans les pays anciennement totalitaires, affirme son désir d’une Union indissociablement libérale et sociale. Désir d’un marché, producteur de richesses et d’échanges libres, désir d’une organisation juridique et politique créatrice de normes et de lois.

Osons le dire : l’échec du référendum signifie au contraire l’échec d’une gauche insuffisamment réformiste ! L’échec d’un socialisme qui n’a pas su réformer à temps ses concepts et ses pratiques.

Voilà où nous conduit la culture de l’ambiguïté qui fait campagne avec des accents gauchistes avant de gouverner sous les couleurs d’un réformisme honteux et inabouti. Voilà où mènent les diatribes qui confondent libéralisme – pour lequel la priorité donnée au jeu des libertés individuelles suppose l’exercice de la justice et n’exclut nullement des formes de régulation – et ultralibéralisme – synonyme d'absence de règles et de loi du plus fort. Comment faire accepter un texte qui est si visiblement un compromis entre une aspiration libérale et une aspiration social-démocrate si l’on diabolise la première pour faire de la seconde un « rempart » social ?

Oui, la concurrence libre et non faussée est historiquement associée à la lutte contre les privilèges, les corporations et les monopoles. Oui, elle peut être un principe restaurant l’égalité et la justice lorsqu’elle remet en cause des avantages protectionnistes – les pays pauvres devenant dans certaines conditions les plus ardents défenseurs de la libéralisation des échanges. Comme elle peut, tout aussi bien, instaurer des rapports de force intenables.

Oui, l’intervention de la puissance publique peut favoriser le progrès social à travers l’instauration de normes progressistes. Comme elle peut, tout aussi bien, entraver les dynamiques de croissance et de développement en multipliant rigidités et distorsions injustes de la concurrence.

En se pliant sans cesse à la mythologie de la radicalité et à l’imaginaire national, républicain, teinté de marxisme, on a rendu impossible toute transformation des mentalités. Et ainsi toute relation possible avec la marche de l’Europe et du monde. Oui, l’extrême gauche a bien paralysé nos têtes et nos langues.

Comment comprendre dans ces conditions que le plein emploi, la hausse des salaires et du pouvoir d’achat, l’amélioration des services publics, la lutte efficace contre l’exclusion et la grande pauvreté, soient des réalités pour l’Angleterre, la Suède ou le Danemark. Et qu’aucun de ces pays n’a pour cela fait le choix du dirigisme, d’un Etat providence centralisateur et égalitariste. Qu’ils ont su au contraire s’adapter aux nouvelles dynamiques sans renoncer à leur ambition de justice et de cohésion sociale. Ils ont articulé, à travers des voies différentes, libéralisation du marché du travail et sécurisation professionnelle, réaffirmant le rôle volontariste de la puissance publique tout en modernisant ses formes d’action.

A leur image, osons enfin un discours de vérité permettant au socialisme de lier sens des réalités, responsabilité et ambitions transformatrices. Brisons les tabous en reconnaissant le rôle social du marché dès lors qu’il est régulé, en célébrant l’esprit de compromis et de contrat, en appelant à la réforme d’une puissance publique au service de ses usagers, en démocratisant la société afin d’établir une égalité réelle et en préférant l’inclusion par le travail à l’exclusion et à l’assistance.

Pas plus aujourd’hui que demain, nous n’acceptons d’être coupé de l’ensemble de la gauche réformiste européenne. Nous ne saurions renoncer à être les acteurs de la transformation sociale, qui pour être concrète naît de rapports de force assumés et de compromis patients. Il y a des défaites qui doivent donner l’occasion d’un sursaut pour les hommes et les femmes de convictions. L’heure est au combat et à l’espérance.





Jean-Marie BOCKEL

Ancien ministre,

Maire de Mulhouse,

Sénateur du Haut-Rhin

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Vendredi 22 septembre 2006

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Un grand Oui à l'Europe

 

Dans quelques semaines nous nous prononcerons ensemble sur le traité qui dotera l'Europe d'une Constitution. Ce projet mérite de l’enthousiasme et pas seulement un petit oui du bout des lèvres.

L'Europe est notre aventure. Ici, en Alsace, plus qu'ailleurs. L'Europe, nous la parlons, elle vient de loin. Nous habitons une terre de passages et d’échanges qui nourrissent notre identité et font notre richesse.

L'Europe d'aujourd'hui n'est ni le triomphe d'une nation sur les autres, ni la dilution des peuples dans un espace anonyme. C'est une association libre, un pot commun dans lequel nous plaçons les compétences qui nous paraissent mieux exercées à plusieurs que seul. C'est aussi l'Europe des régions qui nous permettra de nous revendiquer, avec une nouvelle force et sans contradiction, alsacien, français et européen.

Nous avons connu la face sanglante des nations, nous lui préférons le visage européen, pétri de paix, de liberté et de prospérité. Comment oublier que depuis 1957, depuis le traité de Rome, nous vivons dans un espace durablement pacifié, où les hommes, les biens et les idées circulent librement ? Dans un espace de règles, de normes, qui favorisent le développement économique et le progrès social, qui garantissent le respect du droit et l'exercice de la justice.

L'espace s'est ouvert, le marché s'est constitué, nos droits se sont renforcés, et nous hésiterions aujourd'hui à approuver une Constitution qui approfondit le meilleur de l'Europe tout en corrigeant ses insuffisances ?

Voulons-nous une Europe plus sociale ?

Alors disons oui à cette Europe qui multiplie les garanties des personnes et des travailleurs à travers la charte des droits fondamentaux. L’exigence d’égalité entre femmes et hommes, le droit de grève, la protection des travailleurs en cas de licenciement injustifié, l’accès à la protection sociale deviennent des droits garantis par la Cour européenne de justice. Oui, à la reconnaissance des services publics qui auront désormais une base juridique, oui à l'affirmation d’exigences sociales guidant les politiques et les actions de l’Union.

Voulons-nous une Europe plus démocratique ?

Alors disons oui à cette Europe qui renforce le rôle du parlement européen – élisant le président de la Commission et légiférant en matière de budget – qui donne un pouvoir de contrôle accru aux parlements nationaux, qui permet aux citoyens de l'Union d'inciter au dépôt d'une proposition de loi. Oui à la majorité qualifiée qui permettra de prendre plus facilement des décisions en cessant d'exiger l'unanimité dans de nombreux domaines.

Voulons-nous une Europe plus affirmée et plus puissante, capable de tenir toute sa place sur la scène internationale ?

Alors disons oui à cette Europe qui sera désormais représentée par un président du Conseil et possèdera un Ministre des affaires étrangères, Europe qui pourra signer des traités et parlera d'une seule voix dans les organisations internationales. Oui aux coopérations renforcées qui permettront la Constitution d’une avant-garde de pays plus avancés qui souhaiteraient une intégration plus forte en matière de politique étrangère, industrielle ou fiscale.

L'Europe est un chantier qui exige de la patience et de la détermination. Cette Constitution nous donne des règles communes à partir desquelles nous pourrons continuer à travailler à l'amélioration et à l'approfondissement de la construction européenne.

Aussi, résistons à toutes les tentations du non.

Ne cédons pas au non de la détresse et des mécontentements. Nous savons ce que pèsent les situations personnelles lorsqu'elles sont synonymes de précarité, de pauvreté et d'insécurité. Mais ne nous trompons pas de combat, ne faisons pas de l'Europe le bouc émissaire des échecs de l'action politique nationale. Au moment où la construction européenne corrige ses insuffisances et approfondit ses réussites, choisissons d'en faire un principe de lutte. Par nos votes et nos actions, encourageons la réussite de toutes les politiques de progrès, là où il faut et quand il le faut.

Résistons au non de la peur. Ne voyons pas des menaces partout comme s'il y avait tout à perdre et rien à gagner, comme s'il n'y avait que des risques et jamais des opportunités. Ainsi l'élargissement ne se réduit pas à de nouvelles contraintes, il signifie aussi, pour peu qu'on l'organise, de nouveaux marchés et de nouvelles solidarités. Au nom de quoi la justice sociale que nous réclamons pour nous ne s'étendrait-elle pas aux nouveaux pays qui nous entourent et nous rejoignent ? C'est en donnant que nous recevrons, ce qu'ont déjà montré les intégrations réussies de l'Espagne ou de la Grèce.

Résistons aussi au non du repli, souvent conséquence des difficultés et des angoisses. Nous ne pensons pas que l'invocation du passé de la France et de la Nation éternelle, que l'esprit de fermeture, nous donnent les solutions pour les temps présents et à venir. Chacun sent bien que dans une époque où le monde devient notre échelle commune, il nous faut plus et mieux d'Europe.

Résistons enfin à ce non qui se réclame de l'Europe. Ce non qui refuse la Constitution présente au nom d'une Constitution idéale. Jamais, dans aucun des traités existants, un tel ensemble de droits, de protections sociales et d'avancées démocratiques n'avait été reconnu. Et il faudrait voter non ? Renoncer aux conquêtes d'aujourd'hui au nom des rêves du lendemain, au nom du toujours plus ? Aurions-nous dû refuser l'instauration d'un salaire minimum, la 4ème puis la 5ème semaine de congés payés, aux motifs que ces avancées étaient insuffisantes ?!

C'est une bien étrange manière d'être européen que de refuser un texte de compromis, négocié et soutenu par l'essentiel des forces politiques, des syndicats et des acteurs de la société civile à l'échelle de l'Europe. Il y a beaucoup de prétention à penser qu'un non français serait à la fois la seule position éclairée sur le continent et que nous pourrions l'imposer à tous. Un «meilleur» compromis serait possible ? Mais enfin, sur quoi et avec qui ? L’idée d’une crise salutaire est une illusion qui laissera place à une régression bien réelle. Toutes les insuffisances demeureront et aucun des avantages ne nous sera donné.

Alors, oui, nous préférons agir, nous préférons la politique des petits pas qui améliorent le sort de tous plutôt que les grandes formules et les idées pures qui ne s'incarnent jamais. Nous nous engageons pour un oui de combat, responsable et exigeant. Un oui qui permette aux citoyens européens de profiter de toutes les avancées de la Constitution et qui nous donnera de nouveaux leviers pour affirmer nos ambitions de progrès et de justice sociale.

Inventons nous un destin au-delà de toutes nos frontières figées, spatiales et mentales, et démontrons ensemble que la vieille Europe constitue plutôt le nouveau monde !





Jean-Marie BOCKEL

Roland RIES

Patricia SCHILLINGER

Catherine TRAUTMANN

Armand JUNG


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Mercredi 20 septembre 2006

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le « New Deal » britannique : une chance pour l’europe


J’ai écouté le discours de Tony Blair au Parlement européen. Au moment où commence la présidence britannique, je crois en son appel à la modernisation de l’Europe.

Des paroles de Tony Blair, je retiens d’abord un discours de vérité et de responsabilité qui tranche sur tous les faux-semblants. La crise est là, il faut savoir la nommer et accepter d’en répondre : le non à l’Europe témoigne de l’insatisfaction des peuples et de l’échec des politiques conduites. Oui, « il est temps de revenir sur terre, de se réveiller. Le peuple fait tapage sous nos fenêtres ». Son diagnostic est net : l’Union européenne a été fondée pour « rendre la vie meilleure aux citoyens » et « aujourd’hui, ils ne sont pas convaincus ».

Il ne suffit donc pas de décréter l’Europe politique, à travers la « déclaration » de Laeken, ou l’économie compétitive, par la proclamation de la « stratégie » de Lisbonne, pour les réaliser. La politique se juge aux actes et non aux effets de discours.

La nouvelle donne c’est d’abord cela : l’observation attentive de la réalité et la valeur accordée aux résultats de l’expérience. C’est surtout un volontarisme politique qui ne cède pas sur ses ambitions de transformation sociale.

Voilà qui donne tout son sens à l’insistance de Tony Blair pour ne pas séparer l’Europe sociale de l’Europe économique : « la finalité de l’Europe sociale et de l’Europe économique est bien de se soutenir l’une l’autre ». L’Europe politique doit permettre de les articuler et d’y incarner nos ambitions. L’avenir institutionnel se joue d’abord dans les réponses que l’on apporte ou pas aux problèmes quotidiens des Européens. L’intégration grandissante ne se décrète pas a priori et abstraitement, elle naît de réussites et de solidarités effectivement réalisées. C’est au fur et à mesure qu’un destin politique et commun se dessinera.

Cessons donc d’agiter sans cesse l’Europe politique et l’Europe sociale contre l’Europe économique. Car l’échec économique a bien produit l’échec social (chômage de masse, insécurités diverses, crise de société) prolongé en crise politique et institutionnelle. Et ce malgré tous nos décrets et discours.

Alors oui, réussite économique, progrès social et vitalité démocratique sont bien interdépendants. Pragmatisme et idéalisme : c’est en créant des richesses que nous sommes ensuite capables de les redistribuer, ce n’est que lorsque la question de la survie ne se pose plus que celle du vivre ensemble devient possible. Ce qui ne signifie pas que le succès économique soit suffisant mais qu’il est bien nécessaire à toute politique progressiste réelle.

Tony Blair nous invite donc à abandonner nos caricatures, « l’idée que la Grande-Bretagne serait le porte drapeau d’une conception anglo-saxonne extrémiste de l’économie de marché où l’on écraserait les pauvres et les défavorisés ». Alors que la santé de l’économie anglaise (croissance soutenue, inflation contenue, déficit limité et taux d’intérêt réduits) a rendu possible le plein emploi, la hausse du pouvoir d’achat, l’instauration d’un salaire minimum, l’amélioration des services publics et la lutte efficace contre la pauvreté. Non pas mécaniquement mais grâce à une politique volontariste, grâce aux investissements massifs en matière d’emploi, de recherche et d’innovation, d’éducation, de santé et de transport, d’aide à la famille, de sécurité. Politiques conduites par un Etat-providence décentralisé, déterminant les besoins au plus près des réalités, déclinant son action en objectifs pragmatiques et évaluant régulièrement les résultats de services publics dont il n’a pas le monopole.

Il ne s’agit pas là d’un modèle dont nous aurions à copier passivement les solutions. Ici aussi, le réalisme nous commande l’adaptation aux situations particulières, tant à l’échelle nationale qu’européenne. Il n’y a pas de recettes toutes faites, exportables à l’identique, capables d’apporter, à l’Europe et à la France, un bonheur sans nuance. Mais nous devons y trouver l’impulsion nécessaire et les grandes directions, pour inventer les nouveaux outils du progrès social.

Suivons Tony Blair lorsqu’il nous dit que seules des politiques en prise sur le monde d’aujourd’hui seront à la hauteur de nos idéaux. Lorsqu’il souligne que les défis qu’implique la mondialisation ne trouveront aucune solution satisfaisante dans le repli souverainiste ou dans la défense arc-boutée des anciennes formes de régulation.

Soutenons avec lui que répondre aux insatisfactions des peuples passe effectivement  par une modernisation du modèle social européen fondée sur un nouvel essor économique. C’est en investissant dans la recherche et l’innovation, en augmentant les qualifications et en inventant les métiers de demain, en stimulant les créations d’entreprises et d’emplois, en sécurisant les parcours professionnels, que nous gagnerons, à toutes les échelles, la bataille du chômage. Et non en défendant, par toujours plus de réglementations et de dirigisme, des protections anciennes qui ne fonctionnent plus. La défense des emplois existants, du statut quo, n’a fait que générer le chômage de masse et les inégalités de destin. Seule la réussite d’une économie ouverte et globale, adaptée au flux des échanges mais inventant de nouvelles formes de protection, permettra la diffusion concrète du progrès social.

Tony Blair a peut-être compris avant nous, que le bien-être partagé et la confiance retrouvée, bien davantage que les seules idées, seront les moteurs des élargissements présents et à venir. Les Européens verront les chances, et non les menaces, d’une plus large Union lorsqu’ils auront l’abondance à mutualiser et non leurs craintes à partager.

Le budget européen doit en conséquence refléter ces nouvelles priorités et permettre leur application réelle. La réaffectation des ressources, sur fonds d’une nécessaire réforme de la PAC, dégagera de nouveaux moyens. Ils seront tournés vers cette modernisation qui est un mélange d’adaptation et d’invention.

Le New Deal, qui se prolonge dans une nouvelle politique européenne de justice et de sécurité intérieure, de défense et de développement, est donc moins une somme de choses à faire qu’une nouvelle manière de faire. Il installe le travail politique dans la réalité des échanges et des rapports humains. Il le fait redescendre de son habituelle position de surplomb. Il s’agit donc, au-delà de la seule modernisation de l’Europe, d’un appel à une nouvelle pratique politique. Tel pourrait être le style d’un réformisme résolu faisant souffler sur l’Europe un vent nouveau.





Jean-Marie BOCKEL

Ancien Ministre,

Maire de Mulhouse,

Sénateur du Haut-Rhin


Tribune publiée dans Les Echos du 8 juillet 2005











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Lundi 4 septembre 2006

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Nouveaux contrats de travail : pour une critique constructive


Le chômage est une affaire trop sérieuse, une trop grande préoccupation, pour réduire la politique de l’emploi à un débat calculateur et idéologique.


Oui, il est critiquable de réformer à la hussarde le Code du travail sous la pression des échéances à venir. Que reste-t-il de la démocratie sociale lorsque l’on congédie les partenaires sociaux et que l’on décide sans eux de la nature du contrat de travail, du statut et des droits du salarié ? On ne peut de même donner toujours plus aux employeurs (exonération de charges, rupture de contrat sans justification) sans être très attentif aux résultats effectifs en matière d’emploi et au « coût » social.

Symétriquement, assimiler toute forme de flexibilité à une précarité nécessairement accrue, défendre une surprotection statutaire en ignorant tout des dynamiques économiques, mène à l’impuissance et au statu quo. Au maintien d’une précarité déjà subie par nombre de Français qui ne se satisfont pas des protestations mais veulent des solutions.


Concernant la situation de l’emploi, le constat est partagé : le reflux actuel du chômage est encore modéré et le taux de 9,6% enregistré en novembre 2005 demeure l’un des plus élevés d’Europe. Les jeunes en sont particulièrement victimes : le taux de chômage est de 18% pour les moins de 30 ans, plus du double pour ceux qui sont sans qualification, l’essentiel des embauches s’effectue en CDD ou en intérim, voire en stages non indemnisés.

Comment agir ?

Ni la flexibilité aveugle, ni la surprotection rigide des emplois existants, ne constituent pas des réponses appropriées. Les allègements de charges, la réduction du temps de travail, les emplois aidés, favorisent les créations d’emploi. Ces approches sont nécessaires, complémentaires, mais encore insuffisantes.


Nouveaux venus, le CNE et le CPE introduisent davantage de flexibilité dans le contrat de travail : ils proposent une « période de consolidation » de 2 années pendant lesquelles le salarié peut être licencié sans justification. Ils s’accompagnent aussi, pour les moins de 26 ans, d’une exonération totale des cotisations patronales pendant 3 ans. Les théorèmes sont connus : moins de freins au licenciement égal moins de réticence à l’embauche, moins de charges égal plus d’emplois proposés.


A l’épreuve des faits, les résultats sont en vérité ambigus. Ainsi le précédent dispositif d’allègement des charges à destination des jeunes non qualifiés (Contrats jeunes en entreprise) n’a pas vraiment créé d’emplois nouveaux : le taux de chômage n’a pas diminué, les contrats signés ont souvent concerné des jeunes déjà en activité et sont demeurés, dans de larges proportions, de courte durée. Autrement dit, l’effet d’aubaine a joué à plein et le coût pour la collectivité n’a pas été vraiment compensé ni en terme d’efficacité économique ni de progrès social.


L’introduction de la flexibilité doit elle aussi faire l’objet d’une double évaluation, à la fois économique et sociale. D’un point de vue général, il est vrai que dans une économie mondialisée, d’échanges accélérés, l’adaptation et la souplesse sont des principes favorables au développement de l’emploi. De nombreux pays européens (à commencer par le Danemark) montrent qu’une législation non contraignante favorise la baisse du chômage.

Mais la flexibilité ne peut être érigée en dogme économique, pas plus qu’elle ne peut être déconnectée de son « coût » social : l’emploi, oui, mais comment et à quel prix ?


L’efficacité économique du CNE demeure difficile à apprécier : certes 280000 CNE ont été créés à ce jour mais les faibles créations dans le secteur marchand (62000 emplois en 2005) relativisent le succès. Tout suggère que de nombreux emplois auraient été de toute manière créés en CDD ou en CDI. L’effet d’aubaine est indéniable. Fondamentalement, le CNE conduit à une plus grande volatilité de l’emploi : création accélérée lorsque la demande croît, destruction accélérée lorsque l’économie ralentit. Autrement dit, la flexibilité peut être un catalyseur qui ne suffit pas à lui seul à assurer croissance et activité.


Pour quel coût social ?

Soyons francs : le CNE et le CPE ne méritent ni l’excès d’éloges et de critiques qui leur est réservé. Le CPE offre ainsi des contreparties modestes mais réelles aux jeunes salariés : préavis, droit à la formation ouvert dès la fin du premier mois, indemnisation chômage dès le quatrième mois (au lieu de 6 actuellement) avec une allocation forfaitaire garantie, indemnité de rupture, accès au crédit bancaire, bénéfice du Locapass facilitant l’accès au logement.

L’évaluation sociale est difficile et se fera au cas par cas : ceux qui auraient été embauchés en CDI (peu nombreux) y perdront, ceux qui enchaînent chômage, stages et CDD courts y gagneront, plus ou moins selon la durée effective du contrat, plus ou moins selon leur appréciation de l’incertitude professionnelle. Et l’on ne peut ici préjuger, ni dans sens ni dans un autre, de la volonté constructive des employeurs.


Face à ces réformes quelle doit être l’attitude de la gauche ?

Je la souhaite résolument pragmatique et volontaire.

Quelle efficacité économique pour quels progrès sociaux ? Voilà la seule interrogation qui doit nous guider, la seule d’ailleurs qui nous fasse rencontrer les Français.


Etre socialiste aujourd’hui ne peut se réduire à une opposition idéologique nous coupant du monde tel qu’il est. Etre socialiste c’est voir plus large que la droite, protéger mieux les intérêts des plus faibles et garantir davantage la justice sociale.



Voir plus large : ne pas céder au dogme de la flexibilité. Elle n’est qu’un élément parmi d’autres : relance de la croissance par l’économie de la connaissance, dynamisation de l’activité par la simplification administrative, stimulation de la demande par l’action sur le pouvoir d’achat, meilleure insertion professionnelle par la formation. L’emploi des jeunes est d’abord déterminé par l’élévation des qualifications et leur plus grande adéquation avec l’emploi : confions aux partenaires sociaux la détermination du contenu des formations en fonction des besoins professionnels et de leur évolution, encourageons la formation en alternance, l’apprentissage et la reconnaissance des compétences acquises. Accordons des « droits de tirage » inversement proportionnels à la durée initiale de la formation ou des handicaps constatés.


Se battre pour le progrès social : acceptons la flexibilité en échangeant la mobilité contre de nouveaux droits et de nouvelles protections pour les salariés. Voilà le réformisme d’aujourd’hui, celui de la conquête sociale en acte.

Enrichissons le droit individuel à la formation (anticipation des besoins mais aussi développement des goûts et des compétences) et rendons-le véritablement transférable d’entreprise en entreprise. Développons les conventions personnalisées de reclassement et de transition professionnelle. Autant de droits « crédités » dont chaque salarié pourrait faire un usage individuel adapté à sa situation et aux réalités locales de l’emploi.


Dans cet esprit rien n’est tabou pour une gauche responsable et en lutte : un contrat de travail unique peut être négocié s’il permet d’en finir avec l’injuste éclatement des différents contrats et la ségrégation statutaire qui en résulte. Nous pouvons envisager un  contrat unique à durée indéterminée dans lequel les droits relatifs à la protection de l’emploi et à l’indemnisation se renforceraient progressivement. Une période de consolidation n’étant acceptable que si, et seulement si, la sécurisation des parcours professionnels est organisée concrètement et les contreparties obtenues à la hauteur de la souplesse concédée. Ce qui n’exclut pas non plus de responsabiliser les entreprises en sanctionnant, par la fiscalité ou la modulation du coût de l’assurance chômage, celles qui abuseraient de la flexibilité.


Voilà des principes d’action pour un socialisme attaché à la réussite économique et au progrès partagé. Un socialisme en prise sur le monde d’aujourd’hui. Le seul à la hauteur de l’urgence sociale.


Jean-Marie BOCKEL

Ancien Ministre,

Maire de Mulhouse,

Sénateur du Haut-Rhin


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Dimanche 27 août 2006

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Jean-Marie Bockel et Ségolène Royal : un même combat contre la délinquance

 
Les propositions de Ségolène Royal en matière de lutte contre la délinquance des jeunes sont conformes, dans leur esprit, à l’analyse et aux propositions de Jean-Marie Bockel. Elles participent à l’émergence d’une nouvelle politique de gauche en matière de lutte contre toutes les insécurités.

Partant de son expérience d’élu de terrain, ayant choisi de ne pas nier l’importance prise par les incivilités et les actes de délinquance, Jean-Marie Bockel  considère la sécurité comme un droit, comme un bien public qui doit être partagé par tous. Il soutient l’on peut parler d’insécurité sans instrumentaliser les peurs, à partir d’une exigence de cohésion sociale et de respect civique.

Dans cet esprit, une politique de gauche en matière de sécurité doit articuler sanction et action préventive. Nous devons être tout aussi dur avec l’insécurité qu’avec les causes de l’insécurité. Une politique de sécurité publique doit à la fois jouer sur le temps court de la sanction et sur le temps long du traitement des problèmes sociaux. A la gauche d’oser assumer la nécessité des règles, l’existence de contraintes, la possibilité et la réalité de sanctions répressives.

Jean-Marie Bockel souligne que les mesures préconisées par Ségolène Royal s’inscrivent dans cette philosophie à la condition qu’elles ne soient pas caricaturées : la mise sous tutelle des allocations familiales peut être légitime si et seulement si elle est employée dans une logique éducative en lien notamment avec les Maisons des parents (expérimentées à Mulhouse), les internats scolaires de proximité prennent tout leur sens dès lors qu’ils permettent aux parents d’assumer leur responsabilité en relation avec des éducateurs, les mesures alternatives à la prison sont à expérimenter dès lors que les systèmes d’encadrement ont pour objectif l’ insertion et le réapprentissage de la citoyenneté.

La réalité des violences doit être enfin nommée par la gauche afin de rendre possible une action politique qui ne soit ni purement compassionnelle, ni purement répressive.

Jean-Marie Bockel dénonce les mauvais procès faits à Ségolène Royal, les amalgames faits à droite et au gauche, au nom de calculs politiques. Ces manipulations entravent le développement d’une politique de fermeté et de générosité, attentive à la prévention comme à la sanction.

Il s’agit pourtant d’une réponse équilibrée et responsable, en prise sur les réalités, souhaitée par de nombreux Français, particulièrement par les plus démunis et les plus exposés.

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Samedi 12 août 2006

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« Oui » à la gauche qui vient


Le premier décembre 2004 nous avons tranché. Elus et militants socialistes, nous nous sommes prononcés, à une nette majorité, en faveur du traité constitutionnel.

A cette occasion, nous n’avons pas fait simplement le choix de l’Europe.

Notre « oui » dessine des lignes de force qui détermineront largement le cours des débats et des échéances politiques à venir.

En acceptant le projet de traité constitutionnel, nous avons reconnu, pour l’essentiel, sa conformité avec nos valeurs comme avec nos ambitions de transformation sociale et politique. En réalité, nous avons fait le choix de notre socialisme. Nous avons choisi la manière dont nous souhaitons, aujourd’hui, le mettre en œuvre et ce faisant, nous en traçons les nouveaux contours.


Nous avons préféré un texte progressiste plutôt qu’une idée pure. Nous avons opté pour un « oui », responsable et exigeant, qui permette aux citoyens européens de profiter de toutes les avancées de la Constitution. Nous avons préféré le compromis, le pluralisme qui ouvre à la discussion de tous, plutôt que la particularité d’une conception qui aurait été imposée à tous. Nous avons refusé le leurre d’une crise salutaire qui nous aurait opposé aux autres membres du Parti Socialiste Européen, aux syndicats et à de nombreux autres partis de la gauche européenne.

Autrement dit, nous avons congédié le mythe de la rupture au profit de l’esprit de réforme.


Ce « oui » est bien celui d’une gauche résolument réformiste et moderne qui s’intéresse aux conquêtes sociales d’aujourd’hui et non aux lendemains qui chantent.

Et ceci n’est pas un constat en forme de résignation mais plutôt l’appel à une rénovation, en marche, des fondements et des pratiques de notre action politique. Nous ne pouvons plus nous satisfaire d’un plus petit dénominateur commun. Les appels à l’unité ne valent que s’ils nous permettent d’affirmer un projet original et novateur.


Que voulons-nous ?


Nous voulons, comme hier mais avec les moyens d’aujourd’hui, une société d’émancipation individuelle et collective dans laquelle se partage une égale liberté. Liberté de ne pas être soumis aux inégalités et à l’injustice, liberté de ne pas être condamné à la pauvreté et à l’exclusion. Nous voulons une économie qui produise les richesses nécessaires à leur juste redistribution. Nous voulons une démocratie réellement représentative qui favorise la participation de tous les citoyens.


Nous affirmons donc notre ambition de construire une société solidaire dans une économie de marché.


En conséquence, nous assumons l’ambivalence du marché et du capitalisme.

Nous reconnaissons qu’ils sont créateurs de richesses et d’échanges, que la libre initiative et la concurrence favorisent l’innovation et sont des facteurs de progrès et de développement. Mais nous savons aussi que la seule logique de production et de consommation ne peut se suffire à elle-même, que la seule recherche de la rentabilité maximale est incompatible avec un projet humaniste d’émancipation des individus, que la croissance forcenée est souvent opposée à l’intérêt écologique. D’où la nécessité d’infléchir, de corriger et de réguler sans cesse les mécanismes du marché par la redistribution, par le développement de la protection sociale, par le combat contre les inégalités et par la promotion du non-marchand. D’où l’importance d’un projet de développement soutenable dans lequel les activités de production demeurent des moyens – et non des fins – mises au service d’un bien être partagé.


Pour accorder efficacité économique et justice sociale nous nous affirmons plus que jamais réformistes. Nous refusons les nostalgies du plan et de l’économie administrée, le dirigisme politique et économique. Notre réformisme se veut moderne et il se défait des formes traditionnelles de l’Etat providence : son égalitarisme abstrait, son centralisme bureaucratique, sa politique sociale à caractère global donnant la priorité à l’assistance, le faible rôle de la société civile face à un Etat interventionniste. Notre réformisme, celui de la gauche qui vient, ne se soutient qu’à travers la promotion du dialogue entre partenaires sociaux, la recherche constante de compromis négociés, la valorisation du contrat à côté de la loi, la régulation décentralisée attentive aux cas particuliers dans le respect de l’égalité.


Les chantiers qui s’ouvrent à nous sont ainsi immenses.


Nous devons travailler à instaurer un nouveau modèle de croissance qui nous donne les moyens de réformer notre modèle social. Face au chômage de masse, face à l’exclusion durable et aux formes modernes de la précarité, l’urgence est grande.

Nos sociétés post-industrielles sont des sociétés tertiaires où les activités de conception se substituent aux activités de fabrication. D’où la nécessité de développer une économie de la connaissance, c'est-à-dire une économie fondée sur la recherche et l’innovation. Il importe de ne plus subir les mutations mais bien de les devancer afin de mettre au jour de nouvelles sources de richesses à partager.

C’est une réforme d’ensemble de nos conceptions et de nos pratiques du travail qui est aujourd’hui nécessaire. Elle passe par la valorisation de l’initiative, par une révolution culturelle qui nous fasse préférer l’accroissement de l’activité – créatrice de nouveaux emplois – au partage de la pénurie. L’ensemble du monde du travail doit ainsi être revitalisé : liberté et sécurité peuvent s’accorder à travers l’échange d’une flexibilité accrue contre une protection accrue. Non plus protéger les emplois en s’opposant aux dynamiques économiques mais protéger les travailleurs. Ce qui suppose une politique publique ambitieuse synonyme d’une hausse des aides pour le retour à l’emploi et d’une réforme de la formation professionnelle afin que l’inactivité devienne un temps de formation permanente. Politique qui implique légitimement, en échange de moyens nouveaux, une nouvelle responsabilisation des acteurs et une plus grande incitation au travail.


Nous devons encore réformer l’Etat.

Pas seulement avec une ambition comptable mais bien en cherchant à conjuguer efficacité et service public.

L’Etat doit être le garant de la protection des plus fragiles, de la cohésion sociale, à travers son action de correction des inégalités. Il doit être l’acteur principal de politiques ambitieuses en matière de santé publique, d’éducation et de culture. Il doit garantir l’égal accès de tous aux biens publics que sont par exemple la justice et la sécurité.

Mais il doit tout autant favoriser l’initiative et la responsabilité individuelles. D’où la nécessité de redonner toute sa place à la société civile en favorisant le dialogue et le contrat entre partenaires sociaux. D’où la nécessité d’une décentralisation à la fois efficace et juste dans laquelle transferts de compétences et de moyens visent à redonner aux collectivités locales la maîtrise de leurs destins.


Nous devons aussi rénover la vie démocratique.

C'est-à-dire encourager toutes les formes de démocratie locale et participative. Simplifier et clarifier les échelons de délibération et de décision, permettre au citoyen d’y participer effectivement à travers des incitations et des compensations, à travers une formation – à la culture politique, au droit – qui doit commencer dès l’école.

A l’heure où la reproduction des élites semble être encore la règle, nous devons nous donner les moyens d’une démocratisation réelle de la représentation politique. Les discriminations, entretenues sous couvert d’égalitarisme républicain, se traduisent par des entraves au travail, par la marginalisation d’individus et de communautés privés de visibilité sociale. D’où l’urgence d’une action affirmative, de discriminations positives maîtrisées, qui les rétablissent dans leurs droits.

Alors seulement les questions d’intégration pourront être résolues, alors seulement la communauté ne sera pas un vain mot mais un partage réel, alors seulement la représentation politique retrouvera sa légitimité et son énergie transformatrice.


On le voit, la gauche réformiste et moderne que nous appelons de nos vœux, et à laquelle notre « oui » donne toute sa légitimité, n’est pas un chèque en blanc donné au marché déréglé. Il s’agit plutôt, en étant ouvert au meilleur de la social-démocratie européenne et en en inventant une expression originale, d’incarner le réformisme de gauche sur lequel nous avons su nous entendre.

C’est sur un tel projet de réforme, d’émancipation et de transformation sociale, que nous, socialistes, pouvons nous retrouver afin d’opposer aux conservatismes de tous horizons, l’ambition d’une nouvelle société dans une Europe nouvelle.


Jean-Marie BOCKEL


Tribune parue dans les Echos

du 25 janvier 2005




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