Propositions pour promouvoir la croissance économique française

Publié le par Réformisme et rénovation

Propositions pour promouvoir la croissance économique française


Maintenir et améliorer le niveau de vie des Français sera impossible sans ressources pour ce faire. Qu'ils en perçoivent les bénéfices par le biais de revenus salariés, par des plus-values en capital, ou par une redistribution sous l'égide des pouvoirs publics, il faudra donc créer davantage de valeur ajoutée dans le pays. La somme des valeurs ajoutée créée dans une économie s'appelle le Produit Intérieur Brut (PIB). Comment faire croître le PIB de la France ?


La croissance économique d'une nation peut être décomposée en, d'une part, une dimension démographique, donc liée à la taille de l'économie, et, d'autre part, une dimension productivité, donc liée à l'efficience de l'économie1. Faire croître le PIB de manière plus rapide, c'est donc faire en sorte qu'un nombre accru d'agents contribuent à l'activité intérieure, mais aussi faire en sorte qu'ils le fassent d'une manière qui génère davantage de produits utiles par unité de ressource consommée. Aussi bien sur l'une que sur l'autre de ces dimensions, des progrès sont possibles et même de plus en plus urgents.


Une grande partie des ressources de la nation – on parle notamment ici de ressources humaines, donc de femmes et d'hommes qui voudraient travailler – sont sous-utilisées. Il faudrait faire en sorte de les mobiliser (1). Mais il apparaît aussi de plus en plus que l'outil de production France n'est plus assez productif pour systématiquement maintenir des coûts plus bas que les prix auxquels s'échangent les biens sur les marchés mondiaux. L'économie ouverte permet à tous de fantastiques gains de pouvoir d'achat. Pour que les termes de l'échange avec les nouvelles économies industrielles restent favorables, il faut faire en sorte que les biens français puissent rivaliser avec leurs concurrents en termes de productivité (2). Bien entendu, les marchés mondiaux ne sont pas exempts de dysfonctionnements (monétaires, commerciaux), il faut donc accompagner la logique économique interne d'une véritable stratégie économique en économie globalisée (3).


Dans tous les cas, le retour de la croissance économique est indissociable de réformes structurelles cohérentes et de grande envergure.



1 Accroître l'activité en Mobilisant les ressources de l'économie nationale


Que faire pour augmenter le nombre d'heures travaillées dans le pays ? Plus d'heures travaillées, cela peut vouloir dire deux choses : soit davantage de gens travaillent chacun une même quantité d'heures (1.1), soit une même quantité de gens travaillent davantage d'heures (1.2). Dans un cas comme dans l'autre, une réflexion de fond doit être menée sur la manière dont la société française envisage le travail, ce qui n'ira pas sans polémiques. Il faudra pourtant les affronter pour relancer la croissance.


1.1 Inclusivité


Augmenter la valeur ajoutée en produisant davantage d'heures travaillées, cela implique notamment de remettre au travail tous ceux qui s'en tiennent à l'écart ou en sont tenus à l'écart. Le taux d'emploi2 des 15-64 ans dans la population française est de 63%3. Ce chiffre est de 75,9% au Danemark. La faiblesse de ce taux d'emploi s'explique par plusieurs facteurs :

  • l'âge tardif d'accès au premier emploi : compréhensible dans le cas d'études longues, il est par contre problématique lorsque les années d'étude ne débouchent pas sur un diplôme. Les jeunes Français tardent souvent à entamer un premier emploi. Dans les pays nordiques, il est en revanche courant d'effectuer des emplois d'été dès un très jeune âge. L'insertion s'en trouve peut-être facilitée par la suite.

  • les départs précoces à la retraite : ils le sont souvent en comparaison des autres pays (en France, 37,9% des 55-64 ans travaillent, contre 69,4% en Suède). On peut expliquer cela par la multiplication des pré-retraites, un fort taux de chômage, et le maintien de la retraite à 60 ans.

  • les renoncements des femmes à l'emploi : ils sont encore très fréquents (seulement 57,6% des résidentes françaises ont un emploi, contre 68,8% des hommes). Maternité, patriarcat, préjugés des employeurs, assistanat, les facteurs explicatifs sont variés mais rarement pris en compte dans les politiques économiques.

  • le travail clandestin : le travail non comptabilisé est probablement important en France, pays latin, en dépit des mesures prises depuis des années pour le résorber. Outre l'aspect culturel, il faut sans doute aussi y voir une conséquence de la complexité du droit du travail ou d'une fiscalité dissuasive.

  • les effets d'éviction de certaines politiques sociales : un certain nombre d'allocations (Revenu Mimimum d'Insertion, Couverture-Maladie Universelle, allocations-logement, etc.) sont incompatibles avec un emploi ou un niveau de revenu trop élevé. La crainte de les perdre ou la complexité des régimes juridiques entraînent des réticences légitimes à la reprise d'emploi.


Un certain nombre de mesures pourraient améliorer ces situations :

  • encourager les emplois saisonniers ou à temps partiel pour les jeunes en âge de travailler. Cela leur permettrait d'étoffer leur curriculum vitae, de clarifier leurs projets professionnels, de revaloriser le travail et l'entreprise dans les esprits. Cela améliorerait également leur situation matérielle tout en fournissant de la main d'oeuvre pour les entreprises. On pourrait ici préconiser des mesures du type chèque emploi-services qui simplifieraient les démarches pour les employeurs.

  • raccourcir, à diplôme et connaissances égaux, la durée des études secondaires et supérieures. Il faut améliorer les taux de réussite aux examens. Cela implique à la fois une meilleure orientation des étudiants et des conditions d'étude bien meilleures, mais peut-être aussi un rééquilibrage des incitations en faveur d'études optimisées (un débat est à mener sur les droits de scolarité). L'accès au premier emploi stable doit être avancé.

  • supprimer tous les obstacles à l'emploi des « seniors » : pénaliser les discriminations à l'âge (généraliser le CV sans date de naissance), cesser de promouvoir les pré-retraites, encourager (sans obligation) les départs tardifs à la retraite, supprimer les limites d'âge aux concours administratifs. Il faut aussi mettre en place une politique réellement ambitieuse d'apprentissage tout au long de la vie, qui permette notamment à chacun de commencer une nouvelle carrière ou de se relancer à tout âge.

  • favoriser l'accès des femmes à l'emploi : poursuivre la lutte contre les discriminations, développer l'offre de services maternels, promouvoir l'orientation des femmes et leur accès aux études dans les secteurs porteurs (notamment les études scientifiques). Les jeunes filles devraient être éduquées très tôt à une image ambitieuse de la féminité (l'absence de département de gender studies est une lacune considérable de l'université française, à laquelle il faudrait remédier). Il s'agit là d'une problématique de long terme, mais non moins essentielle.

  • régulariser la situation des immigrés clandestins disposant d'un emploi stable

  • faciliter le séjour en France de certains étrangers à fort potentiel y ayant accompli avec succès des études supérieures de haut niveau en France (master, doctorat, en particulier dans les matières scientifiques).


1.2 Volume de travail


A productivité égale, il ne peut y avoir de croissance économique sans accroissement du volume d'heures travaillées. Comme il n'est certes pas facile de remettre au travail les personnes qui en ont été exclues, la variable « temps de travail » revêt une importance toute particulière. La possibilité d'effectuer une semaine de travail de moins de 39 heures a constitué une amélioration considérable de la qualité de vie pour de nombreux travailleurs. Néanmoins, pour maintenir le PIB à niveau égal, il a fallu faire peser l'effort sur les autres variables de l'équation, ce qui s'est traduit par :

  • soit une hausse de la productivité : celle-ci a pu se faire sans heurt lorsqu'une meilleure répartition annuelle du travail était possible ; mais lorsque l'annualisation n'était pas possible, les travailleurs ont souvent vu leurs conditions de travail se dégrader (la pression accrue correspondant à une hausse des cadences de travail). Parfois aussi, les statisticiens ont considéré des heures de travail non déclarées comme étant des gains de productivité (si on travaille 42 heures en en déclarant 35, on a l'impression d'un gain de productivité de 20% alors qu'il n'en est rien),

  • soit une stagnation des rémunérations, pour permettre des embauches futures,

  • soit de l'inflation4 pour compenser la hausse du coût du travail, à production égale.


L'apport des « 35 heures » ne doit pas être remis en cause. Mais les modalités d'application doivent en être revues, pour permettre aux travailleurs de générer davantage de richesse, en travaillant le nombre d'heures supplémentaires de leur choix (35 restant la durée légale du travail hebdomadaire). On fera ainsi potentiellement baisser les prix sur un certain nombre de services, augmentant doublement le pouvoir d'achat des Français (par les salaires et par les prix).



2 L'efficience, fondement de la compétitivité


Bien entendu, le coeur de la croissance économique, le facteur dont la l'amélioration est potentiellement infinie, c'est la productivité. Outre la productivité brute de la main d'oeuvre (2.1), il faut aussi envisager cette question sous l'angle de la productivité des investissements. Il se trouve que l'organisation des marchés résulte dans une large mesure des institutions (réglementation, intervention publique, etc.) qui les régissent. Les institutions économiques françaises souffrent d'un certain nombre d'archaïsmes qu'il est temps de corriger, pour améliorer l'allocation des ressources économiques dans le pays (2.2). Par ailleurs, les acteurs de l'économie ne sont pas, en France, encouragés à optimiser leur activité, du fait d'un manque de culture entrepreneuriale (2.3).


2.1 Gains de productivité


Le travail – l'effort – voit sa productivité accrue lorsqu'on lui adjoint les « outils » appropriés : lorsqu'il s'agit de matériel, on parle de capital matériel ; lorsqu'il s'agit d'idées ou de savoir faire, on parle de capital humain. Si personne ne nie l'intérêt d'une augmentation du capital productif, la particularité des politiques de gauche est d'insister sur l'importance du capital humain, dont elles encouragent l'accumulation : éducation, formation continue, politiques de santé publique, culture.


On n'insistera jamais assez sur l'idée que les gains de productivité peuvent toucher tous les métiers, même les moins qualifiés. On peut rendre une heure de travail plus productive en dotant un travailleur de matériel mieux adapté à sa tâche (investissement en capital matériel) ou en le formant davantage (investissement en capital humain). Ces effets sont possibles pour tous les emplois, dans tous les secteurs, sans exception.


Compte tenu de l'échec du système éducatif pour une partie de la population (jeunes déscolarisés, travailleurs illettrés, etc.), les gains de productivité sur les emplois les moins qualifiés sont potentiellement considérables. Le rôle de la formation est crucial. Une politique de gauche doit pouvoir permettre une hausse des rémunérations réelles (c'est-à-dire sans inflation) les plus basses, ce qui est possible (et souhaitable) en améliorant la productivité des emplois concernés. Il faut rendre accessible un grand nombre de formations en cours du soir ou à distance permettant la hausse de la qualification à tous les niveaux.


Aux plus hauts niveaux de qualification, il faut aussi rendre l'emploi plus productif en améliorant l'outil productif. Cela suppose un effort considérable de recherche et développement, qui ne pourra se faire sans l'appui du secteur privé. Le secteur public devra en donner l'impulsion5.


2.2 Efficience allocative


Produire de manière efficiente ce que l'on produit ne suffit pas à assurer la croissance. Il faut aussi que la production corresponde à la demande (domestique ou internationale), ce qui constitue un problème très complexe d'allocation des ressources. Ce n'est pas par magie que le capital se concentre vers les activités les plus pertinentes. Il s'agit d'une difficile prospection et d'un processus par itérations (on parle parfois de « tâtonnement »), qui amènent graduellement les investisseurs à optimiser leurs choix. Plus les transactions sont faciles à réaliser, plus cette optimisation a de chances de se réaliser rapidement. Au contraire, plus les transactions sont difficiles6, moins les investisseurs auront de chances d'optimiser leurs choix, ce qui rendra indirectement l'activité moins productive7.,


Parmi les sources de coûts de transaction, on peut citer :

  • les coûts administratifs (droits notariaux, taxes comme la TVA, commissions de Bourse, commissions pour le change de devises)

  • les coûts de prospection (difficulté à accéder à l'information, cherté des communications ou des transports, coûts de l'incertitude sur les procédures lorsqu'elles manquent de transparence, difficultés à créer une entreprise)

  • les coûts de négociation (qui sont augmentés lorsque le manque de confiance incite à sécuriser au maximum les contrats, par exemple)

  • les coûts a posteriori (changements réglementaires imprévus, législation fiscale byzantine, litiges dus à un vide juridique qui entraînent des frais d'avocat, etc.)

La liste des facteurs qui rendent les transactions plus difficiles, plus coûteuses et donc moins nombreuses, est infinie. D'une manière générale, on peut cependant résumer cette problématique en disant que les difficultés logistiques, l'opacité des informations qui devraient être facilement accessibles, l'excès de bureaucratie, la corruption, l'insécurité juridique sont des sources de coûts de transaction donc des obstacles aux transactions et à la croissance économique. Si la France réalise, grâce à ses infrastructures publiques, de bonnes performances sur certains de ces points (la logistique, par exemple), ses institutions sont en revanche sous-performantes sur d'autres. L'engorgement des tribunaux est un problème lourd (la réforme de la justice bénéficiera donc à l'économie !). Les formalités pour la création d'entreprise sont excessivement compliquées.


Les barrières à l'entrée ou à la sortie sur certains marchés sont une autre source importante d'inefficience allocative. Les mesures prises par le gouvernement italien de M. Prodi donnent une idée de ce qu'une politique de gauche moderne pourrait apporter en faveur du pouvoir d'achat : ouverture du marché pour les compagnies de taxi, ouverture des magasins le dimanche voire la nuit, création d'universités privées, suppression du numerus clausus des formations en médecine, liberté d'établissement des commerces, autonomie des universités publiques, etc. Les gains pour la société – et notamment pour les plus démunis – peuvent être immenses.


Il faut aussi envisager un rôle particulièrement restrictif des banques dans l'économie françaises. Celles-ci ne jouent plus, depuis longtemps, un rôle d'impulsion de l'activité. Au contraire, elles semblent particulièrement sensible au risque et donc hostiles aux entrepreneurs. L'opacité de leurs pratiques vis-à-vis de leur clients crée en outre un climat de défiance qui n'est pas propice au développement des services financiers. Une vaste étude doit être menée pour déterminer les causes (juridiques ? sociologiques ?) de cette frilosité bancaire et créer dans le pays une vraie dynamique financière. Des Français confiants envers leurs banques seront plus enclins à investir, ce qui leur permettra de reprendre possession du capital des entreprises du pays. L'état doit favoriser ce développement d'un actionnariat populaire.


2.3 Micro-spécialisation


L'une des principales sources de progrès depuis la première révolution industrielle aura été la spécialisation de plus en plus précise des industries8. La spécialisation suppose un renouvellement des modes de production (un reengineering) qui permet des économies des échelles et de vastes gains de productivité. Cependant cette réattribution des ressources n'est pas sans conséquences sur les structures sociales. En particulier, les travailleurs expérimentés dans une structure de production peuvent éprouver des difficultés à se réinsérer dans la nouvelle structure. Ces personnes peuvent ne pas retrouver facilement un emploi, faute de qualification pour les nouveaux postes à pourvoir.


Cela ne signifie pas qu'il faille s'opposer au progrès technique, scientifique, économique, à la « destruction créatrice » décrite par J. Schumpeter. L'un des objectifs de toute réforme de gauche du marché de travail est de rendre les fruits de la croissance accessibles à tous, en compensant les effets destructeurs des restructurations de l'activité. Il faut donc mettre en place un véritable dispositif d'atténuation de l'impact des restructurations, mais ne plus s'opposer à elles. Les secteurs industriels anciens, en voie de restructuration, pourraient bénéficier d'aides spécifiques pour l'organisation des plans sociaux : indemnités de chômage prolongées, formations spécifiques de reconversion, aides à la création d'entreprise, aides à la reprise d'entreprise par le personnel.


3 Une France performante dans une économie globalisée


Une étude sur la croissance ne peut passer sous silence le rôle de la finance et du commerce internationaux. En effet, des facteurs macro-économiques affectent la croissance française par le biais de la monnaie et de la fiscalité (3.1). Par ailleurs, même si les modalités de la politique industrielle ont beaucoup changé – l'interventionnisme économique a prouvé ses limites – le rôle d'impulsion de l'Etat peut toujours se manifester dans des domaines comme le financement de la recherche ou la production d'infrastructures. Dans cette mesure, on ne saurait se passer d'une vision prospective et stratégique de l'économie, donc d'une réflexion sur le positionnement de l'économie nationale (3.2).

3.1 Facteurs macro-économiques (taux d'intérêt, de change, etc.)


On a mentionné précédemment que l'optimisation allocative suppose une grande transparence et une grande stabilité réglementaire. L'approche de la Banque Centrale Européenne est en ce sens très favorable au développement d'une économie saine. La pression politique pour un recours à des pratiques anciennes fondées sur le taux de change ou la modification stratégique des taux d'intérêt comporte donc plus d'inconvénients que d'avantages : outre qu'elle a peu de chances de fonctionner, elle remettrait en cause la confiance des acteurs dans l'économie.


La concurrence d'économies qui, comme la Chine, déprécient artificiellement leur monnaie, n'est pas loyale. Un rééquilibrage de la balance commerciale avec ces pays passe donc notamment par une rectification du taux de change. Les Etats Unis d'Amérique plaident depuis des années pour un infléchissement de la politique chinoise en la matière. Sur ces questions où la coopération des Européens devrait être totale, elle est pourtant inexistante, puisque l'Union Européenne préfère mettre en place des quotas inefficaces. Le recours à une négociation sur la monnaie devrait leur être préférée, en coopération avec les Etats Unis d'Amérique (ce qui, diplomatiquement, pourrait avoir d'autres avantages).


Par ailleurs, la France et l'Europe doivent attirer le capital, et surtout le capital humain. La logique fiscale française est, de ce point de vue, inadéquate. On envisage la fiscalité comme une problématique de masse, alors que des enjeux individuels lourds doivent aussi être pris en compte. L'évasion fiscale des grandes fortunes prive le pays d'une grande part de son capital, sans d'ailleurs que les taux élevés d'imposition améliorent sensiblement les recettes de l'Etat. L'impôt sur la fortune, dans sa forme actuelle, rapporte peu alors qu'il constitue une désincitation au travail des plus qualifiés – les rentiers y échappant facilement. Surtout, on néglige l'impact de la fuite des cerveaux sur l'économie nationale. Or, ces départs sont souvent le fait des résidents les plus productifs, chercheurs et cadres, qui trouvent à l'étranger de meilleurs conditions matérielles. Le départ pour l'étranger d'un créateur d'entreprise innovante ou d'un futur chercheur de renom n'est pas anecdotique, c'est une catastrophe nationale. Un chercheur ne produit pas lui-même de biens, il crée les moyens pour les autres de produire plus efficacement. Un entrepreneur ne distribue pas lui-même des ressources pour les plus démunis, mais il peut choisir de créer des emplois – par sa consommation et ses investissements – soit en France, soit ailleurs. Sacrifier le potentiel de la nation au nom d'une redistribution symbolique est une manifestation de pensée magique et un auto-sabordage. Il faut renoncer à ces pratiques et faire le nécessaire pour inciter ces Français à revenir au pays, fût-ce au prix d'un changement de doctrine fiscale.


3.2 Spécialisation internationale


C'est un corollaire des points précédents : la France doit se réindustrialiser en investissant massivement dans les technologies de pointe. Il faut pour cela retenir chercheurs et investisseurs, qui ensemble permettront de guider les capitaux vers les secteurs qui créeront les emplois de demain.


Pour ce faire, il faut mettre en place les moyens d'une transition économique aussi indolore que possible :

  • reconversion des sites industriels

  • reconversion des salariés concernés (cf. supra)

  • report graduel des ressources publiques vers les secteurs à forte valeur ajoutée9

  • développement des formations techniques et scientifiques

  • promotion du rôle de la France dans le commerce international

  • encouragement à l'exportation de services dans lesquels la France dispose d'un fort potentiel (éducation, culture, gastronomie, ingénierie, etc.)

  • promotion d'une ouverture transnationale10 et entrepreneuriale dans les programmes scolaires


Grâce à ces possibilités d'ouverture et de modernisation, les entreprises françaises pourront être plus sensibles aux grandes tendances économiques internationales. Le rôle de l'Etat est de prévoir ces tendances et de diffuser l'information, de financer les recherches qui y sont liées, de fournir les infrastructures et les institutions nécessaires.




Remarques finales


Ce qui précède suit une logique homogène :

  • simplifier le droit et les institutions

  • supprimer les réglementations inutiles

  • diffuser le savoir, le valoriser et encourager sa production

  • réduire les coûts de l'Etat pour le rendre plus efficace et moins coûteux

  • moderniser/réduire la fiscalité et tous les coûts de transaction

  • orienter l'économie vers les secteurs à forte valeur ajoutée d'aujourd'hui et de demain

  • faire confiance aux institutions européennes et s'ouvrir au monde

  • protéger les perdants de la mondialisation pour créer un consensus autour de la nécessité d'une modernisation.


Ces quelques principes seront indispensables pour mener une politique efficace et néanmoins favorable à tous les Français et en particulier aux plus démunis. C'est pourquoi ce sont les clefs pour une vraie politique de gauche moderne.

1PIB = somme des VA = nombre d'heures travaillées x productivité horaire

d'où PIB = nombre de travailleurs en activité x quantité de travail par travailleur x productivité horaire

2Rapport de la population au travail par la population en âge de travailler.

3INSEE, 2006.

4Il faut bien garder à l'esprit qu'un pays produisant une quantité Q de biens ne peut, à long terme, consommer qu'une quantité équivalente Q. Toutes choses égales par ailleurs, réduire le volume d'heures travaillées réduit Q. Soit R la somme des revenus disponibles, et P le niveau des prix, alors Q=R/P. Si Q diminue et R est maintenu constant artificiellement, P augmente mécaniquement. En effet, R permet d'acheter moins de biens, ceux-ci sont plus chers.

5Voir fiche Réformisme & Rénovation n°3

6On parle alors de « coûts de transaction » élevés car cela correspond à des obstacles dont le contournement est coûteux : temps perdu pour trouver un partenaire, ce qui peut empêcher une affaire de se concrétiser ; litiges qui détruisent la confiance entre acteurs, qui renoncent ensuite à des transactions pour cause de doute ; information qui, en ne circulant pas, empêche une bonne allocation des ressources, etc.

7Ainsi, si en 1980 les industriels français choisissent de produire du textile, alors que les industriels étatsuniens choisissent de produire des logiciels, ils se condamnent à long terme à une faible productivité : par unité de temps, un salarié du textile produit une valeur ajoutée sensiblement inférieure à un salarié d'une industrie hi-tech.

8Depuis le 18e siècle, l'industrie alimentaire a ainsi pu créer toujours plus de valeur : d'une multitude cultures vivrières, on est passé à des cultures spécialisées, puis à l'apparition d'une véritable industrie de transformation, puis à une industrie agro-alimentaire organisée en filières longues. Chacun des maillons de ces chaînes est infiniment plus productif que les cultures hétéroclites des origines.

9Ce point n'est pas sans incidence sur des secteurs comme l'agriculture. Il est effectivement temps de revenir sur les modalités de la Politique Agricole Commune au sein de l'UE, et par conséquent sur la posture de la France (représentée par l'UE) dans les négociations au sein de l'Organisation Mondiale du Commerce. Il faut prôner une politique plus respectueuse des intérêts des consommateurs et des producteurs du Tiers-Monde.

10Il faut en finir avec le chauvinisme exacerbé qui ne fait pas honneur à la nation française. En 2007, il est quasiment impossible de trouver un film étranger diffusé en version originale sur les chaînes de télévision hertzienne. Il ne faut sans doute pas chercher plus loin pour expliquer le faible niveau des Français en langues étrangères.

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Velvet 03/04/2007 17:31

Trois informations commentées sur la croissance, l'emploi, la productivité.
http://travail-chomage.site.voila.fr/emploi/croissance_emploi.htm( La croissance ne crée pas d'emploi )http://travail-chomage.site.voila.fr/produc/gain_productiv.htm (Gains de productivité du travail, durée du travail, chômage)http://travail-chomage.site.voila.fr/ancien/mythes.htm(Des mythes autour de l'emploi)
Des articles qui ont le mérite de mettre sur la table des aspects méconnus de l'économie.