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Dimanche 4 mars 2007

Publié dans : archives

Interview Jean Marie Bockel JDD du 4 mars 2007


Jean-Marie Bockel. Situé sur « l’aile droite » du PS, il ne minimise pas le danger. Et a des idées pour le réduire.

L’homme qui murmure à l’oreille des centristes.


Que vous inspire cette montée de François Bayrou dans les sondages?

C’est une montée qu’il faut prendre très au sérieux. Il ne faut pas la traiter avec condescendance ou, pour se rassurer à bon compte, en faire l’équivalent du phénomèneChevènement de 2002, fondé sur un électorat volatil. Elle traduitune campagne astucieuse de Bayrou, mais correspond surtout à un certain nombre d’aspirations des citoyens.

Quelles aspirations?

Les gens sont déçus par les discours classiques. Ils ne croient plus aux promesses, d’où qu’elles viennent, c’est pour cela que le ni gauche ni droite leur plaît autant. Ils sont demandeurs de discours pragmatiques, de vérité.

Vous trouvez que votre candidate tient un discours classique de gauche?

C’est toute la question. Il y a d’un côté le projet socialiste, avec ses qualités et ses défauts. Pour rassembler, Ségolène Royal doit faire avec, même si une partie des gens n’y croient plus. Il y a par ailleurs son « pacte présidentiel », et plus encore ses discours, qui relèvent davantage de la gauche moderne. Je lui conseille de mieux souligner cette dimension-là. Dans la compétition interne au PS, elle avait séduit par un discours et un style modernes. Ils sont aujourd’hui insuffisamment développés.

Dans cette période charnière, elle ne doit pas hésiter à affirmer davantage, sans se renier, ce qu’il y a en elle de moderne, pragmatique, réformiste et, j’ose le mot, de social-libéral. Les électeurs qui actuellement vont vers Bayrou y sont sensibles. Ce sont des électeurs qui ont déjà voté à gauche, pourraient le faire encore, mais ne se retrouvent pas dans les vieilles recettes.

Je suis de ceux qui peuvent aider Ségolène à faire passer les messages d’une gauche moderne.

De votre point de vue, son rappel des « éléphants » est contreproductif?

C’était un passage inévitable pour rassembler sa famille. C’est fait, passons à autre chose. Il est évident qu’elle n’en sera pas prisonnière. C’est au centre gauche qu’il faut placer notre campagne.

La polyphonie des sensibilités doit jouer à plein. Tenons bon à gauche, tout en ouvrant au centre! Ségolène Royal a la capacité, si elle le décide, de « tenir les deux bouts ».

Comment les socialistes doivent- ils combattre le danger Bayrou?

Ce fut le débat lors du dernier conseil politique du PS. Certains pensent que le phénomène n’est pas un vrai danger et qu’on peut l’ignorer, le centre n’étant qu’une force d’appoint. Pour d’autres, plus le PS sera à gauche, moins il y aura de flottements de ce côté-là.

D’autres encore estiment qu’il faut « cogner » contre Bayrou. Moi, je pense que ce serait une erreur de dire aux électeurs attirés par Bayrou: celui qui vous séduit n’est pas quelqu’un de valable. Nous devons leur dire : nous ne sommes pas ceux que vous croyez, nous sommes des socialistes, efficaces, justes, pragmatiques, réformistes.

Personne ne m’a chargé de quoi que ce soit, mais je m’investis totalement dans cette mission de parler aux électeurs de Bayrou. En 1988, François Mitterrand a été réélu aussi par les électeurs allant du centre droit au centre gauche. Il s’est adressé à eux par-dessus le PS, qui, déjà, n’avait pas su se moderniser.

N’y a-t-il pas aussi une question de crédibilité personnelle, Ségolène Royal ayant créé le doute sur la sienne?

Non, les trois candidats sont crédibles. Ce qui est en cause, c’est ce qu’ils incarnent par rapport aux attentes des gens.

Bayrou fait des clins d’oeil à DSK, parle de créer un grand «parti démocrate», qu’en pensez-vous?

Mon objectif est de faire gagner Ségolène Royal. Ce sera donc à elle de décider, le moment venu, du degré d’ouverture à opérer. Mais l’idée qu’il puisse y avoir, pour un temps limité et sous une forme à inventer, une union de toutes les énergies républicaines par delà la droite et la gauche n’est pas à jeter aux orties. J’ai déjà évoqué cette idée lors de la crise des banlieues. François Bayrou n’a pas le monopole de « l’union nationale ».


Interview

Pascale Amaudric

Journal du Dimanche du 4 Mars 2007


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