interview de Jean-François Pascal

Publié le par Réformisme et rénovation

interview de Jean-François Pascal, fondateur de réformisme et rénovation, aujourd'hui également impliqué dans désirs d'avenir.
http://www.segoleneparis.fr/node/1894



Dans la série de portrait consacré aux adhérents qui se sont impliqués depuis le printemps dernier, je vous présente aujourd’hui Jean-François Pascal. Militant dans le 20e, délégué national en charge de la lutte contre les discriminations, responsable pour Désirs d’avenir d’une des quatre thèmatiques « la lutte contre toutes les violences et toutes les insécurités », nous nous sommes rencontrés au Sénat pour cette interview.

Bonjour Jean-François, nous sommes au Sénat pour cette interview, comment cela se fait-il ?

Je suis devenu assistant parlementaire d’un sénateur, il y a un peu plus de deux ans, après plusieurs années passées dans l’enseignement.

Comme professeur de philo il me semble …

Oui, pendant un peu moins de dix ans, d’abord en Bretagne puis en région parisienne. J’ai enseigné dans des établissements et des territoires très différents : du lycée général de centre ville à l’établissement professionnel de banlieue parisienne.

Des années intenses avec des rapports humains forts et l’expérience partagée de la pratique philosophique. Avec aussi une fatigue grandissante et une certaine révolte devant les blocages de l’institution, devant un certain gâchis qui laisse beaucoup de jeunes sur le carreau sous couvert de discours académique et de bonnes intentions.

Depuis combien de temps es-tu encarté au PS ?

Je n’ai pas le profil du militant tombé dans la marmite depuis l’adolescence. Je ne suis au PS que depuis deux ans et demi. Je suis devenu en même temps militant socialiste et assistant parlementaire.

Tu t’es investi très rapidement en portant une motion très réformiste et aujourd’hui tu es délégué national en charge de la lutte contre les discriminations, peux-tu m’en dire quelques mots ?

L’expérience de la motion a été un grand moment. Un an après être rentré au PS, j’ai travaillé avec Jean-Marie Bockel à la rédaction d’une motion intitulée, de manière provocante, « Pour un socialisme libéral ». Mandataire national, j’ai aussi porté ce texte à travers toute la France en me confrontant ainsi aux ténors du parti. Avec quelques moments chauds à la clef…

Sur le fond, cette motion, si l’on dépasse son titre, préfigure largement le phénomène « Ségolène Royal ». En effet, notre credo était celui du socialisme pragmatique, de la politique par la preuve, fondée sur la mise en mouvement de toute la société et des territoires. La promotion d’une croissance durable et d’une économie de marché solidaire, la rénovation de la démocratie sociale et politique, la décentralisation et la réforme de l’Etat, en constituaient les lignes fortes. Nous avons défendu l’idée d’une synthèse entre les libertés et la solidarité, avec à la clef une ouverture forte en direction des expériences européennes et internationales. Tous les éléments d’un socialisme en mouvement, fidèle à ses valeurs, mais appliqué aux conditions du temps.

Dans la foulée du congrès, je suis devenu délégué national en charge de la lutte contre les discriminations. Là aussi, la fortune a bien fait les choses. Je n’avais pas choisi explicitement ce thème qui était, cependant, un des axes originaux de notre motion. Surtout mon expérience professionnelle m’avait largement sensibilisé à la réalité des discriminations. Derrière les discours égalitaires de l’institution, le rappel à la République, je m’étais retrouvé confronté en banlieue parisienne à la réalité de la ségrégation sociale et territoriale. Avec 90% d’élèves « issus de la diversité » et de milieux défavorisés, dans une filière vécue comme un échec, et tout en devant relayer des exigences de niveau abstraites et absurdes, on se dit alors que le système est profondément hypocrite et injuste.

Le thème des discriminations nous permet de ne pas de parler de l’égalité en général mais de s’engager concrètement dans la correction des inégalités afin d’aller vers une égalité réelle et non de rester à une égalité de principe.

Pourtant, lorsque je regarde la composition du BN, j’y vois surtout des hommes de 50 ans et plus, pas beaucoup de parité et encore moins de diversité. Qu’en penses-tu ?

Cela a été un des thèmes de notre réflexion et de notre action. Les discriminations sont multiples (âge, origine, sexe, apparence, opinions, revenus, territoires…) et elles s’appliquent à tous les domaines de la vie: emploi, logement, éducation, loisir, citoyenneté…

En même temps que nous auditionnions afin d’élaborer des propositions, nous avons aussi agi en pesant sur les investitures données pour les élections législatives. Il y a eu dans ce cadre un premier progrès, certes encore modeste, mais qui a déjà demandé beaucoup de volontarisme politique. Il a fallu imposer une représentation paritaire et issue de la diversité. Le chantier est encore important sur le second point mais le mouvement est enclenché.

Au-delà de ce que le parti va proposer à la société française, nous devrons être capables de nous appliquer à nous mêmes ce que nous allons exiger de tous. C’est un des principes premier de l’action politique.

Tu es membre de Désir d’avenir depuis le printemps dernier, quel fût l’élément déclencheur de ta venue à DA pour soutenir et promouvoir la candidature de Ségolène Royal lors de la campagne interne ?

Plusieurs éléments. Avec certains camarades de notre motion, nous pensions que cette candidature, prolongeant ce que nous avions très modestement tracé, avait un sens et qu’elle arrivait au bon moment. Nous sentions qu’elle allait permettre la rénovation du parti tant en ce qui concerne ses structures que son logiciel politique. En route pour « l’aggorniamento » tant attendu !

Nous avons publié une tribune dès le mois de mars qui s’intitulait « Ségolène Royal où l’alternance symbolique » où nous écrivions que l’alternance n’était pas seulement entre la gauche et la droite mais qu’elle se faisait aussi à l’intérieur des partis. Selon nous, Ségolène allait incarner cette mise en mouvement et elle rencontrait mieux que quiconque les attentes de la société. Refus de l’idéologie, promotion d’un socialisme de terrain capable de transformations concrètes, tous les ingrédients étaient là pour une belle aventure. Nous avions vu juste.

Par ailleurs, le choix de Désirs d’Avenir a été fait avec la volonté d’accélérer la rénovation et la mutation du parti socialiste. Quel bol d’air de se retrouver avec des gens enfin divers, reflétant mieux la société, prêts à travailler en étant proches des réalités. En finir un peu avec les figures imposées du débat, répétées à l’infini, avec l’idéologie riche de mots mais pauvre en actions. La culture du débat était devenue au PS un prétexte commode pour s’écouter parler et pour privilégier les permanents de la politique.

Est-ce que le fonctionnement de DA a correspondu à tes attentes ?

Oui, très largement. J’ai été satisfait de trouver enfin un peu d’efficacité et un peu aussi, disons le, de gaieté ! Mais cet esprit à vocation à devenir celui du PS lui-même grâce à l’apport des nouveaux militants.

Il importe maintenant que ce renouvellement pénètre les structures et change la façon de travailler autant au niveau national que dans le cadre de la militance en section. Nous avons besoin d’une recherche-action permanente, de liens constants avec les intellectuels, les acteurs économiques, le monde associatif, et plus largement toute la société civile.

Je rêve à des sections qui deviendraient de vrais lieux d’accueil, de travail et de vie, des lieux agréables pour en finir avec notre masochisme culturel. Des sections ouvertes en permanence sur leur quartier, insérées dans toutes ses activités, devenant pour les habitants un lieu de dialogue et de services. Il y a maintenant un décalage criant entre la réalité de ceux qui font le parti et les modes d’expressions et d’action politique à l’intérieur du parti.

Ségolène nous avait donné une feuille de route comportant l’organisation de débats participatifs autour de quatre thématiques. Les synthèses vont être remises sous peu, tu étais un des responsables pour DA d’un des thèmes. Quel était ce thème et comment as-tu travaillé ?

Il s’agissait de la lutte contre toutes les violences et toutes les insécurités, que j’avais tout d’abord choisi de décliner par l’intermédiaire d’un blog, avec trois sous-thèmes : l’insécurité sociale avec les questions des précarités, l’insécurité des biens et des personnes et la justice. C’est finalement ce dernier thème qui m’a donné l’occasion de monter le plus de débats sur Paris, en examinant notamment la question des sanctions, avec les alternatives possible à la prison, et la question de la délinquance des mineurs, avec le pari éducatif.

Ces débats ont donné lieu à un vrai travail participatif mettant chacun en activité et créant du lien social. Il nous appartiendra d’en faire une pratique régulière et non concentrée dans l’urgence et de renforcer le rapport avec l’expertise afin d’aller au-delà du repérage des grandes tendances de l’opinion.

Ségolène Royal a donc été désigné à plus de 60% par les militants du PS le 16 novembre dernier, elle est donc notre candidate à tous, tu es militant dans le 20e, comment se passe le début de campagne à l’intérieur de la section ?

Après une première période d’inertie, non pas propre à la section mais propre à la mise en mouvement du PS, nous sommes engagés dans une campagne unie avec ce sens qui caractérise les militants socialistes de la discipline et de l’intérêt supérieur du parti. Nous avons l’occasion de mener une campagne un peu différente, une campagne participative, inventive, où nous démultiplions déjà les lieux de parole, les lieux d’échanges. Si nous voulons toucher le maximum de personne et mettre en mouvement la société derrière Ségolène, au-delà des actions habituelles, nous avons un devoir d’invention.

C’est effectivement ce que nous a demandé Ségolène, de faire non seulement une campagne politique mais aussi une campagne attractive, ludique et inventive…

Exactement. Mais là aussi il y a un décalage entre le but et les moyens issus d’une tradition qui a sa force et sa légitimité mais qui doit être nécessairement bousculée et rénovée. La difficulté étant de tout faire ensemble : construire un discours et une action nouvelle en inventant les structures permettant de les construire et de les exprimer. Mais je ne doute pas que nous allons y arriver !

Nous sommes donc à moins de 100 jours du deuxième tour. Début mai se conjuguera-t-il donc avec fête ?

J’espère bien que nous allons mettre la fête en partage ! En soi c’est presque un programme politique ;-). Plus sérieusement, gagner est une chose, gouverner et convaincre en sera une autre. Si nous sommes élus sur un programme clair de réforme, appuyé sur un discours de vérité, ce qui serait presque une première en France, il sera alors temps de convaincre dans la durée. Et d’être capables, comme les travaillistes anglais, d’être réélus à plusieurs reprises. A nous de le mériter, en faisant enfin nos preuves !

Merci Jean-François

Interview Francis

Publié dans actualité R2

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