De l'intérêt de la méthode de Ségolène Royal

Publié le par Réformisme et rénovation

Contribution personnelle

publiée en tribune libre sur Débat 2007


Ecrite en réponse à certains messages sur d'autres blogs.

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La méthode et les propositions de Ségolène : jugeons en connaissance de cause le moment venu.

Souvent certains ont une vision trop sombre du PS et de la campagne. Les critiques concernent la rigidité ou le conservatisme du PS, l'absence de propositions, une campagne illisible ou de communication plus que de fond...


Il y a des critiques légitimes à faire et j'y participe. Pour autant, ne racontons pas n'importons quoi ! A moi de rééquilibrer depuis l'intérieur les états d'âmes des malheureux sympathisants socialistes ou centristes qui seraient attirés par le vote Bayrou, voire Sarkozy. Jugeons en connaissance de cause, et en temps voulu.

Je souhaite éclairer la situation pour dissiper quelques contrevérités que l'on peut entendre ici ou là.


Le PS n'est pas un parti réformateur ?


Contrairement à ce que certains pensent, au PS, il n'y a pas que DSK comme réformateur ! Outre les anciens, Roccard, Badinter, Delors, il y a les amis de DSK, Moscovici, Cambadelis, Carreiras, Le Guen... et d'autres.

Il y a aussi des gens très bien autour de Ségolène Royal : Bianco, Savary, Valls et toute la troupe des "nouvelle voix" qui sont aux commandes.

Plus largement, une majorité solide du parti. Depuis le congrès du Mans beaucoup de chemin a été parcouru. L'arrivée massive de nouveaux militants change la donne. De plus il n'y a plus d'alliance avec le PC, mais avec les sociaux-libéraux républicains du PRG.


Ségolène Royal qui n'est pas une gauchiste, n'est pas tombé dans des thématiques faciles : anti-américanisme, anti-mondialisation et protectionnisme, antimilitarisme. Elle prône un état efficace et modernisé en luttant contre les gaspillages, contre une politique d' assistanat, et elle s'est prononcé contre une augmentation de la pression fiscale, mais pas de baisse pour lutter contre le déficit (ce que préconisent le rapport Pébereau et débat 2007); Jean-Louis Bianco a affirmé récemment que la gauche n'allait pas faire une politique de relance de la demande keynésienne en arrivant.

Elle prône une décentralisation, une révolution des politiques de recherche et d'environnement. Une politique favorable aux gisements d'emplois que sont les PME et les associations d'intérêt général (souvent en charge de missions de service public dans le social notamment)


Par ailleurs, la vraie réforme de l'Etat, la régionalisation, se trouve chez Ségolène.


Les débats participatifs ne servent à rien ?


Je pense que c'est au contraire un travail de fond qui a du sens. Il est trop facile de taper sur le PS. Les autres partis ne le font pas. Ce n'est pas la nouvelle méthode, mais une méthode de plus, qui s'ajoute à l'expertise et à la réflexion des comités de campagne.

Il y a une grande diversité de situations. Les débats peuvent être organisés par qui veut : une petite section, en amateur, où il y aura 20 personnes. Deux secrétaire de séance relèvent les diagnostics, les propositions. D'autres débats sont organisés par des sections plus importantes, des fédérations, des comités locaux : alors il peut y avoir plus de monde, la présentation commence par des présentations par plusieurs experts ; il y a un ordre du jour.
Ensuite le staff de campagne et le parti reprennent la main, des synthèses de tous les débats sont faites au niveau fédéral,en retenant ce qui est intéressant. Puis cela remonte aux experts et politiques pour nourrir le programme.


Le mépris envers cette forme de débat ne me semble pas justifié : il ne suffit pas de prendre un débat moins bon que d'autres pour les juger tous, comme le fait Koz. De plus, lorsque Verel propose des débats beaucoup plus encadrés cela ne correspond pas au but de ceux-ci : ils doivent toucher en masse ceux qui ne sont pas au PS, et ceux qui ne sont pas forcément politisés, qui veulent écouter, s'exprimer. Il faut donc de la souplesse. Sur vingt débats peut-être une idée va t-elle apparaître. C'est pour cela que 5000 débats au moins doivent être organisés.

Souvent certains ont préparé cela avant d'y aller. Il y a des spécialistes en leur domaine : une pharmacienne, une responsable d'association, une aide soignante, un médecin, évoqueront les réformes des politiques de santé à leur niveau : parfois émerge un problème auquel on n'avait pas pensé, voire des débuts de solutions innovantes. Les 3000 débats qui ont eu lieu pour l'instant permettent à des gens qui ne s'expriment pas d'habitude de parler. C'est très important. Cela me semble être une des clefs de la campagne mais aussi d'une reconquête de la politique. Allez dans des villes sinistrées, des banlieues délaissées, des milieux désenchantés : la méfiance voire la haine envers la politique y est extrême, le pessimisme fort ! C'est dangereux et je vois dans ce nouveau dialogue une (petite) partie de la solution. J'étais méfiant mais je vois comment cela se passe : plutôt de bonne qualité, quelques propositions intéressantes qui émergent, mais également la prise en compte des difficultés concrètes, les problèmes de demain.


Le programme du PS n'arrive pas assez vite, contrairement à l'UMP...


Et bien attendons ! Le 3 février les premières lignes, le 11 février les grandes lignes, jusqu'en mars la finition. Il sera bien plus digeste que le projet socialiste auquel je m'étais opposé. Le rythme me semble être le bon, ne nous affolons pas sous le coup de sondages encore virtuels et sous le coup de l'entrée en scène du ministre de l'intérieur. Cela donne tout son sens aux débats, qu'ils puissent avoir un impact.


Nous pourrons alors débattre du fond et des propositions. Déjà, pour l'UMP : si certaines réformes prônées par son programme vont dans le bon sens, il y a dedans tout et n'importe quoi. Nicolas Sarkozy s'est contredit fréquemment, que ce soit au pouvoir (la fin des niches fiscales annoncées), ou dans les discours. Il y a beaucoup de promesses qui ne disent pas toute la complexité que cela implique (travailler plus pour gagner plus...). Des sujets comme une quasi-disparition de l'isf, et parallèlement une forte diminution des droits de succession me paraissent inconciliables (tous les pays ont une taxation sur le patrimoine, d'une manière ou d'une autre) ; ou encore les fortes diminutions d'impôts et des dépenses massives : je crains pour les collectivités locales ou le déficit (Sarkozy, ministre du budget sous Balladur, a montré le pire en la matière).


D'autres sujets me gènent, sur la laïcité, sur sa radicalité souvent simpliste etc...

Comment pourrait-il mettre en place certaines de ses propositions, face aux réalités ? Je n'y crois pas et pense que c'est dangereux. Souvent la gauche réussit mieux à réformer : décentralisation, droits des citoyens face à l'administration, ou encore la LOLF, lancée sous le gouvernement Jospin.

Concernant les retraites : là encore, personne n'imagine de ne rien faire, si la loi Fillon est abrogée, c'est pour mettre à la place quelque chose d'autre, de forcément plus ambitieux (elle ne réglait qu'un tiers des problèmes)


Ainsi, il y a des problèmes mais aussi des espoirs autour de ces deux candidats. Bayrou est là aussi, séduisant mais décevant. On verra son programme, il me semble que s'il a un rôle, ce sera plus aux législatives, la peur du FN est trop présente...


Je voulais rétablir la balance entachée de choses fausses. Chacun choisira le moment venu selon son diagnostic et ses préférences.

Mais attendons un peu, ne vous hâtez pas dans ce qui me paraît être l'illusion Sarkozy.

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R Janhsen
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