Un grand Oui à l'Europe

Publié le par Réformisme et rénovation

Un grand Oui à l'Europe

 

Dans quelques semaines nous nous prononcerons ensemble sur le traité qui dotera l'Europe d'une Constitution. Ce projet mérite de l’enthousiasme et pas seulement un petit oui du bout des lèvres.

L'Europe est notre aventure. Ici, en Alsace, plus qu'ailleurs. L'Europe, nous la parlons, elle vient de loin. Nous habitons une terre de passages et d’échanges qui nourrissent notre identité et font notre richesse.

L'Europe d'aujourd'hui n'est ni le triomphe d'une nation sur les autres, ni la dilution des peuples dans un espace anonyme. C'est une association libre, un pot commun dans lequel nous plaçons les compétences qui nous paraissent mieux exercées à plusieurs que seul. C'est aussi l'Europe des régions qui nous permettra de nous revendiquer, avec une nouvelle force et sans contradiction, alsacien, français et européen.

Nous avons connu la face sanglante des nations, nous lui préférons le visage européen, pétri de paix, de liberté et de prospérité. Comment oublier que depuis 1957, depuis le traité de Rome, nous vivons dans un espace durablement pacifié, où les hommes, les biens et les idées circulent librement ? Dans un espace de règles, de normes, qui favorisent le développement économique et le progrès social, qui garantissent le respect du droit et l'exercice de la justice.

L'espace s'est ouvert, le marché s'est constitué, nos droits se sont renforcés, et nous hésiterions aujourd'hui à approuver une Constitution qui approfondit le meilleur de l'Europe tout en corrigeant ses insuffisances ?

Voulons-nous une Europe plus sociale ?

Alors disons oui à cette Europe qui multiplie les garanties des personnes et des travailleurs à travers la charte des droits fondamentaux. L’exigence d’égalité entre femmes et hommes, le droit de grève, la protection des travailleurs en cas de licenciement injustifié, l’accès à la protection sociale deviennent des droits garantis par la Cour européenne de justice. Oui, à la reconnaissance des services publics qui auront désormais une base juridique, oui à l'affirmation d’exigences sociales guidant les politiques et les actions de l’Union.

Voulons-nous une Europe plus démocratique ?

Alors disons oui à cette Europe qui renforce le rôle du parlement européen – élisant le président de la Commission et légiférant en matière de budget – qui donne un pouvoir de contrôle accru aux parlements nationaux, qui permet aux citoyens de l'Union d'inciter au dépôt d'une proposition de loi. Oui à la majorité qualifiée qui permettra de prendre plus facilement des décisions en cessant d'exiger l'unanimité dans de nombreux domaines.

Voulons-nous une Europe plus affirmée et plus puissante, capable de tenir toute sa place sur la scène internationale ?

Alors disons oui à cette Europe qui sera désormais représentée par un président du Conseil et possèdera un Ministre des affaires étrangères, Europe qui pourra signer des traités et parlera d'une seule voix dans les organisations internationales. Oui aux coopérations renforcées qui permettront la Constitution d’une avant-garde de pays plus avancés qui souhaiteraient une intégration plus forte en matière de politique étrangère, industrielle ou fiscale.

L'Europe est un chantier qui exige de la patience et de la détermination. Cette Constitution nous donne des règles communes à partir desquelles nous pourrons continuer à travailler à l'amélioration et à l'approfondissement de la construction européenne.

Aussi, résistons à toutes les tentations du non.

Ne cédons pas au non de la détresse et des mécontentements. Nous savons ce que pèsent les situations personnelles lorsqu'elles sont synonymes de précarité, de pauvreté et d'insécurité. Mais ne nous trompons pas de combat, ne faisons pas de l'Europe le bouc émissaire des échecs de l'action politique nationale. Au moment où la construction européenne corrige ses insuffisances et approfondit ses réussites, choisissons d'en faire un principe de lutte. Par nos votes et nos actions, encourageons la réussite de toutes les politiques de progrès, là où il faut et quand il le faut.

Résistons au non de la peur. Ne voyons pas des menaces partout comme s'il y avait tout à perdre et rien à gagner, comme s'il n'y avait que des risques et jamais des opportunités. Ainsi l'élargissement ne se réduit pas à de nouvelles contraintes, il signifie aussi, pour peu qu'on l'organise, de nouveaux marchés et de nouvelles solidarités. Au nom de quoi la justice sociale que nous réclamons pour nous ne s'étendrait-elle pas aux nouveaux pays qui nous entourent et nous rejoignent ? C'est en donnant que nous recevrons, ce qu'ont déjà montré les intégrations réussies de l'Espagne ou de la Grèce.

Résistons aussi au non du repli, souvent conséquence des difficultés et des angoisses. Nous ne pensons pas que l'invocation du passé de la France et de la Nation éternelle, que l'esprit de fermeture, nous donnent les solutions pour les temps présents et à venir. Chacun sent bien que dans une époque où le monde devient notre échelle commune, il nous faut plus et mieux d'Europe.

Résistons enfin à ce non qui se réclame de l'Europe. Ce non qui refuse la Constitution présente au nom d'une Constitution idéale. Jamais, dans aucun des traités existants, un tel ensemble de droits, de protections sociales et d'avancées démocratiques n'avait été reconnu. Et il faudrait voter non ? Renoncer aux conquêtes d'aujourd'hui au nom des rêves du lendemain, au nom du toujours plus ? Aurions-nous dû refuser l'instauration d'un salaire minimum, la 4ème puis la 5ème semaine de congés payés, aux motifs que ces avancées étaient insuffisantes ?!

C'est une bien étrange manière d'être européen que de refuser un texte de compromis, négocié et soutenu par l'essentiel des forces politiques, des syndicats et des acteurs de la société civile à l'échelle de l'Europe. Il y a beaucoup de prétention à penser qu'un non français serait à la fois la seule position éclairée sur le continent et que nous pourrions l'imposer à tous. Un «meilleur» compromis serait possible ? Mais enfin, sur quoi et avec qui ? L’idée d’une crise salutaire est une illusion qui laissera place à une régression bien réelle. Toutes les insuffisances demeureront et aucun des avantages ne nous sera donné.

Alors, oui, nous préférons agir, nous préférons la politique des petits pas qui améliorent le sort de tous plutôt que les grandes formules et les idées pures qui ne s'incarnent jamais. Nous nous engageons pour un oui de combat, responsable et exigeant. Un oui qui permette aux citoyens européens de profiter de toutes les avancées de la Constitution et qui nous donnera de nouveaux leviers pour affirmer nos ambitions de progrès et de justice sociale.

Inventons nous un destin au-delà de toutes nos frontières figées, spatiales et mentales, et démontrons ensemble que la vieille Europe constitue plutôt le nouveau monde !





Jean-Marie BOCKEL

Roland RIES

Patricia SCHILLINGER

Catherine TRAUTMANN

Armand JUNG


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