L'avenir du PS selon M. Rocard

Publié le par Réformisme et rénovation

Interview de Michel rocard dans "le nouvel observateur" au sujet de l'avenir du P.S., le 18 août 2005.

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"Il faut régler le débat centenaire entre pseudo-marxistes et vrais réformistes" "Nous devenons de jour en jour insupportables les uns aux autres. Nous devons nous libérer" "Si Fabius et Mélenchon l'emportent, il faudra peut-être envisager la création d'un nouveau parti"

Le Nouvel Observateur. "Dans votre contribution au prochain congrês socialiste du Mans, vous réclamez une clarification. Un autre mot pour souhaiter la rupture entre socialistes?

Michel Rocard. "Il faut régler ce débat centenaire entre pseudo-marxistes et vrais réformistes. Entre les héritiers de Jaurês et les continuateurs de Guesde, cet idéologue marxiste qui n'avait sans doute même pas lu "le Capital"... Le PS comprend des néo-guesdistes, qui croient aux changements décrétés et aux protestations impuissantes, et des jaurésiens, qui savent qu'on ne peut avancer que dans le compromis concret. Nous vivons depuis 1905 dans cette confusion. Elle est devenue intenable depuis l'échec du référendum européen. Je n'ai pas la moindre indulgence envers la mondialisation ultralibérale. Je ne m'illusionne pas sur la faiblesse du dollar et la bulle économique américaine, et encore moins sur la cruauté sociale que génêre le laisser-faire. Je pense qu'une crise mondiale nous guette. C'est justement pour cela que je suis européen, parce que l'Europe est le lieu de l'alternative réelle à l'ultralibéralisme. L'avoir affaiblie est absurde, voire criminel. Des socialistes ont participé à cette faute, par cynisme, par opportunisme ou en s'illusionnant. Cette fois, il faut trancher.

N. O. "Trancher comment?

M. Rocard. "Etre clairs dans nos têtes et dans nos textes. Il faut jeter à la poubelle ce patois marxiste qui fait écran à la réalité. Nos camarades européens l'ont fait avant nous, et de maniêre spectaculaire, flamboyante! Ils ont bien plus influencé et amendé leur société que nous-mêmes. En 1932, les sociaux-démocrates suédois, tout juste arrivés au pouvoir, ont organisé un congrês de crise en constatant que leur programme nationalisateur et dirigiste était inopérant. Nos amis allemands ont organisé leur congrês de Bad Godesberg parce que leurs militants échappés d'Allemagne communiste les ont convaincus du primat de la liberté sur l'économie administrée. Felipe Gonzalez, juste aprês la mort de Franco, a mis en jeu sa carriêre pour convaincre ses camarades qu'une ligne pseudo-marxiste les conduirait à l'échec.

N. O. "Les socialistes français aussi ont accepté l'économie de marché...

M. Rocard. - Mais sans en tirer les conséquences. Sans le faire de maniêre argumentée, contradictoire, douloureuse, politique. Au congrês de Valence, en 1981, nous avons théorisé le "compromis social". Belle formule mais sans lendemain. Le tournant de la rigueur a été rebaptisé parenthêse". Nous n'en sommes jamais vraiment sortis. Nous ne disons pas qui nous sommes: des sociaux-démocrates européens. Nous sommes du coup incapables de construire une perspective. C'est le moment de nous affirmer. Mais pour cela, il faut une volonté. Et un leader qui provoque, porte et argumente le changement.

N. O. "Qui peut être ce leader?

Michel Rocard. "François Hollande, s'il le souhaite. Ou Dominique Strauss-Kahn. Ils devront s'entendre, se mettre d'accord pour que l'un d'eux mêne la social-démocratie française à l'élection présidentielle. Peut-être un autre. Nous avons presque deux ans.

N. O. "Lionel Jospin?

M. Rocard. "C'est un ami. Un homme d'une droiture intellectuelle indéniable. Mais culturellement, ou politiquement, je ne le vois pas assumer l'aggiornamento idéologique du PS. Il aurait pu le faire quand il était aux commandes. Sa campagne présidentielle, jugée pas assez socialiste par certains, péchait surtout par absence d'innovation. Au surplus, je ne le vois pas en situation. Il a été pardonné par la quasi-totalité des militants socialistes, mais les électeurs de gauche lui en veulent encore d'avoir quitté la bataille en 2002. Son incursion dans le débat référendaire l'a confirmé. Lui-même a dû le constater.

N. O. "Entre Hollande et Strauss-Kahn, la capacité de conviction, de pédagogie est-elle également partagée?

M. Rocard. "Non. Mais je ne développerai pas. Les relations interpersonnelles sont le pire piêge qui guette les politiques "particuliêrement quand on évolue dans une démocratie d'opinion, sous l'œil des médias. Les journalistes aiment les guerres des chefs. Entre sociaux-démocrates, c'est la derniêre chose dont nous ayons besoin. Gagnons ce congrês du Mans et résolvons notre débat interne. Ce qui est important, c'est de ne rien céder sur l'essentiel. Nous sommes ociaux-démocrates. Nous voulons construire en Europe un modêle économique et social fait de liberté, d'efficacité et de protection. Nous ne pensons pas que l'on puisse faire des réformes de structure rapides et définitives. Nous sommes partisans de petites avancées, de petits progrês, de choses tenables. Tout cela doit être affirmé dans nos textes de congrês. Le pire serait de rester dans la confusion.

N. O. "La synthêse, voilà l'ennemie?

M. Rocard. "Si la synthêse est une capitulation des guesdistes, pourquoi pas? Mais je n'y crois pas parce que j'estime mes adversaires. Je crois la démarche de Fabius profondément opportuniste. Mais Emmanuelli est un guesdiste sincêre. Mélenchon, un intellectuel, presque un philosophe de la politique. Je ne mets pas leur honnêteté en doute. Et je ne minimise pas nos désaccords. Quand je lis les tenants du non à la Constitution européenne, je me rends compte à quel point des gens comme moi sont un boulet pour eux. Ils pensent que le choix de l'Europe est un piêge qui nous entraîne dans le néolibéralisme en nous privant de nos leviers de commande. Ils croient au retour de la politique nationale. Je pense exactement le contraire. Au fond, nous devenons de jour en jour insupportables les uns aux autres. Nous nous paralysons mutuellement. Nous devons nous ibérer.

N. O. "Vous estimez vos contradicteurs mais vous ne pensez pas pouvoir rester dans le même parti qu'eux...

M. Rocard. "Au terme du congrês, il y aura une minorité, qui devra se soumettre ou se démettre. Nous aurions dû sanctionner ceux qui transgressaient nos décisions collectives lors du référendum. Ceux qui l'on empêché, y compris chez mes amis, ont commis une erreur tactique. Dorénavant, il faudra être ferme.

N. O. "Et si Fabius et Mélenchon l'emportent, vous vous soumettrez?

M. Rocard. "Je ne serai pas seul, et les choses bougeront. Ce serait un tremblement de terre. Les sociaux-démocrates du PS devront parler avec les dirigeants de l'Internationale et du Parti socialiste européen, voir avec eux comment s'organiser. Il faudra peut-être envisager la création d'un nouveau parti. Ce n'est pas de la tactique mais quelque chose d'essentiel: les enjeux internationaux, l'Europe sont au cœur de notre politique.

N. O. "Un PS qui assumerait son aggiornamento se couperait d'une énorme partie de la gauche, archéo ou néomarxiste, et farouchement noniste. Fabius et Mélenchon veulent justement éviter cette rupture...

M. Rocard. "Le pari de Fabius est un calcul à court terme qui joue sur la peur de ces autres gauches et exagêre leur influence. C'est la peur du qu'en-dira-t-on gauchiste. Ce qu'il ouvre comme perspective réelle, c'est de négocier les prochaines municipales avec Besancenot et Buffet. Nous risquons juste d'y perdre nos ancrages locaux... Le non l'a emporté parce que les Français voulaient sanctionner Chirac et parce que les socialistes n'ont pas dessiné une perspective européenne. Soyons clairs, et les citoyens qui veulent une vraie protection, une politique réelle nous suivront.

N. O. "Ne sous-estimez-vous pas le poids politique de la gauche antilibérale? La FSU, SUD, qui exerce une pression constante sur la CGT, la CGT elle-même plus les 30000 militants d'Attac, ce n'est pas rien...

M. Rocard. "Comment peut-on être intelligent, participer à des cercles universitaires et créer Attac, ce monument de bêtise économique et politique? Cela me sidêre et me navre. Je vois évidemment d'où vient cette influence. Elle est liée au fétichisme marxiste et à l'inculture économique française. On n'enseigne pas l'économie réelle à nos enfants. Mais des enseignants adhêrent au fatras d'Attac... Il faut s'affirmer face à ces simplismes et ne plus les subir.

N. O. "Des élus PS, et non des moindres, se retrouvent dans les thêses altermondialistes. Ségolêne Royal, pourtant pro-oui, va ouvrir l'université d'été d'Attac à la fin du mois à Poitiers...

M. Rocard. "Raison de plus pour être clair. S'il s'agit d'être courtois, évidemment, Ségolêne doit parler aux gens d'Attac. Mais l'important est ce qu'elle dira aux altermondialistes. Si l'on fait la moindre concession, alors on s'égare et on se suicide. Et on ne résout pas les problêmes des gens. Quand il y a un conflit social, gauchistes comme populistes réclament toujours un peu plus, un peu trop pour être sûrs que ça ne marche pas. Au PS, Emmanuelli a préféré me casser les reins plutôt que me laisser affronter Chirac au nom du PS à la présidentielle de 1995. Vous vous rendez compte, j'aurais peut-être gagné. Quelle horreur!

N. O. "Mais vous avez fréquenté ces gauchistes, vous avez mené des combats avec eux... Au moment de la guerre d'Algérie notamment. Vous étiez alors un minoritaire socialiste, opposé à la direction de votre parti. Aujourd'hui, d'autres socialistes, à leur tour alliés à l'extrême-gauche, vous reprochent de vous soumettre à la mondialisation libérale. Etes-vous passé du côté des capitulards?

M. Rocard. "C'est une accusation aussi grave qu'infondée. La différence entre les gauchistes et les sociaux-démocrates est simple: nous, sociaux-démocrates, savons de quoi nous parlons. Dominique Strauss-Kahn, Pascal Lamy ou moi-même, nous connaissons la mondialisation. Nous savons ses ressorts, ses piêges, ses faiblesses, et nous savons comment l'amender, la faire évoluer. Ça a toujours été le cas: ce sont les sociaux-démocrates qui ont humanisé le capitalisme au temps des Trente Glorieuses "et qui ont, ce faisant, stabilisé l'économie mondiale. A l'époque de la guerre d'Algérie, la différence était la même. Les rapports sur la répression ou sur la torture venaient de nos rangs. Nous savions ce qu'était cette guerre. Les gauchistes qui nous accompagnaient fantasmaient sur la révolution mondiale qui allait naître des peuples colonisés. Nous étions simplement dans un combat juste. Aujourd'hui comme hier, nous combattons en connaissance de cause.

Claude Askolovitch

Publié dans Des proches politiques

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de Pontcharra 30/08/2011 09:59



Les déclarations de monsieur Rocard concernant D.S.K et Ségolène Royal n'ont aucun sens, si ce n'est de taper gratuitement sur les autres. Ce monsieur rocard est un personnage plein d'amertume et
certainement "jaloux" A l'age qu'il est , c'est tout de meme un peu dommage d'en etre encore là, à moins qu'il devienne un peu gateux ce qui peut se comprendre. Dans tous les cas D.S.K n'est pas
du tout "un malade mental" mais quelqu'un qui est habité par une trés forte libido, ce qui lui joue de trés sales tours par moments. Quant à Ségolène, c'est une femme qui a toutes qualités
requises pour faire une très belle carrière politique. Merçi



de Pontcharra 11/07/2011 05:09



A l'intention de Michel Rocard: vous devriez monsieur secouer le P.S plus énergiquement que vous ne le faites. Merçi



scorpion 29 14/12/2010 11:35



Rocard  rime parfaitement avec ringard , il n'a jamais supporté sa défaite face a TONTON , comme Ségo reste MITERRANDISTE , Il ne supporte pas non plus Ségo


Comme me disait mon Pére ,il n'y a que les cons qui ne change pas d'avis



bertho 12/09/2009 16:38

pauvre ROCARD RETOURNE TA VESTE  HONTE A TOI DE T ACCOQUINER A LA DROITEMAIS ONT TE DOIS DEJA LA  CSG PREND TA RETRAITE

Danièle Dugelay 27/03/2009 22:41

Monsieur Rocard, Je viens de vous voir sur la 5. J'ai entendu le discours d'un homme sûr de lui qui méprise ceux qui pensent différemment. Pour vous, la politique doit être faite par des professionnels. Est-ce cela la République ? La politique, comme la République, appartiennent aux citoyens et il appartient aux gouvernants de donner aux citoyens les instruments nécessaires réservés actuellement à une élite.Il est temps de faire le bilan de votre deuxième gauche, maintenant qu'elle s'est rendue maîtresse du Parti Socialiste et que la Droite utilise ses principes en les incorporant dans la pensée unique qu'elle veut nous imposer. Même les mots trahissent cette situation de complicité objective : vous êtes réformiste tandis que M. Sarkozy ne cesse de vouloir nous imposer ses réformes, jusqu'à "la rupture". Mais regardez ce que sont devenus les rapports sociaux sous votre influence.Voyez l'évolution des fruits du capital comparée à celle de la valeur du travail. Voyez la faiblesse de nos syndicats. Comparez la avec l'arrogance du MEDEF. Voyez ce que deviennent nos acquis sociaux, les avancées du CNR et les fruits de la mobilisation salariale. Voyez le chômage - quel gâchis! - partenaire actuel et imparable d'un système que vous soutenez.En politique, vous avez raison. Il est préférable que les citoyens aient assez peu de connaissances, ainsi ils ne feront pas le constat que votre deuxième gauche a complétement faussé la démocratie. La représentation nationale n'est plus représentative car l'offre des propositions n'est pas suffisante. Espérons que la gauche, que vous traitez avec mépris d'archaïque ou pseudo-marxiste, que moi j'appelle la gauche porteuse d'espoir, la gauche d'avenir, espérons qu'elle comblera ce vide qui amène les citoyens à se réfugier dans l'autoritarisme populiste ou l'absentation. Espérons que nous retrouverons la République, mais ce ne sera pas grâce à vous. D'ailleurs la démocratie n'est pas votre première préoccupation : je vous ai vu en réunion publique, ce fut une conférence et le droit octroyé à une seule question.Quant à la fin de l'émission qui vous était consacrée, elle était outrageante pour une bonne partie des Français : vous voir jouer à vous promener à travers les nuages, alors que certains de nos concitoyens doivent faire deux métiers pour nourrir leur famille, que d'autres au chômage sont obligés d'habiller leurs enfants dans les brocantes, c'était réellement indécent. Mais voilà, Dieu a fait la société, avec des riches, avec des pauvres, acceptons les premiers comme une création divine et soyons charitables avec les autres. Ces derniers seront les premiers dans l'éternité. Amen. Non, Monsieur Rocard, nous avons d'autres rêves... cccoù en sont les rapports sociaux