Un jeune socio-démocrate face au CPE

Publié le par Réformisme et rénovation


Un jeune social-democrate face a la crise …du CPE

12 MARS 2006


I. LA METHODE VILLEPIN ET SES DEGATS

Les étudiants réformistes et modérés de toutes organisations ont tenté, de bonne fois, pendant la phase muette (mi janvier à mi février), de faire des propositions sur le CPE, l'emploi et l'insertion des jeunes diplômés. D'ailleurs, comme "on peut avoir la
syphilis et un débit de tabac", rien n'empêche encore maintenant de faire des propositions sur ces sujets.

Toujours est-il que Mr de Villepin a cumulé les manipulations pour afficher une volonté claire : le CPE, dans les cartons depuis l'été, n'est pas négociable.
- Transformation du texte, qui devait faire l'objet d'une loi
spécifique, en amendement sur la loi sur l'Egalité des chances...
- ... loi devenu prioritaire sur le coup, dont l'examen fût hâté puis cette loi est passée en procédure d'urgence ; coup de grâce : le 49-3 et l'épilogue funeste : le 49-3 informel au sénat (usage du réglement d'une façon douteuse) pour faire passer le texte le plus vite posssible.

Le Premier ministre, dont j'ai pu apprécier, par erreur, le panache de gaulliste flamboyant, libéral-social, a refusé tout dialogue, et a plongé les organisations étudiantes dans un état de colère qui s'est traduit en mutisme pour la FAGE (indépendante, dont je fais partie) et en révolte pure et dure pour l'UNEF (NPS/emmanuellistes 83%, certains réformistes tendance Aubry 7%, et 10% de Trotskystes) et la Confédération étudiante (CFDT étudiante).

Comme toujours (dernier exemple, 2003 et le LMD, une réforme - conçue par la gauche mais appliquée par la droite- des cursus universitaires), l'UNEF sème la révolte, mais n'a pas la force militante nécessaire pour tenir le mouvement dans toutes les universités.

Ainsi, anarcho-syndicalistes de la CNT (confédération nationale du travail), syndicalistes révolutionnaires de SUD (solidaires unitaires démocratiques), trotskystes de la Tendance Tous Ensemble de l'UNEF, et beaucoup d'étudiants non-syndiqués (mais pour le moins radicaux) tiennent les AG dans les Universités dont on voit les
images à la télé.


II. LA DIVISION DES ETUDIANTS ET LA CRISE DE LEURS ORGANISATIONS

Le monde étudiant est morcelé. Aucune organisation classique n'est en phase avec les étudiants. Aux yeux de la loi Jospin de 1989, il n'existe que 4 organisations représentatives des étudiants, dans l'ordre décroissant:

1) l'UNEF : cf supra. Elle demande le retrait pur et simple du CPE, mais son manque d'appuis locaux fait qu'elle est effacée (le manque de remise à jour de son site
www.unef.asso.fr trahit son manque d'information et de remontée sur le mouvement). Elle est déchirée, entre trois tendances :
tendance Majorité nationale, recomposée suite à la fusion
NPS/emmanuelli (bref, des gens qui se détestaient hier gèrent
aujourd'hui la structure),
tendance Réfondation syndicale (réformistes du PS),
tendance tous ensemble (LCR/JCR).
Frictions dans la Majorité, et autonomisation de la TTE...

2) la FAGE : elle s'est prononcée contre, mais elle laisse ses fédérations membres (monodisciplinaires, et fédérations de ville) décider de leur positionnement. aucune n'est pour le CPE. certaines participent aux AG d'occupation. Mais aucune n'approuve la grève avec blocage des locaux. Elle n'a jamais pris par au Collectif Stop CPE par refus de mêler sa signature aux organisations politiques.

3) l'UNI : Union nationale interuniversitaire, organisation de l'UMP. Elle approuve le CPE, condamne les blocages et occupations. Elle joue à la surenchère à droite sur Paris, à cause du Rassemblement des étudiants de droite (RED). Mais aussi par la
crédibilité de beaucoup d'étudiants qui osent intervenir en AG pour affirmer qu'on peut être contre le CPE sans cautionner les prises d'otages et les destructions de biens publics.

4) PDE : Promotion et Défense des Etudiants. Organisation déclinante et mourrante en pleine crise, issue d'une scission de la FAGE en 1994. Elle est très infiltrée par la faction robiéniste de l'UDF et par l'UMP... mais n'a pris aucune position sur le CPE, ce qui est plus vraisemblablement dû au chaos qui y règne qu'à une quelconque
opinion.

UNI pour le CPE, UNEF absente et déchirée, FAGE attentiste et tétanisée, PDE muette et mourrante. Les 4 organisations représentatives des étudiants sont dépassées par le mouvement. Et ça, c'est un signe qui rappelle Mai 68, et qui n'est pas du tout de
bon augure, tant pour le mouvement anti-CPE lui-même que... pour la survie des locaux et du mobilier qui s'y trouve. Mai 68, paradoxalement, n'occupe que 3 lignes dans l'histoire de l'UNEF. Car elle a totalement raté les "évènements". L'histoire a le hoquet...Même le collectif unitaire Stop CPE (regroupant entre autres le MJS)
est atone, et ne donne plus grand chose, à part quelques notes sur son blog.


III. UN CONTEXTE DIFFICILE

Le pire est que, théoriquement, les élections des représentants étudiants dans les Conseils d'Administrations des CROUS (centres régionaux des oeuvres universitaires et scolaires) ont lieu dans moins de deux semaines. Ce qui pousse l'UNEF, contre ses propres instincts, à ralentir les grèves, car elles lui sont très nuisibles électoralement.

Personne à l'heure actuelle ne peut prédire si ces élections auront lieu en l'état actuel avec :
- des militants UNEF, SUD et CNT survoltés sur les campus occupant les locaux mêmes qui doivent servir souvent de bureaux de votes
- une guerre fratricide entre FAGE et PDE arrivant à son paroxysme
- la Conféderation étudiante qui veut à tout prix faire une percée et devenir représentative dès cette année par des élus nationaux qu'elle n'a pas.

Toutes ces organisations se détestant bien évidemment entre elles, même en temps normaux ces élections engendrent des frictions...

Je dois également, dans ce paragraphe, faire allusion au carburant du mouvement : les conditions d'études dégradées- les aides sociales aux étudiants sont en crise! Les versements des bourses sont à chaque fois plus retardées. Elles ne suffisent pas,
sont mal réparties... Même le député UMP Wauquiez, chargé de faire un rapport à paraître sur le sujet, l'a admit alors même qu'il le rédigeait.
- l'application du LMD (réforme des diplômes) s'est achevée cette
année. La transition est douloureuse...
- l'application de la Loi Organique relative aux lois de de finances votée en 2001 (nouvelle constitution financière de l'Etat français) pose des problèmes dans certaines universités

  • le Sénat a supprimé 37 millions d'euros du budget de l'Enseignement supérieur (il voulait supprimer 80 millions, mais le gouvernement a amorti ce coup)
    - les postes aux concours de l'enseignement ont été réduit d'une manière si drastique qu'elle en est douteuse
    - les bâtiments universitaires sont dans un état de délabrement voire d'insalubrité alarmant. Les cités universitaires peinent à être rénovées

    Bref, le contexte est de nature à engendrer un mai 68.


    CONCLUSION

    Voilà le tableau que je brosse, pauvre étudiant de province militant et engagé dans la vie étudiante.
    Un monde étudiant morcelé, déchiré, radicalisé par la méthode Villepin, orphelin d'organisation assumant le leadership, et prêt à exploser contre ses conditions de vie.
    C'est une page de l'histoire des mouvements étudiants qui s'écrit.

  • Mais pas des plus glorieuses.

    Cordialement
    Un jeune social-démocrate face à la crise...

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