Pourquoi je n'ai pas voté le projet socialiste

Publié le par Réformisme et rénovation

 

 Le projet socialiste sera porté par le candidat que nous investirons en novembre. Ce document  important représentera le parti, ses objectifs, son positionement, quelques-unes de ses propositions.

 

 
 Il doit être l'aboutissement d'une réflexion collective et de la démocratie interne, tout en laissant la possibilité à chaque candidat de proposer ses solutions, ses idées, ses adaptations. Ainsi nous pourrons choisir sur leurs idées entre les prétendants.

  

  Chaque adhérent doit voter jeudi pour ou contre ce texte, par rapport à ses convictions et à la situation de la France. Pour nous, socialistes libéraux, pragmatiques, européens, le choix est rude, tant ce projet semble le résultat de négociations et de compromis parfois contradictoires.

 

 
 Avec ce projet, le parti sera-t'il en mesure de prendre ses responsabilités, de réformer le pays dans un mouvement de progrès adapté aux difficultés qui le traversent ? Face à la crise, à tous ses symptômes économiques, sociaux et institutionnels, l’urgence est politique. Les Français ont besoin de confiance renouvelée et d’espoir retrouvé. Ils ont besoin d’une parole et d’actes politiques qui soient les catalyseurs de l’énergie sociale.

 

Nous devons trouver dans ce texte la possibilité de tenir un discours de vérité. Pour un socialisme qui ne renonce jamais à son ambition de progrès et de justice sociale tout en prenant ses solutions là où concrètement « ça marche », la forme doit évoluer avec le fond.Une certaine rhétorique a vécu et chacun attend aujourd’hui un discours sans dissimulation ni naïveté, sans omission ni calculs permanents : un souffle qui donne de l'envie et des résultats.  Seule compte la transformation concrète de la société, réalisée par petits pas sur tous les fronts. Voilà notre réformisme.  

 
 
Ainsi pour nous ce programme devrait contenir la possibilité de nouvelles ouvertures vers ce qui fonctionne dans les socio-démocraties européennes; il devrait se réapproprier certaines valeurs abandonnées aux partis de droite. Nous ne pouvons gouverner de manière bancale, sinon à être condamné à une alternance nourrie par la désillusion. « Il ne faut pas dire ce qui plait, mais faire ce qui marche ». Et ainsi répondre, sans se limiter à une vision de court terme, aux besoins de la population.

 

La sécurité publique, le contrôle de la dette, doivent bien sûr être des objectifs partagés par tous.  Mais également une certaine revalorisation du travail, source de création des  richesses collectives,   d'épanouissement individuel et de lien social, ou encore la prise en compte de toutes les inégalités. Il faudra en effet réconcilier la situation sur-protégée des uns et les garanties fragiles de tant d'autres, par rapport aux salaires, face aux retraites, face aux 35 heures, du fait de leur statut ou de leur contrat de travail.

Enfin, loin de tout dogmatisme anti-libéral ou ultra-libéral, les conditions pragmatiques de la réussite économique doivent servir à financer les mesures de réforme et de rénovation dont le pays à besoin, pour ne pas subir plus tard un retour brutal à la réalité.

 

 

L'élaboration de ce projet s'est largement faite de manière lointaine et négociée entre les courants. Peu de militants ont pu s'emparer des débats. Il aurait donc fallu ouvrir celui-ci largement aux amendements des courants, des fédérations. Le vote aurait ensuite porté non pas sur le  projet global, mais sur des amendements, ou des chapitres alternatifs. Il aurait également fallu plus de temps entre sa finalisation et le vote. La procédure d'élaboration sera jugée de manière sévère au moment d'approuver ou pas ce projet. Il aurait pû et dû en être autrement. Un non éventuel est donc légitime si le contenu le justifie.

  

De nombreux passages et mesures proposées sont intéressantes. Nous sommes globalement d'accord avec la réforme des institutions, le traitement de l'insécurité, de l'immigration, l'instauration d'un service civil, le soutien à l'éducation et à la recherche, le mariage homosexuel, la lutte contre les discriminations... 

 

 
Malheureusement, le texte souffre également de lourds handicaps qui nuisent à sa cohérence et à sa crédibilité.De nombreuses idées générales sont promues à peu de frai : concernant la construction européenne, où l'on fait croire que les objectifs que nous portons seront naturellement atteints; concernant toute une série de principes humanistes évidents que chacun partage; en s'appropriant l'idée de certaines politiques qui sont déjà en oeuvre ( ). Parfois une rhétorique facile simplifie de vraies questions en slogans. On ne parle pas de "patrons-voyous" comme on ne parle pas de "jeunes racailles"...

Plus grave, l'absence de crédibilité budgétaire. Les mesures coûteuses que contiennent chaque chapitre ne sont généralement ni chiffrées, ni ne correspondent à des financements équivalent. Nous refusons que nos engagements soient intenables. Nous refusons de faire de la dette publique la variable d'ajustement du budget.

 

 
Sur le fond, plus grave, certaines mesures et positions nous paraissent inefficaces au mieux, dangereuses et coûteuses au pire.

 

Tout d'abord, parce que nous sommes la gauche, notre identité doit suffire, sans besoin que nous nous réferrions à d'autres pour nous définir, plus radicaux, plus modérés. 

 Ainsi, gouverner à gauche, OUI, car nous avons fait le choix de défendre nos idées dans et par le parti socialiste.

Pour autant, les alliances politiques doivent être équilibrées. Alors que l'UDF critique les erreurs de la droite et se pose en partenaire crédible d'un parti socialiste courageux, tout autant que le parti radical ou les verts, exclure une alliance au centre, c'est exclure une autre voie que la gauche radicale voire l'outre-gauche. C'est donner à un partenaire potentiel la qualité d'un partenaire nécessaire, en position d'imposer certaines de ses propositions que nous n'aurions pas acceptées sinon. C'est s'en remettre à un parti contestataire pour construire, un parti qui réussit électoralement lorsque le système ne fonctionne pas. Au risque de le voir se retourner violemment contre ses anciens alliés peu avant les prochaines élections.

 

 

Ensuite est bien sur posée la question de la renationalisation d'edf. La maîtrise et le développement des énergies est un enjeu majeur. Cette mesure démagogique n'est cependant ni nécessaire,  ni suffisante, ni efficace, et extrêmement coûteuse. De même concernant les retraites ou le CNE, où la formule de l'abbrogation est choisie plutôt que la juste évaluation et les améliorations. D'autres mesures posent problème, l'extension par la loi des 35 heures aux petites entreprises, le renforcement de la judiciarisation envers les employeurs. Globalement la faiblesse économique du projet, où on espère la croissance plus qu'on ne lui donne les moyens d'exister, alors que les dépenses sont déjà prévues.

 

 

Enfin certaines orientations fondamentales nous paraissent traitées de manière très incomplète. Les candidats devront donc s'en saisir : Europe, décentralisation, Réforme de l'état, de la recherche, de l'éducation nationale... Nous veillerons à mettre en débat nos propositions pour qu'elles soient largement reprises.

 


Bien evidemment nous ne demandons pas à ce que le parti, dans lequel nous sommes minoritaires, adopte un projet social-libéral. Il s'agit d'un compromis nécessaire, destiné à rassembler puis gouverner. Cependant il ne s'agit pas de tout laisser passer sous ce prétexte. Le projet doit être cohérent, réaliste, crédible. Selon nous ces conditions ne sont pas remplies.

 

 
  Ainsi face à ce projet chaque socialiste libéral devra en conscience faire son choix : le vote blanc exprimera la déception, le vote contre sanctionnera l'inacceptable.

Le bureau national est tenu au compromis. Les militants peuvent en demander un autre...

 


R. Janhsen

 

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