Ségolène Royal ou l'alternance symbolique

Publié le par Réformisme et rénovation

Ségolène Royal ou l'alternance symbolique

L'alternance est le gage du bon fonctionnement d'une démocratie. Elle 
n'est pas uniquement le produit du pluralisme des partis, elle est 
aussi la conséquence de dispositions constitutionnelles. La France en 
a connu un certain nombre depuis 1981.
L’usure du pouvoir y a été grande et le mécontentement répété aura 
conduit les électeurs à sortir les sortants. L’alternance a des 
vertus mais son rythme révèle que les transformations sociales 
attendues n’ont pas été au rendez-vous. Le discours, souvent 
idéologique et plein de promesses, n’aura pas tenu ses engagements de 
parole.

Pire, en 2002 les électeurs se sont massivement rabattus sur 
l'extrême gauche ou sur le candidat d'extrême droite. Les candidats 
des partis de gouvernement, PS et UMP, n’ont obtenu que 25% des 
inscrits lors du premier tour de cette élection présidentielle. 
Ainsi, des partis et des candidats qui n'aspirent pas à l'alternance 
réelle ont réuni les trois quarts des suffrages. Un chiffre qui ne 
doit pas seulement faire réfléchir mais qui doit surtout faire agir.

Une autre forme d'alternance est possible. L’alternance symbolique 
qui ne se joue pas entre la droite et la gauche mais à l'intérieur 
des partis eux-mêmes. Et cela à différents niveaux: renouvellement 
des idées mais aussi renouvellement des hommes des femmes, 
singulièrement des générations. Ce type d'aggiornamento est 
indispensable pour être au plus proche des demandes et des exigences, 
sans cesse renouvelées, de nos sociétés. Etre en prise sur le monde 
d’aujourd’hui implique un changement de style du politique. Il doit 
accepter qu’une certaine rhétorique ait vécu et que chacun attende 
aujourd’hui des faits et des résultats, loin des postures.

Une telle alternance est aussi symbolique, car tout en étant rupture, 
elle est continuité. Rupture avec une certaine parole et un certain 
nombre de pratiques dépassées, mais continuité dans l'esprit et dans 
les valeurs, même si c’est sous d'autres formes. Suivons ici Jean 
Jaurès, "C'est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa 
source".

Qu'est-ce que le Président dans notre Ve République? Selon la formule 
bien connue de De Gaulle, ce doit être la rencontre entre un homme et 
un peuple. Aujourd'hui, les Français ne croiraient plus à un homme 
providentiel. Reste qu'un présidentiable ne gagne pas ses galons au 
nombre de propositions concrètes, de dispositions techniques, qu'il 
additionne.
Le secret d’un futur président réside dans sa capacité à impulser un 
souffle. Le souffle est la possibilité de transformer, de tracer un 
chemin, de faire surgir l'espoir que demain peut être meilleur 
qu'aujourd'hui. Pas le grand soir, mais la capacité de transformer le 
réel, d’écrire à un moment donné l'Histoire, en acceptant toutes les 
contraintes pour créer tous les possibles. C’est encore donner à 
chacun, et à tout un peuple, l'espoir de l'action, l’espoir d'aller 
de l'avant sans regret mais dans le respect de son essence. Une telle 
force emporte et appelle chacun à travailler au futur commun. Un tel 
destin se forge dans le silence et l'obscurité des viscères de la 
terre, là où l'union du cuivre et de l'étain forme l'airain.

Depuis plusieurs mois déjà, Ségolène Royal occupe la crête des 
sondages. Certes, aucun sondage n'a jamais fait un Président. Mais 
l’actuel écart entre Ségolène Royal et ses poursuivants fait 
symptôme. Il nous révèle en écho ce qu’attendent les Français.
Ségolène Royal représenterait-elle l’alternance symbolique 
susceptible d’être la promesse du renouvellement et du changement 
tant attendus?
Elle incarne sans conteste le terrain et le concret. Loin des 
discours et des postures, qui ne produisent que du bruit, elle paraît 
affronter les problèmes qui préoccupent nos concitoyens. Non pas du 
point de vue des hauteurs ensoleillées, dans l'air frais et pur de la 
distance esthétique, mais au contact des réalités.
Les Français se rendent bien compte que leurs problèmes ne peuvent 
pas tous être résolus du jour au lendemain. Toutefois, ils savent 
aussi que si les hommes politiques ne vont pas sur le terrain pour 
voir et résoudre les problèmes là où ils sont, ils ne le seront jamais.
L’heure d’une politique incarnée est venue.
Ce qui signifie qu’on ne peut dissocier un projet de celui ou celle 
qui le porte. Les idées ne sont pas de pures entités abstraites, 
elles sont d’abord un corps à l’oeuvre. Comme telles, et seulement 
dans leur incarnation, elles peuvent emporter ou séduire. Il n’y a 
pas d’abord un projet puis une personne : le projet est la personne, 
la personne est le projet. La manière dont prends corps le discours, 
sa façon de résonner plus ou moins consciemment, sont décisives. 
Ainsi les Français attendent aujourd’hui une voix qui soit le point 
d’équilibre entre le changement et la continuité, les risques de la 
mutation et les sécurités de la tradition.
A l’échelle de la pratique politique, l’incarnation nécessaire se lit 
dans un socialisme pragmatique qui prend ses solutions là où 
concrètement « ça marche ». Le « parler de gauche » ne suffit plus. 
Tant mieux. De plus en plus compteront les seuls actes et résultats, 
c'est-à-dire la transformation concrète de la société, le progrès et 
la justice sociale réalisés par petits pas.
La démocratie participative, tant défendue par la candidate 
potentielle, n'est pas uniquement une délégation de pouvoir, c'est 
aussi une façon de gouverner. Trouver des solutions adaptées à chaque 
situation, à partir des enseignements de l’expérience, et non pas en 
catapultant d'en haut des solutions toutes faites et impuissantes. 
L’heure est venue pour une action éloignée de tout dogmatisme et des 
idées reçues, pragmatique et adaptée à chaque situation.

Ségolène Royal incarnerait-elle un nouveau mode d’action publique, 
une nouvelle façon de faire vivre la puissance étatique?
A elle de le démontrer jusqu’au bout.
A ses concurrents de changer le dire et le faire, à son exemple, pour 
mener le parti socialiste sur les chemins de la rénovation et du 
pouvoir.
Les Français suivront celui ou celle qui incarnera au mieux cette 
politique de mouvement et d’actes, la seule qui aujourd’hui nous 
donne à désirer.
Alors le futur sera prometteur d'avenir et c'est cela dont la France 
a vraiment besoin.


Maurizio Rofrano, étudiant, militant socialiste
Jean-François Pascal, conseiller politique, Délégué National à la 
lutte contre les discriminations
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article