Au dela des idéologies radicales: pour un socialisme libéral

Publié le par Réformisme et rénovation

Au dela des idéologies radicales: pour un socialisme libéral


Le prochain engagement officiel des partis politiques dans les campagnes électorales de 2007  justifie bien l'exposé , même imparfait , de quelques convictions , tant l'enjeu est d'importance pour la France ,comme entité politique dans l'ensemble européen , et pour les Français dont un trop grand nombre vit dans de très grandes difficultés .

     Qu'évoque pour moi le terme de "libéralisme" ? Fondamentalement des confusions,des malentendus ,une chimère qui nuisent considérablement à son accueil au sein de la société française ,et à la vérité du débat politique .

    Il importe de commencer par ce constat : la population française ,les électeurs et militants qui se classent "à gauche" repoussent avec véhémence le "libéralisme" . Il faut en prendre acte avant toute approche pédagogique. S'ils sont viscéralement attachés à la liberté -et pas toujours clairvoyants sur ce qui l'entrave, ou la diminue,- ils méconnaissent que leurs prédécesseurs se sont élevés avec vigueur  contre les autorités sociales et politiques qui , à différents titres ,entendaient maintenir l'assujettissement d'une partie de leurs contemporains.  De ce libéralisme-là des forces sociales de gauche osent encore s'enorgueillir ,notamment dans les milieux anglo-saxons ;ce dernier trait suffit ,hélas!,à sa déconsidération dans trop d'esprits français. 

    A l'opposé,quelques ténors dans la vie sociale française ,excités cette fois par l'esprit du temps , et peut-être aveuglés par l'effondrement du"socialisme réel" , au nom même du libéralisme ,prônent un confinement de l'Etat dans ses antiques fonctions régaliennes , en particulier l'excluent de toute intervention dans le domaine économique ,voire social . L'inititative sans entraves des acteurs économiques ,notamment des entrepreneurs ,de l'artisan à la firme multinationale ,acheminera notre monde vers son état optimal . Cette position caricaturale est rarement avouée ; elle est parfois présente au fondement de quelques prises de position . Certes beaucoup reconnaissent que la faiblesse de l'homme exposera quelques dirigeants à des excès ,les conduira à la faute en ne respectant pas les règles du jeu . Mais alors la Justice ,dûment saisie ,sanctionnera leurs défaillances . On peut préciser ce propos en mentionnant la corruption,le délit d'initiés,les écritures comptables frauduleuses....Des exemples récents tant en France qu'à l'étranger illustreront ces cas de figure. Ces mêmes illégalités se retrouvent dans les économies"socialistes",on ne ne le sait que trop.

    Cette attitude est insuffisante. La loi ne peut tout prévoir; le législateur n'agit qu'avec retard.  La recherche du "profit" ou du "business" conduit à des initiatives injustifiables : le traitement des cigarettes par leurs fabricants pour faciliter l'installation de la dépendance chez leurs fumeurs ; puis leur stratégie de conquête des pays africains, notamment, puisque les marchés des pays riches  sont saturés ou protégés par des mesures sanitaires .Ou encore le dépôt de nos matières résiduelles toxiques dans les ports africains ,ou le traitement de nos déchets et rebuts industriels dangereux dans les pays pauvres de l'Asie ;l'ignorance délibérée des méfaits de l'amiante .....

Je rappelle également que la "financiarisation" de l'économie , à laquelle nous avons assisté depuis plus de vingt ans , conduit à gouverner bien des entreprises en fonction des intérêts à court terme ,négligeant la gestion sur longue période .

       L'initiative privée à des fins économiques peut donc être malheureuse ,voire répréhensible. Elle peut être aussi absente, parce qu'inadéquate . Les "grands projets" ,les grands desseins appellent ,requièrent une initiative publique. Peu le contestent :la recherche fondamentale peut-elle être laissée à de très grandes entreprises qui y consacreraient une part de leurs ressources par"mécènat" ou dans l'espoir de découvertes profitables ultérieurement ?

Le tunnel sous la Manche nous rappelle ces temps-ci les limites de l'initiative privée face aux grands équipements ,aux grands travaux d'aménagement .

    Dans un autre domaine ces dernières années ont montré également la fragilité ,et partant les dangers du modèle privé ,aux confins de l'économique et du social : ce sont les fonds de pension que je veux évoquer. L'investissement de son épargne par le salarié pour la constitution de sa retraite dans le capital de sa propre entreprise l'expose à la misère quand cette entreprise est emportée par un désastre économique . Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont illustré les dangers de ce système individualiste . Les formes plus collectives des fonds de pension ne protègent pas non plus de si cruelles déconvenues , car leurs placements peuvent être dangereux  et anéantir les droits à la retraite de ceux qui y avaient capitalisé leurs économies. Les formes européennes de constitution d'un socle pour la retraite des salariés (et des autres acteurs économiques ) par la répartition sont ici préférables .
 

    Le domaine de la santé permet des comparaisons identiques  : laisser le citoyen construire  seul sa protection contre le risque de la maladie par le système de l'assurance individuelle expose les plus pauvres aux plus grands risques , et ne leur permet pas une couverture équitable ; elle les conduit aussi à ne pas prendre suffisamment soin d'eux , et les conduire ultérieurement à des dépenses aggravées ,qu'ils supporteront seuls  ,ou dont à défaut la collectivité aura la charge;

   Ces deux derniers risques sont couverts principalement en France par des organismes sociaux inspirés par les doctrines socialistes , structurant et améliorant la solidarité bien au-delà de ce que permettaient les formes vénérables de la charité . Nos modèles européens sont divers dans les risques qu'ils couvrent ,leurs modalités de financement ,et l'étendue de leurs prestations .Le débat demeure ouvert à leur sujet .Ils sont demeurés à la construction européenne par la volonté des Etats. S'il est nécessaire de les  adapter pour tenir compte des évolutions démographiques ,économiques, sociales, peu nombreux sont dans notre continent les partisans de leur abolition .

 

   On voit par cet exemple que l'opposition radicale ,dogmatique et doctrinaire ,entre les tenants supposés d'un libéralisme pur d'un côté ,et , de l'autre, les partisans d'un socialisme sans concession ne correspond guère à l'état de l'opinion française,ni sans doute européenne . L'Histoire a fait admettre aux premiers l'intérêt de cette" sécurité sociale"; les seconds ne nient plus l'intérêt social de l'initiative,de l'entreprise privée  . On peut regretter que le débat publis en France soit brouillé par des déclarations qui ne tiennent pas compte de ces acquis de l'opinion publique ,et interdisent de se concentrer sur les questions concrètes dont la solution est urgente.Si les partis sont, dans une démocratie, nécessaires au débat public ,la surenchère dogmatique à l'intérieur de ceux-ci ,ou entre ceux-ci à gauche comme à droite, égare le citoyen et ne lui permet pas de donner un avis éclairé.

      Si les formations politiques de droite reconnaissent les bienfaits de la Sécurité Sociale - sans renoncer à critiquer à juste titre ses abus et ses insuffisances  , si elles admettent aussi que des services non régaliens doivent être assurés par l'Etat dans un souci d'équité , à l'exemple de l'éducation fondamentale,de la culture,..il serait hautement souhaitable que les mouvements de gauche ,qui ont reconnu l'efficicacité de l'économie de marché , poursuivent leur maturation en reconnaissant que l'Etat lui-même n'est pas infaillible quand son intervention est jugée utile ou nécessaire, car l'Etat ce sont des hommes, des femmes qui analysent, décident, agissent. Il leur faut reconnaître que l'Etat est lent à s'adapter ,qu'il n'a pas en France la culture de l'évaluation de ses actions , et particulièrement de son efficience .Il leur faut aussi admettre que l'intérêt du contribuable peut être négligé au profit du personnel employé ; que , s'il est à l'abri de la pression du court terme, il n'a pas toujours pour autant le courage du long terme dans ses choix et ses actions : il a fallu construire dans la précipitation les collèges  nécessaires pour accueillir  la vague démographique des années 60 , enregistrée dans les états-civils depuis plus de quinze ans  ; les résidences pour l'acceuil des personnes âgées font déjà cruellement défaut ....

   La protection de l'environnement requerrait une remise en cause plus radicale de notre mode de vie que ce que l'on entreprend . Les accords de Kyoto ne sont pas appliqués avec assez de fermeté . Et pourtant il s'agit là de la question"sociale" fondamentale ,qui devrait être en tête du programme des différents partis . Va-t-on léguer à nos enfants et petits-enfants ,au delà d'une dette publique que ne justifient les désastres d'aucune guerre , une planète épuisée et polluée ? Cette question écologique pèse d'un plus grand poids que l'âge de la retraite ou le taux de l'impôt de solidarité sur la fortune. Sera-t-elle au premier des débats publics et des promesses que suscitent les prochaines élections présidentielles , puis législatives ? S'il est clair à nos yeux ,comme à ceux d'un grand nombre ,que l'idéologie libérale  pure ne porte pas à s'en soucier, la préoccupation de l'avenir à long terme  ne semble pas encore portée avec suffisamment de conviction et de vigueur ,de radicalité par ceux-là même qu'inspirent des visions plus sociales.

      Faut-il alors désespérer de nos formations politiques ? Sauront-elles montrer le chemin, et convaincre ? Il est grand temps que l'intelligence et le pragmatisme  l'emportent sur l'idéologie et l'esprit de système. Nul n'en a la monopole, pas plus que celui du coeur. La meilleure façon d'obtenir ce résultat n'est-elle pas de les rejoindre pour les influencer de l'intérieur ?

Bernard Delebecque , membre de Réformisme et rénovation


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