R2 et le projet socialiste

Publié le par Réformisme et rénovation

Camarades, encore un effort !

Le projet du parti socialiste vient d’être adopté. Les partisans d’un socialisme libéral ont choisi de faire entendre leur voix.
Du projet, nous attendons qu’il nous donne les moyens de rénover notre pacte social, d’encourager toutes les libertés pour mieux organiser toutes les solidarités. Nous attendons qu’il donne de la chair à ce réformisme qui fait notre identité : seule compte la transformation concrète de la société, réalisée par petits pas. Nous voulons un socialisme qui ne renonce jamais à son ambition de progrès et de justice sociale tout en prenant ses solutions là où concrètement « ça marche ».

Alors oui, nous nous réjouissons de voir s’esquisser un socialisme pragmatique et volontaire, celui de la réforme résolue en prise sur le monde d’aujourd’hui. Un socialisme qui défend le rôle des corps intermédiaires, la souveraineté des territoires, la croissance fondée sur l’innovation, les protections professionnelles adaptées à la mondialisation. Un socialisme souhaitant recréer avec volontarisme la solidarité sociale et territoriale, un socialisme qui veut réduire les inégalités de destin, de condition et de traitement, qui souhaite garantir et rénover les services publics. Nous partageons la commune volonté de redonner sens à notre pacte républicain. En rénovant les institutions politiques et judiciaires, en renouvelant l’exercice de la démocratie et en défendant une République unie dans sa diversité.

Cette dynamique, fondée sur un compromis entre les libertés individuelles et les régulations collectives, défendant  libertés et responsabilités, garantissant justice et solidarité, anime la social-démocratie d’Europe du Nord.

 

 Mais notre projet ne lui donne pas encore toute sa place. Des scories et des lourdeurs, vestiges d’un socialisme rigide, entravent notre réformisme résolu.  

 

 

 

A commencer par le fétichisme du rassemblement de la gauche. Nous sommes socialistes et cela devrait suffire à nous définir. Gouverner à gauche, oui, car nous avons fait le choix de défendre nos idées dans et par le parti socialiste. Mais nos alliances doivent s’équilibrer. Exclure une alliance au centre, c'est exclure une autre voie que la gauche radicale voire l'outre-gauche. C'est donner à un partenaire potentiel la qualité d'un partenaire nécessaire, capable d'imposer des propositions que nous n'aurions pas acceptées sinon. C'est s'en remettre au parti de la contestation pour gouverner, lui qui réussit électoralement lorsque le système ne fonctionne pas. Au risque de le voir se retourner violemment contre ses anciens alliés peu avant les prochaines élections.

 

Alors même que l'UDF critique les erreurs de la droite et se pose en partenaire crédible du parti socialiste, tout autant que le parti radical ou les verts. Toutes les alliances sont possibles, au cas par cas, dès lors que nous sommes fidèles à nos valeurs et à notre méthode d’action.

 

Nous aimons faire naître l’idéal du possible. Commençons par fonder nos propositions de réforme sur une vraie crédibilité budgétaire. Le retour à la croissance espéré et la réforme fiscale projetée, comportent un réel degré d’incertitude. Nous ne pouvons plus financer par la dette de fausses avancées sociales qui seraient autant de traites tirées sur l’avenir des nouvelles générations. Nous refusons de faire de la dette publique, lorsqu’elle finance des dépenses de fonctionnement et non d’investissement,  la variable d'ajustement du budget. Attention aux leurres : la croissance ne se décrète pas à travers la seule relance du pouvoir d’achat, la hausse des recettes est toujours plus incertaine que la diminution des dépenses. La relance de l’emploi marchand (PME et TPE notamment) et la réforme de l’Etat seront à ce titre nécessaires.  



Avec justesse, certains archaïsmes de notre projet ont été pointés. Ils mélangent l’idéologie à une conception rigide du volontarisme politique. Ils s’éloignent des nouvelles régulations souples et de la démocratie sociale par ailleurs promues dans le texte.

 Ainsi l’extension des 35 heures constitue, dans sa formulation actuelle, un signe très malvenu de dirigisme aveugle. Oui les 35 heures sont souhaitables lorsqu’elles sont possibles, c’est-à-dire adaptées à la réalité des entreprises et des branches, lorsqu’elles sont issues d’un accord négocié, et qu’elles ne s’accompagnent pas d’un gel des revenus ou d’une trop grande pénibilité. Sans oublier que seule l’augmentation de la productivité ou du temps travaillé dégagera de nouvelles ressources pour financer la protection sociale. Développons plutôt le temps choisi tout en favorisant l’augmentation des bas salaires et l’amélioration des conditions de travail des salariés les plus exposés.

 De même, la réintroduction du contrôle public à 100% d’EDF obéit plus à un symbolisme obsolète qu’au mieux disant économique et social. S’il est légitime que l’Etat définisse la stratégie et détermine les choix de gestion, cela n’exclue pas une ouverture maîtrisée du capital favorable aux investissements et au développement. Plus généralement, cessons d’établir l’équivalence absolue entre service public, propriété publique et monopole. Sans dogmatisme aucun nous devons envisager la possibilité (ou non) de déléguer les missions de service public et d’ouvrir des services à la concurrence en fonction de l’intérêt conjugué des clients et des salariés. En rappelant au passage que le contribuable paye souvent ce que le client croit économiser.

 

 

 

 

 

Autre scorie, issue de la culture protestataire et de la rhétorique de la table rase, la litanie des abrogations entame le crédibilité de notre conception de l’action politique.


Ainsi proposer l’abrogation de la loi Fillon sur les retraites en laissant penser qu’une large négociation donnera des résulats très éloignés des équilibres déjà négociés entretient une coupable illusion.

 

Surtout, en prescrivant, dans le même temps, un droit uniforme à la retraite dès 60 ans. Les Français attendent la vérité: face aux évolutions démographiques, l’allongement de la durée de cotisation est inéluctable. Et la vérité n’est pas l’ennemi du combat progressiste: la construction, avec les partenaires sociaux, d’une retraite à la carte, toujours fondée sur la solidarité, est possible. En modulant pour cela la durée de cotisation et le taux de remplacemment en fonction de la pénibilité du travail et des situations familiales.

 

De même, l’abrogation du CNE, au regard de sa faible efficacité économique et de son fort coût social, ne suffirait pas. Il est nécessaire  de mettre fin à l’éclatement injuste des contrats de travail et de proposer un nouveau compromis entre mobilité et sécurité. Un CDI unique, avec des garanties plus souples et évolutives, assurerait une réelle sécurité, notamment en termes de formation et de transition professionnelle.

 

 

 

Face à la crise, à tous ses symptômes économiques, sociaux et institutionnels, le Parti Socialiste doit proposer un programme de refondation sociale et de renouveau démocratique. Les nouveaux militants qui nous ont rejoint sont prêts à toutes les audaces que donnent la vérité et la volonté. Ils veulent inventer les nouveaux outils de la réforme. Ne les décevons pas, ne décevons pas tous les Français qui attendent une politique de mouvement et d’actes, la seule qui aujourd’hui nous donne à désirer.

 

Ce texte développe la tribune de Jean-Marie BOCKEL publiée le 29 juillet dans Les Echos

 

Publié dans projet socialiste 2006

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