Réponse à l'antilibéralisme primaire

Publié le par Réformisme et rénovation

février 2006

Affirmation N° 1 :"Le libéralisme, c'est plus de choix et des meilleurs prix pour le consommateur"
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FAUX: Selon le dogme libéral lui-même, le libéralisme ne peut fonctionner que si il existe une concurrence suffisante de l'offre. Or dans les faits, le capitalisme libéral tend vers la concentration et la formation de monopoles qui éliminent toute concurrence, réduisent le choix du consommateur et font monter les prix (ou baisser la qualité).


Tout cela est vrai : le marché, s'il n'est pas contrôlé, tend vers des situations de monopole et la disparition de la concurrence.
Ce n'est pas de l'intérêt, comme le souligne notre camarade, du consommateur ou du citoyen, (étrangement, il semble admettre que lorsque la concurrence existe, le choix est étendu et les prix bas, ce qui est également notre avis).
Dans un monde de concurrence les prix sont bas et le choix grand (c'est assez facile à constater dans la vie quotidienne pour les produits soumis à concurrence) ; en parallèle les profits tendent alors vers zéro.
Par ailleurs dans un monde de concurrence parfaite
Les monopoles ne peuvent se former
Il n'y a donc pas d'entreprise pouvant imposer son pouvoir à la puissance publique.
Il n'est donc pas seulement de l'intérêt du consommateur que la concurrence reste parfaite, c'est également de celui du citoyen.
Synthèse
Dès lors, pour assurer un choix maximum et des prix bas, il convient de veiller à ce que la concurrence soit réelle.
C'est la raison pour laquelle :
le projet de traité constitutionnel prévoyait une concurrence libre et non faussée…
les lois anti-trusts et leurs instruments de contrôle sont une clef de la régulation d'une économie libérale.

Affirmation N° 2 :Dans le domaine des services publics comme la distribution d'eau, la poste, ou les chemins de fer, leur privatisation s'est toujours traduite par une augmentation des coûts pour l'usager, une diminution du service, et une réduction des investissements dans l'entretien des infrastructures.

Très juste débat : remplacer un monopole public par un monopole privé ne change rien en soi (à qualité de gestion comparable).

Par ailleurs il est évident qu'il ne faut pas qu'il y ait multiplication des grands réseaux (voies ferrés, eau gaz) pour des raisons écologiques (place disponible, pollution, etc.) et financières (multiplication de l'investissement).

Exemples :
Il est étonnant d'avoir réalisé 3 réseaux d'antennes de téléphonie portable en France.
Il n'est sans doute pas plus intelligent d'avoir privatisé la partie réseau de France Telecom.

J'ai plus de peine à suivre le reste de la démonstration.
Constatons que la privatisation de France Telecom n'a pas nui à l'extraordinaire développement des communications que nous connaissons.
Quant au prix, la facture d'une famille avec enfants de cadre moyen n'a pas évolué depuis 30 ans alors qu'il a plus que décuplé son temps de communication (Internet inclus).
La privatisation ne s'est traduite ni par l' augmentation des prix ni surtout par la réduction du service.
Le monopole d'Etat ne garantit pas en soi le meilleur service au meilleur coût. Tout est question d'efficacité de gestion.
C'est la raison pour laquelle beaucoup de gens pensent qu'il est bon qu'EDF (producteur d'électricité) soit privatisée : ils pensent qu'elle sera plutôt mieux gérée.

Si l'on veut conserver à l'Etat la production de services marchands (transport de personnes, vente d'électricité, distribution de l'eau …) ce doit être dans des conditions normales de coût et qualité ; il n'est juste pour personne que le service soit rendu à un coût anormalement élevé : il y a toujours quelqu'un qui paye la différence.




Synthèse
On doit rester très libres dans la discussion sur les services publics. A mon sens, l'Etat devrait rester maître des infrastructures de réseau et ne pas hésiter à rentabiliser sans scrupule ses investissements (quitte à faire des profits…). La production des services peut alors être confiée au privé (privatisation totale ou partielle, délégation de service public) ou conservée par l'Etat.
Les critères du choix sont :
service rendu (efficacité)
coût comparable à celui qui a cours dans les pays comparables = les Français n'ont pas à payer + cher un service comparable et les contribuables à boucher des trous qui n'existeraient pas ailleurs.
respect du développement durable (occupation de l'espace, pollution, dépenses à mutualiser)
Dans tous les cas l'Etat fixe des règles du jeu (péréquation, qualité du service à rendre etc…)

Affirmation N° 3 : Quant aux systèmes de retraites privés (les fonds de pension), ils consistent à priver les salariés de toute sécurité, en les livrant aux incertitudes de la gestion des organismes financiers. En cas de faillite de ces derniers, les salariés se retrouvent sans retraite malgré des années de cotisation. C'est ce qui s'est passé aux Etats-Unis en 2002 avec la faillite d'Enron.


Parfaitement juste :
Il n'existe pas actuellement d'autre système que la répartition qui ait prouvé qu'il pouvait assurer les retraites des gens sauf à les laisser gérer leur problème individuellement
L'exemple l'Enron est spécieux dans la mesure où il y a eu escroquerie. Celui de Général Motors me paraît plus significatif : des erreurs de gestion font que cette entreprise ne pourra pas assurer les retraites de ses salariés dans les conditions prévues.
Il ne faut pas confier à une entreprise la responsabilité d'assurer les retraites de ses salariés.
Sans objet : les assurances privées ou les entreprises ne doivent pas se voir confier la retraite des français (le pb est relativement simple à gérer et on ne voit pas bien qui le ferait mieux et pour moins cher que les caisses de retraite).

Le problème des fonds de pension (hors langue de bois) est tout autre : si l'on ne veut pas que les entreprises françaises appartiennent aux fonds de pensions étrangers, il faut bien que les Français mettent une partie de leur épargne dans ces entreprises. Pour assurer leur développement elles ont besoin d'argent et elles le trouvent où il y en a.

Synthèse
Donc on garde notre système.
Simplement, il doit être équilibré. Donc on discute jusqu'à ce qu'on arrive à équilibrer sans accroître l'endettement et sans faire fuir les entreprises. Si les gains de productivité le permettent on part + tôt, sinon on part + tard. Ce n'est pas compliqué.
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"Le libéralisme, c'est le libre jeu du marché"
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Affirmation N° 4 : FAUX: Toujours selon le dogme libéral, le libre jeu du marché nécessite la transparence du marché et de l'information. En réalité, à cause des pratiques d'opacité et de l'inégalité dans l'accès à l'information, le consommateur ne peut choisir en connaissance de cause.



Exact : si l'information est biaisée, il y a un problème

Voilà un camarade qui ne court pas les magasins, ne connaît ni les fiches techniques de la FNAC, ni Internet, ni "Que Choisir" ni … !
S'il y a un monde où le consommateur a le libre choix des biens courants c'est bien le nôtre....
Excès dans la démonstration...

Synthèse
Le rôle de l'Etat dans le maintien de la liberté de l'information, c'est un vrai problème ! Pas dans l'information du consommateur (au moins pour l'essentiel) mais dans l'information du citoyen.
En effet notre camarade a oublié 2 aspects du problème de l'information qui sont beaucoup plus importants que l'information du consommateur :
L'information financière des entreprises.
L'indépendance de la presse par rapport aux milieux d'affaires.

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"La croissance crée des emplois"
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Affirmation N° 5 : FAUX: La croissance crée des emplois dans un premier temps, mais elle sert surtout à financer les "restructurations" et les délocalisations. Au bout du compte, elle détruit davantage d'emplois qu'elle n'en crée.



Pas de thèse ou tellement faible…
L'excès est toujours ridicule : sur la courte ou la longue période la croissance crée des emplois ; la dernière fois c'a été la période 1997 – 2000 ...
D'après notre camarade, il y a moins d'emplois maintenant qu'à l'apparition du capitalisme puisque celui-ci ne fait que détruire des emplois. Rappelons que la France a 60 M d'habitants qu'il y en avait peut être 30 en 1850 et quasiment tous agriculteurs. Que font donc tous ces gens ?
Quand on vous dit que l'excès est ridicule…

Synthèse
Réussir à assurer une croissance respectueuse de l'environnement et créatrice d'emplois, voilà le challenge ! Si on dit aux Français qu'il ne faut pas de croissance, le résultat des élections sera croquignolesque…


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"Seul le marché est apte à déterminer le juste prix des matières premières, des devises, ou des entreprises"
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Affirmation N° 6 : FAUX: Les marchés sont essentiellement guidés par la spéculation et la recherche du profit à court-terme. Les fluctuations des cours sont souvent irrationnelles, excessives, et soumises à la manipulation. Ces oscillations excessives des cours sont destructrices, provoquant ruines et faillites dans l'économie réelle. Mais dans le même temps, ces oscillations sont aussi génératrices de profit pour les spéculateurs. Encore le principe des vases communicants…!



Vrai : les marchés sont guidés par l'intérêt des acteurs et ceux-ci ont souvent (mais pas toujours) tendance à préférer le court terme.
C'est un vrai problème et en cas de rupture de « bulle » cela peut avoir des conséquences sur l'économie réelle.
Remarque : on ne parle ici que du marché des actions et pas du marché des biens et services commerciaux. L'économie réelle résiste en général assez bien aux coups de boutoir du marché des actions (cf. bulle des technologiques en 2000).
On peut parler de l'Amérique Latine à un autre moment avec notre camarade ; ce papier ne peut y suffire (quand on cumule les erreurs il ne faut pas toujours accuser les marchés, c'est trop facile).
Quand à l'irrationalité, force est de constater que sur la longue période la bourse se trompe peu (la valorisation des entreprises est plutôt bien corrélée avec celle de la croissance du PIB).
Synthèse
La bourse est un instrument nécessaire pour financer le développement des entreprises. Si l'on se limite aux oscillations des marchés de valeurs d'entreprises il est bien rare qu'elles pénalisent autre chose que des boursiers.
La question de la bulle Internet est un peu spécifique : ce qui a provoqué des faillites et des restructurations, ce n'est pas la chute de la bourse c'est l'erreur dans l'évaluation du marché. En l'occurrence il ne faut pas confondre l'effet et la cause.
Quant aux raisons des défaillances dans les pays du Tiers-monde (Thaïlande, Argentine, …) il faudrait en parler dans un papier + complet : accuser seulement les "oscillations des marchés" est réducteur même si la spéculation n'a pas été absente. Des erreurs de stratégie monétaire et économiques sont également en cause.
Cela dit, ralentir la volatilité des marchés aurait beaucoup d'intérêt ; il faut trouver le bon mécanisme.

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"L'entreprise crée des richesses. Elle est la source de la prospérité des pays et de leurs habitants"
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Affirmation N° 7 : FAUX: le plus souvent, les entreprises ne créent pas de richesses, car la valeur créée est inférieure aux coût réel des ressources utilisées ou détruites, si on prend en compte le coût environnemental et humain, ainsi que le coût réel des matières premières non renouvelables.



Si l'on dépasse la formulation simpliste, ce raisonnement est proche de celui qui était tenu par Illich dans les années 60 : en définitive on va plus vite à pied qu'en voiture car avec la somme des temps qu'il faut pour construire la voiture trouver l'essence etc. …, on a tout le temps d'arriver où on veut aller.
Autrement formulé, la somme des consommations (des efforts à consentir) pour faire un bien est supérieure à ce que celui-ci apporte comme gain d'efforts dans le même temps.

Qu'on me pardonne si je n'ai pas bien lu Illich ; mais je crois que notre camarade dit à peu près cela.

On peut souhaiter cultiver notre jardin (à la houe).
Par ailleurs cela n'a rien à voir avec le libéralisme : un développement qui se ferait dans un système de propriété d'Etat ou sur de coopératives qui produirait la même quantité de biens aurait les mêmes effets.
S'il est vrai que le développement de la civilisation moderne a été vorace en ressources naturelles, c'est en Europe que le mouvement s'inverse le + vite. Des quartiers en Grande Bretagne et en Allemagne consomment maintenant moins d'énergie qu'ils n'en créent.
Rappelons enfin que les pays où l'irresponsabilité écologique a été la plus criminelle (au sens propre) ont été les pays à économie administrée par l'Etat.

Synthèse
Développement durable, petit à petit, avec ténacité et sur des dizaines d'années.
Et réglementation publique.

Affirmation N° 8 : Le "profit" des grandes entreprises est en réalité prélevé sur la nature, saccagée par l'exploitation, l'urbanisation et la pollution, ou "vampirisé" sur d'autres acteurs économiques:
- sur les salariés qu'on aura licencié pour économiser des coûts ou "augmenter la productivité", ou dont on aura réduit la rémunération ou la protection sociale.
- sur les consommateurs qui doivent payer plus pour une qualité ou une quantité moindre.
- sur les fournisseurs (en particulier sur les producteurs de matières premières minières ou agricoles)
- sur d'autres entreprises dont on aura provoqué la faillite par des pratiques déloyales, ou qui sont rachetées pour être ensuite dépecées, vendues par morceaux, et dont les salariés sont transformés en chômeurs.
- sur les populations du Tiers-monde qui ont été spoliées de leurs terres et de leurs ressources, et qui ont été réduites en esclavage, obligées de travailler dans les mines ou les "ateliers de la sueur" des entreprises transnationales, ou pire encore, obligées de servir de cobayes à l'industrie pharmaceutique, ou de vendre leurs organes (le plus souvent un rein ou un oeil) qui seront ensuite greffés à des malades fortunés. (Le prix payé pour le prélèvement d'un rein va de 20.000 euros en Turquie, à seulement 800 euros en Inde)



Notre camarade décrit ici justement les habitudes de fonctionnement du monde économique libéral et sa recherche du profit maximal par :
L'économie des moyens (consommations de matières, heures travaillées, gains de productivité, optimisation de l'offre, économie sur les prix d'achat), ce qui provoque pression sur les fournisseurs et les salariés, licenciements, exploitation des populations des + faibles.
La recherche du prix de vente le + élevé,
Les faillites d'entreprises concurrentes
Le dépeçage d'entreprises,
L'exploitation du Tiers-monde dans les "ateliers de la sueur"



D'autres assertions sont fausses ou tiennent de l'amalgame :

Les entreprises profitent certes des situations d'oppression (Allemagne pendant la dernière guerre, travail des enfants ou des prisonniers) ; en général elles n'en sont pas à l'origine.
L'esclavage n'a aucun rapport en soi avec le libéralisme : il le précède (de siècles) (Rome, Athènes…)
L'exploitation des + faibles n'est pas moins mortifère dans les pays à économie administrée.
Quant à laisser au libéralisme, fût-il ultra, la responsabilité du trafic d'organe, notre cher camarade pousse un peu : c'est un crime et le crime a précédé le capitalisme pas le contraire...
Sur le fonctionnement du système :
La richesse et le profit de l'entreprise sont le fruit :
du travail des hommes qui la composent,
des outils mis à leur disposition
des matières et services achetés et qui seront transformés.
Dans le système libéral où les entreprises naissent vivent et meurent, l'optimisation de ces facteurs de production est nécessaire pour développer et assurer la vie et la survie de l'entreprise. Il ne suffit pas de faire des profits, encore faut-il que les voisins n'en fassent pas beaucoup plus sous peine de ne pouvoir suivre le rythme de leurs innovations, de trouver sur le marché un produit meilleur ou moins cher et de fermer boutique (c'est alors qu'on licencie tout le monde !).
C'est pourquoi nous vivons dans un monde instable pour chacun même si, sur la longue période, et pour l'ensemble, il résiste plutôt bien.
Quelques points, en vrac :
Améliorer la productivité c'est faire + avec – de moyens. C'est bien, en soi et à tous points de vue (en particulier au plan écologique) même s'il y a des effets pervers.
Un salarié licencié, par définition, ne rapporte rien à l'entreprise (il lui coûte à travers les cotisations "chômage") ; ce qui intéresse l'entreprise (ce qui crée du profit) c'est un salarié qui produit. Une entreprise licencie pour améliorer ses profits, jamais lorsque ce n'est pas nécessaire.
Sur le prix des matières premières, la partie la + problématique pour le Tiers-monde est l'agriculture, qui n'est pas libéralisée ; l'organisme qui veut rendre les pays riches accessibles aux produits du Tiers-monde, l'OMC est celui qui est le + haï par les altermondialistes. Allez comprendre...

Sur les fonctions :
Celle du chef d'entreprise est d'assurer la pérennité et le développement de celle-ci. Cela passe par la permanence d'un profit comparable à celui de l'environnement. La question de l'utilisation du résultat est une autre question.
La fonction de l'entrepreneur est d'inventer les biens et services qui existeront demain et de mettre en œuvre, sur ses biens propres ou sur ceux de gens qui lui font confiance, les moyens.
La fonction du financier est de calculer la rentabilité des investissements et de mettre à la disposition des investisseurs l'argent nécessaire à partir de l'épargne d'autres acteurs.
Ces fonctions ne dépendent pas de la nature du système. Essayez, vous verrez, elles sont indispensables même en système étatique.

Synthèse
Contrairement à notre camarade, les Français savent que les grandes entreprises (françaises ou étrangères) fabriquent leurs voitures, qu'eux-mêmes font leurs courses dans les grands magasins, qu'ils voyagent par SNCF ou Air France, qu'ils téléphonent grâce à France Telecom ou Bouygues, qu'ils sont distraits par France 2 ou M6 … ils savent aussi qu'il y travaillent pour la plupart. Toutes grandes entreprise (publiques ou privées) qui vivent, produisent, emploient, dans un monde libéral régulé.

Elles n'ont pas pour eux une existence théorique ou livresque mais bien réelle et essentielle. Avant de tout casser, prend bien soin camarade d'avoir mis en place la suite, de peur que les Français ne te demandent des comptes.
Pour les socialistes qui se reconnaissent aussi libéraux, c'est + simple il faut mettre la justice dans la société telle qu'elle est et pas telle qu'on la rêve.

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"La mondialisation profite à tous"
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Affirmation N° 9 :FAUX: Entre 1992 et 2002, le revenu par habitant a chuté dans 81 pays. Dans le Tiers-Monde, le nombre des "extrêmement pauvres" a augmenté de près de 100 millions.
L'écart des salaires s'est également creusé de manière fantastique. Prenons l'exemple d'une ouvrière chez un sous-traitant asiatique de Disney qui fabrique des vêtements à l'éffigie de Mickey pour les consommateurs occidentaux. Cette ouvrière travaille dans un "atelier de la sueur", 14 heures par jour, 7 jours sur 7, sans aucune protection sociale, sans droit de grève, le tout pour un salaire horaire de 0,28 dollars. Dans le même temps, le salaire horaire du PDG de Disney est de 2800 dollars, soit 10.000 fois plus.
Les 225 personnes les plus riches du monde cumulent un patrimoine global de 1000 milliards de dollars, l'équivalent du revenu annuel des 3 milliards de personnes les plus pauvres de la planète, soit 47% de la population mondiale. La fortune additionnée des 84 personnes les plus riches dépasse le produit intérieur brut de la Chine avec ses 1,2 milliards d'habitants.
En 2002, 20% de la population mondiale accapare 80% des richesses, possède plus de 80% des voitures en circulation et consomme 60% de l'énergie, tandis que le milliard d'habitants les plus pauvres se partagent 1% du revenu mondial.



Ce qui est vrai :
les inégalités s'accroissent démesurément
tous les pays ne profitent pas de la mondialisation (ce serait intéressant de savoir pourquoi certains et pas d'autres) au moins les autres en profitent-ils.
le développement des pays comme la Chine se fait dans des conditions très dures
Ce qui n'est pas dit :
En Chine en 10 ans (par exemple) :
Triplement du revenu du chinois de base
Apparition d'une "classe moyenne" (des gens qui ont un revenu comparable au revenu moyen des Français) de 100 M de personnes.
Il manque 1,8 M de travailleurs dans la région la + développée ce qui tire les salaires vers le haut
Dans les zones industrialisées, le salaire mini est de l'ordre de 100 € par mois (il y a encore 5 ans on parlait de 10 €). Dans moins de 10 ans ils en seront, dans ces régions, au SMIC français (je prends date)
En Inde, le salaire d'un chef de projet est à 60 % de celui d'un équivalent français

Synthèse
2 niveaux de réflexion :
D'abord sur le développement.
Il est tout simplement faux de prétendre que la Chine ne se développe qu'au bénéfice des + riches. Il est tout aussi faux de dire qu'elle ne se développe pas du tout. Il y a un mouvement fantastique en cours dans une partie du Tiers Monde, qui concerne maintenant directement plus de 2 milliards de personnes et qui les enrichit tous + ou -, et + ou – vite.
Les puristes peuvent préférer le temps de Mao et la "Grande Révolution Culturelle Prolétarienne" ou du "Grand Bond en Avant" et leurs millions de morts sans parler du goulag (qui n'a tout de même pas été mis en place par les libéraux). Personne ne prétend que les problèmes de ces pays soient résolus, que la faim ou le goulag y aient disparu, que la Chine soit un pays démocratique ni même que les entrepreneurs chinois ne profitent pas de la situation d'oppression qui existe dans ce pays pour faire travailler les gens dans des conditions infra normales.
Mais dire que le libéralisme empêche le développement de ces pays est tout simplement mentir ; au contraire il le crée.
D'autres solutions ont été essayées en Chine et en Inde qui n'ont pas apporté le développement. Le libéralisme change cela et c'est au bénéfice de ces pays et de leur population.
Sur les inégalités dans les pays riches :
C'est un vrai problème : les rémunérations des dirigeants et les fortunes des propriétaires d'entreprises croissent sans mesure. Il faut y remédier, parce que la situation des US où l'essentiel de la croissance des années Bush est accaparée par une très faible partie de la population n'est pas ce que nous voulons.
C'est bien entendu à l'Etat qu'il revient de fixer les règles du jeu.
Il doit tenir compte de la réalité du phénomène, de la nécessité de disposer d'un vivier suffisant de cadres de haut niveau, de celle d'attirer les investissements étrangers, de l'environnement international (attractivité relative de la France et des autres pays), du maintien de l'intérêt des entrepreneurs à entreprendre ici ou là (ou à entreprendre tout court), …
Pas de réponse simple. On peut simplifier, revenir aux années 50 et fermer les frontières ; ce ne sera pas long… On peut aussi reconnaître que le monde est complexe et régler ces questions au scalpel plutôt qu'à la hache.

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"Le libre jeu du marché crée par lui-même les conditions de l'équilibre"
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Affirmation N° 10 : FAUX: Le libre jeu du marché produit l'équilibre uniquement en moyenne sur une longue période. En réalité, il oscille en permanence autour de l'équilibre, et ces oscillations sont brutales et destructrices. Une économie libérale entraîne un environnement économique instable qui prive les individus de toute sécurité, les obligeant à s'adapter sans cesse aux aléas de la conjoncture et aux "restructurations économiques".


Or comme toute vie biologique, l'être humain a besoin d'un minimum de stabilité de son environnement. Le libéralisme est donc contraire à l'homme et à la vie dans son ensemble, le libéralisme ayant aussi pour conséquence l'exploitation sauvage de la nature et la pollution généralisée de l'écosystème.



Bien, juste : le libéralisme provoque à court terme des oscillations autour d'un "trend" globalement croissant (notre ami reconnaît ici que, sur la longue période, le libre jeu du marché produit l'équilibre).
Le développement des sociétés (libérales ou non) est traversé de crises
Nous vivions jusqu'il y a 10 ans dans un monde où seulement 1 milliard d'hommes bénéficiaient d'une vie normale ; 2 à 3 milliards de personnes veulent se mettre à niveau. Quoi de + normal ?
C'est une extraordinaire opportunité pour la croissance française si l'on veut la saisir.
Mais cela ne peut pas se faire sans crise d'adaptation ; il faut la gérer de manière à ce que la période se passe sans trop de casse

Synthèse
Vrai problème :
Comment assurer la sécurité des hommes et des femmes alors que nous sommes dans un monde en pleine mutation et qu'ils devront changer de métier (ou au moins d'entreprise) plusieurs fois dans leur vie ?
On peut proposer aux français l'immobilisme. Encore faudrait-il que nous soyons satisfaits de la situation actuelle avec ses millions de chômeurs de précaires et de Rmistes. Par ailleurs, autour de nous, le monde continuerait à tourner et les Français ne mettraient pas longtemps à se demander pourquoi ils n'auraient plus accès au progrès.
La solution la + prometteuse est sans doute dans ce que la CGT a appelé "carrière tout au long de la vie". Encore faut il en trouver les modalités.

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"Le libéralisme est le seul choix possible, sous peine de s'isoler du Monde"
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Affirmation N° 11 : FAUX: Certes, un pays court le risque d'une délocalisation accrue des entreprises si il ne va pas dans le sens de leurs désirs. Du fait de la mondialisation, les salariés occidentaux sont désormais en concurrence avec les salariés de l'Inde ou de la Chine, y compris pour des emplois qualifiés dans le tertiaire ou les secteurs technologiques. Tant qu'il y aura le moindre profit à réaliser en délocalisant, les entreprises iront au plus offrant, dans le pays où elles trouvent les lois sociales et environnementales les moins contraignantes.

Mais si il en est ainsi, c'est parce que nos gouvernements se sont entendus pour créer ces conditions, en appliquant simultanément dans tous les pays les déréglementations prônées par l'idéologie libérale. Ils ont réalisé la mondialisation uniquement dans un sens favorable aux entreprises, sans la contrepartie d'une mondialisation au niveau des lois de
protection sociale et environnementale. La mondialisation néo-libérale est résolument dissymétrique.

D'autre part, cette absence apparente de choix revient de fait à une dictature des entreprises. Accepter cette dictature, c'est renoncer au pouvoir souverain des Etats et des représentants élus du Peuple. C'est donc renoncer à la démocratie, et accepter à terme un esclavage généralisé.




Ce qui est vrai :
Un pays qui choisit de quitter le système court un risque important pour son développement.
La libéralisation des échanges est le résultat d'accords politiques conclus par nos représentants qui ont été nommés par nos gouvernants (lesquels sont bien des "représentants élus du Peuple" ).
La libéralisation crée un risque de dictature des marchés et particulièrement des grandes entreprises.

Ce qui est farfelu :
La libéralisation en question ne serait favorable qu'aux entreprises (les consommateurs en profitent).
Elle se déroule sans contrepartie sociale et environnementale

Ce que notre camarade ne nous dit pas c'est qu'il préfère acheter une voiture 100 plutôt que 200. Et que tout le monde est pareil. On peut souhaiter revenir aux années 50. Le vrai bénéficiaire de la libéralisation des échanges est le consommateur : il achète les produits moins chers.
Les pertes d'emplois en France sont encore pour l'essentiel provoquées par l'accroissement de la productivité (faire + avec -) et pas par les délocalisations.
Le développement des pays a bas salaires apporte à nos pays aujourd'hui + de travail et + d'emplois qu'il n'en coûte.
Par ailleurs le développement dans ces pays ne se fait pas sans heurts, mais le mouvement vers de meilleures conditions de travail et + de respect de l'environnement est amorcé, autant pour des raisons locales (luttes sociales, pénuries locales de main d'œuvre) que suite aux pressions (audits des grandes société acheteuses concernant le travail des enfants, le travail des prisonniers…) .

Synthèse
Les mouvements déjà engagés dans les pays comme la Chine et l'Inde d'une part (consommation locale de masse et accroissement des coûts de production) et la hausse des coûts de transport d'autre part pèseront sur la tendance dans les 10 ans qui viennent : le mouvement de délocalisation se tarira progressivement (ce qui ne veut pas dire que les investissements dans ces pays vont diminuer).
1 signe (il y en a d'autres mais celui là est tout à fait significatif) : les entreprises qui raisonnent long terme (Toyota est le meilleur exemple actuel) investissent encore dans le monde entier y compris en Europe (et même en France). Les profits réalisés par les entreprises d'automobiles en Chine se réduisent comme peau de chagrin; on ne prévoit pas, pour le moment, de baisse des investissements (le marché potentiel est supérieur au marché actuel) mais on ne prévoit pas non plus de transfert massif des usines vers la Chine.

C'est quelque chose qu'on entend peu et qu'on ne lit nulle part mais que je pense bien réel (je prends date) : on reviendra au temps de la production près du consommateur, en commençant certes par les produits chers et pondéreux mais sans s'y limiter : avec l'accroissement du coût de transport et la poursuite de l'accélération générale de l'économie, l'Europe verra revenir ses usines.

Plutôt que de vouloir tout casser, il faut accompagner, favoriser, accélérer ce mouvement .


Que faire ?
Compte tenu de la teneur du texte d'origine, on est restés ici dans des considérations théoriques. Il faut mettre en musique les mesures concrètes qui permettent d'humaniser ce système dont, paraphrasant Churchill, on pourrait dire qu'il est "le pire à l'exception de tous les autres" ; dont on peut aussi dire qu'il est le meilleur s'il est bien régulé.
Une chose, en effet, est de philosopher sur du vent, une autre de proposer une politique susceptible de tirer le pays de l'ornière où il est, dans le monde tel qu'il est.

On peut croire que les entreprises privées sont des sangsues dont le bilan est négatif (plus de nuisance que de production). Il faut alors proposer quelque chose pour en sortir et dire ce qu'on met à la place des "grandes entreprises" (Marchais disait le "Grand Capital"). L'incantation ne peut servir de programme.

On peut aussi penser le contraire et constater que le bilan du libéralisme régulé à l'Européenne est « globalement positif » (encore Georges Marchais mais à propos de l'"expérience du socialisme réel").
Quand on est de cet avis, et qu'on est socialiste, il reste à continuer d'imposer à ce système, outre le principe de liberté sur lequel il est fondé, les 2 autres principes qui sont dans la devise de la République : l'égalité et la fraternité (que l'on peut peut-être résumer dans un principe de justice sociale).
Et cela ne passe pas par des grandes phrases creuses, mais par des mesures concrètes dont certaines fonctionnent déjà (heureusement), d'autres sont déjà dans le débat public et d'autres encore à inventer. L'objet du projet du PS (s'il ne se perd pas dans les rêves fumeux de ceux qui veulent changer de système) est justement de les définir.
Pour nous qui sommes et socialistes et libéraux, la solution que nous préconisons c'est le marché et la régulation en vue de la justice. Et nous espérons bien que ce choix sera apparent dans le projet de tous les socialistes pour 2007.

D. Gendrin

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