JM Bockel et le projet socialiste 2

Publié le par Réformisme et rénovation

juin 2006

Camarades, encore un effort !


Avec le projet du Parti socialiste, nous nous réjouissons de voir
s'esquisser un socialisme en prise sur le monde d'aujourd'hui. Un
socialisme qui défend le rôle des corps intermédiaires, la souveraineté
des territoires, la croissance fondée sur l'innovation, les protections
professionnelles adaptées à la mondialisation. Cette dynamique anime la
social-démocratie d'Europe du Nord. Mais notre projet ne lui donne pas
encore toute sa place. Des scories et des lourdeurs, vestiges d'un
socialisme rigide, entravent notre réformisme résolu. A commencer par
le fétichisme du rassemblement de la gauche. Nous sommes socialistes et
cela devrait suffire à nous définir. Assumons notre réformisme. Non, la
gauche radicale n'est pas notre seul destin. Oui, toutes les alliances
sont possibles, au cas par cas, y compris avec le centre, dès lors que
nous sommes fidèles à nos valeurs et à notre méthode d'action.

Nous aimons faire naître l'idéal du possible. Commençons par fonder nos
propositions de réforme sur une vraie crédibilité budgétaire. Le retour
à la croissance espéré et la réforme fiscale projetée comportent un
réel degré d'incertitude. Nous ne pouvons plus financer par la dette de
fausses avancées sociales qui seraient autant de traites tirées sur
l'avenir des nouvelles générations. Attention aux leurres : la
croissance ne se décrète pas à travers la seule relance du pouvoir
d'achat, la hausse des recettes est toujours plus incertaine que la
diminution des dépenses. La relance de l'emploi marchand (PME et TPE
notamment) et la réforme de l'Etat seront à ce titre nécessaires.

Avec justesse, certains archaïsmes de notre projet ont été pointés,
mélanges d'idéologie et d'une conception rigide du volontarisme
politique. Ainsi, l'extension des 35 heures constitue, dans sa
formulation actuelle, un signe très malvenu de dirigisme aveugle. Oui,
les 35 heures sont souhaitables lorsqu'elles sont possibles,
c'est-à-dire adaptées à la réalité des entreprises et des branches,
lorsqu'elles sont issues d'un accord négocié, et qu'elles ne
s'accompagnent pas d'un gel des revenus ou d'une trop grande
pénibilité. Sans oublier que seule l'augmentation de la productivité ou
du temps travaillé dégagera de nouvelles ressources pour financer la
protection sociale. Développons plutôt le temps choisi tout en
favorisant l'augmentation des bas salaires et l'amélioration des
conditions de travail des salariés les plus exposés.

De même, la réintroduction du contrôle public à 100 % d'EDF obéit
davantage à un symbolisme obsolète qu'au mieux-disant économique et
social. S'il est légitime que l'Etat définisse la stratégie et
détermine les choix de gestion, cela n'exclut pas une ouverture
maîtrisée du capital favorable aux investissements et au développement.
Plus généralement, cessons d'établir l'équivalence absolue entre
service public, propriété publique et monopole. Sans dogmatisme, nous
devons envisager la possibilité (ou non) de déléguer les missions de
service public et d'ouvrir des services à la concurrence en fonction de
l'intérêt conjugué des clients et des salariés. En rappelant au passage
que le contribuable paye souvent ce que le client croit économiser.

Autre scorie, issue de la culture protestataire et de la rhétorique de
la table rase, la litanie des abrogations entame le crédibilité de
notre conception de l'action politique. Ainsi, proposer l'abrogation de
la loi Fillon sur les retraites entretient une coupable illusion. Les
Français attendent la vérité : face aux évolutions démographiques,
l'allongement de la durée de cotisation est inéluctable mais la
construction, avec les partenaires sociaux, d'une retraite à la carte,
toujours fondée sur la solidarité, est possible. De même, l'abrogation
du CNE, au regard de sa faible efficacité économique et de son fort
coût social, ne suffirait pas. Il est nécessaire de proposer un nouveau
compromis entre mobilité et sécurité. Un CDI unique, avec des garanties
plus souples et évolutives, assurerait une réelle sécurité, notamment
en termes de formation et de transition professionnelle.

Le Parti socialiste doit proposer un programme de refondation sociale
et de renouveau démocratique. Les nouveaux militants qui nous ont
rejoints sont prêts à toutes les audaces que donnent la vérité et la
volonté. Ne les décevons pas, ne décevons pas tous les Français qui
attendent aujourd'hui une politique de mouvement et d'actes.

JEAN-MARIE BOCKEL est ancien ministre, maire de Mulhouse, sénateur du
Haut-Rhin.

http://www.lesechos.fr/info/rew_france/4453134.htm

Publié dans projet socialiste 2006

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