Rebsamen vs Désir

Publié le

Les Socialistes doivent-ils s'allier avec le MoDem ?

Dans le nouvel obs

Pour : François Rebsmamen *

Le Nouvel Observateur.
- Vous avez fait alliance avec le MoDem à Dijon. Mais était-ce bien nécessaire ?
François Rebsamen. - Ce n'est pas comme ça qu'il faut poser la question. J'ai voulu rassembler dans la clarté. C'est une valeur qui me semble essentielle. Mais en même temps cette stratégie supposait une méthode : d'abord rassembler son camp, tout son camp; ensuite élaborer un projet de gauche; et enfin, sur cette base, proposer au MoDem de nous rejoindre, sans exclusive. Les centristes peuvent apporter leur pierre, mais ils doivent accepter le projet et, bien sûr, nos partenaires.

N. O. - Cette démarche peut-elle s'appliquer à la présidentielle ?
F. Rebsamen. - Elle me paraît inévitable pour les prochaines échéances. S'il veut gagner la présidentielle, le PS doit apparaître comme capable de rassembler au-delà de son propre camp. Il faudra bien sûr un candidat unique de la gauche au premier tour. C'est encore le plus sûr moyen d'accéder au second. Mais ensuite il faudra viser plus large pour espérer l'emporter. Nos démarches locales doivent préparer les électeurs du MoDem à de meilleurs reports de voix.

N. O. - Cette question doit-elle être tranchée au prochain congrès ?
F. Rebsamen. - Bien sûr, il faudra un débat de fond. Je ne suis pas pour un renversement d'alliances : ma stratégie reste d'abord le rassemblement de la gauche. Mais quand ce total ne fait que 36%, comme au premier tour de la présidentielle, on doit se poser une question de bon sens : comment faire pour franchir la barre des 50% ? Si la gauche peut le faire seule tant mieux. Si elle ne le peut pas, alors trouvons des alliés.

N. O.
- A quoi bon tendre la main au MoDem, si celui-ci ne veut pas la saisir ?
F. Rebsamen. - L'union est un combat. C'est ce que François Mitterrand nous a appris dans ses relations avec le PCF. Aujourd'hui, ce n'est pas parce que le MoDem dit non ou que Bayrou dit non, que nous ne devons pas continuer à tendre la main.
N. O. - Vous ne redoutez pas d'installer le MoDem dans un rôle d'arbitre, voire défavoriser un concurrent potentiel ?
F. Rebsamen. - Nous ne proposons pas au MoDem d'être l'arbitre mais un partenaire. Si certains redoutent au PS de se faire dépasser, c'est qu'ils n'ont aucune confiance dans leur parti, ni dans la force de ses propositions.

* Maire de Dijon, numéro deux du PS, proche de Ségolène Royal

Contre : Harlem Désir *

Le Nouvel Observateur. - Ségolène Royal a appelé à faire alliance partout avec le MoDem au soir du premier tour. Est-ce la bonne stratégie pour le PS ?
Harlem Désir. - Je remarque que nous sommes arrivés en tête dans de nombreuses villes, parfois très largement, sans avoir eu besoin de passer un accord avec le MoDem. Le rassemblement de la gauche autour de projets progressistes n'a donc pas si mal fonctionné ! Ne nous trompons pas d'analyse : l'objectif du parti de François Bayrou n'a pas changé. Il rêve de se substituer au PS comme force d'alternance en 2012 et se contente pour le moment de jouer les forces d'appoint à droite ou à gauche selon les scrutins. J'y vois une tentative de revenir aux forces centristes de la IVe République, qui faisaient et défaisaient les majorités. Cela n'a rien d'un progrès ! La vie politique a besoin de clarté.

N. O.
- Le MoDem est-il devenu le nouvel arbitre de la vie politique française ?
Harlem Désir. - Le MoDem, c'est Juppé à Bordeaux et Rebsamen à Dijon. Qui peut croire que l'un et l'autre représentent les mêmes valeurs ? Le parti de François Bayrou n'est un arbitre que si on lui donne ce rôle. C'est lui faire beaucoup d'honneur. Ce n'est pas à nous de l'aider à entretenir la confusion, mais à lui de se situer. Quand je l'entends dénoncer l'alliance «socialo-communiste» à Pau dimanche dernier, je me dis qu'il est en voie de re-droitisation accélérée.

N. O. - Le PS n'a-t-il pas pourtant besoin de nouveaux alliés ?
H. Désir. - Le premier tour de l'élection présidentielle a montré qu'on ne pouvait pas s'en tenir à la stratégie d'Epinay. Nos partenaires traditionnels à gauche ne sont plus en mesure de nous aider à constituer une majorité. Cela nous renvoie à la nécessité de rénover profondément notre offre politique. Mais si certains pensent qu'il nous suffit de trouver un nouveau partenaire pour tout régler, ils se trompent. Tendre la main au MoDem revient à chercher des réponses arithmétiques à un problème politique. Le PS doit assumer son rôle central et non se contenter d'aller chercher une béquille en guise de rénovation. Si nous sommes capables de convaincre au plan local sans nous allier avec le MoDem, on doit être capable de le faire au plan national. A nous de travailler pour rassembler à l'avenir 35% à 40% des Français.

* Député européen, proche de Bertrand Delanoë et de Lionel Jospin

 

Matthieu Croissandeau
Le Nouvel Observateur

Publié dans Rénovation du PS

Commenter cet article