Le PS de 2008 est loin de la SFIO de 1958

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Edito de la lettre de Socialisme et démocratie.
Effectivement, comparaison n'est pas raison.
Bien sûr il faut pouvoir entendre ces critiques dans ce qu'elles ont de vrai, mais sans accepter un dénigrement excessif d'un PS fantasmé bloqué et archaïque.




Jean-Pierre Rioux vient de railler le PS en le ramenant à la « SFIO de
1958 »
. S’il est heureux que la comparaison avec son propre passé soit
encore possible, et pour tout dire normal d’y lire une filiation, cette antienne
est erronée, le PS de 2008 n’a rien à voir avec son ancêtre d’il y
a 50 ans
. Il suffit pour s’en convaincre de reprendre les trois arguments
avancés.
« Même isolement social loin du peuple » est-il affirmé. La fragilité de
l’argument tombe de lui même. D’abord, pour ne retenir que des élections
comparables, aux législatives de 2007 les socialistes rassemblaient plus
de 7 millions (soit 27,64 %) et au second tour, 186 d’entre eux entraient
à l’Assemblée. Ce tableau n’a que peu de points communs avec la législative
de 1956, où la SFIO totalisait 14,92 % et seulement 94 députés
contre 150 au PCF. Ensuite, parce qu’en ces temps pré-électoraux, les
sondages indiquent de façon convergente que les électeurs s’apprêtent
à favoriser les équipes conduites par des socialistes pour gagner des
municipalités et des cantons sur la droite. Enfin, parce que le PS est, à
gauche, le seul à prétendre pouvoir incarner l’alternance.

«Même capacité à appréhender le réel, la décolonisation hier, la mondialisation
aujourd’hui »
est-il secondairement reproché. C’est un refrain
éventé. Sempiternellement, quelques esprits chagrins tentent d’enfermer
les socialistes dans une histoire étroite, quelque part entre 1789 et 1871.
Il faut alors redire que le PS a depuis bien longtemps adopté la culture
de la réforme et que son rapport à l’exercice du pouvoir est aujourd’hui
décomplexé.
La cohérence dont témoigne l’histoire des réformes conduites par le PS
de 1981 jusqu’à 2002
, démontre que sur l’Europe, la globalisation, son
lien avec la société civile et sur sa pratique même du pouvoir, l’aggiornamento
s’est fait pendant l’exercice même des responsabilités
. Il ne faut
pas attendre du PS un Bad Godesberg qui s’est déjà en partie produit.

Enfin exécutent les procureurs « même prospérité du socialisme municipal,
même sclérose des grosses fédérations face à Paris, même atonie
du groupe parlementaire
». La critique est osée. Que faut-il y lire ? Que
le PS a trop d’élus locaux ? Mais n’est-ce pas là la vocation d’un parti
d’autant que le contexte juridique depuis 1982 (réforme de gauche) a été
bouleversé. Les élus de 2008 ne sont que des lointains parents de ceux
de 1958
. Grâce à la décentralisation, ils n’attendent pas de ramasser la
misère pour en faire commerce. Ils ont un devoir, comme socialistes : être
utiles à leurs concitoyens partout où ils sont en responsabilité.
Est-ce qu’alors nos parlementaires seraient inaudibles ? Mais qui conduit
l’offensive contre la rétention de sûreté, contre le démantèlement des
services publics, contre la création d’un bouclier fiscal ? Qui saisit in
fine le conseil constitutionnel ? Est-ce enfin notre organisation militante
qui serait déficiente ? Sans doute mais elle ne demande qu’à s’enrichir
de nouveaux talents. De fait, les socialistes ont toujours été les acteurs
d’une gauche ouverte et évolutive, fidèle à ses valeurs de justice et d’égalité
mais refusant l’enfermement idéologique. C’est ainsi qu’ils ont pu
convaincre et su fédérer.

Alors décidément, non, le PS du XXIème siècle ne ressemble pas à la
SFIO de la moitié du XXème. Mais il n’oublie pas pour autant qu’en 1920,
au Congrès de Tours, celle-ci demeurait la « vieille maison » défendue
par Léon Blum, attachée à la démocratie, au suffrage universel,au parlementarisme
et au réformisme...

Publié dans Politique nationale

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