Modem : quelques questions que l'on doit se poser... (5)

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2 Risque ou opportunité pour le PS ?

Ne prend-on pas le risque de renforcer un concurrent, voire couver l'oeuf du dragon qui demain nous terrassera ?

Certains communistes nous rappèlent, mélancoliques, que Mitterand a étouffé le PC en s'alliant avec lui alors que le PS était moins puissant. « Voilà ce qui va vous arriver si vous acceptez ». Si les situations ne sont pas les mêmes, la méfiance doit effectivement être présente, dans ces alliances entre concurrents.

Lorsque Henri Emmanuelli, après bien d'autres, se demande en quoi nous devrions aider le modem a exister, alors que son projet présidentiel était précisément de nous devancer, de nous éclater (et qu'en sera-t-il la prochaine fois), il a raison.

En effet, ces alliances permettront au modem d'avoir de nombreux élus, une forme de reconnaissance. Demain si à nouveau notre candidat ne convainc pas une partie des sympatisants socialistes, il y aura moins de barrières à un vote modem, d'autant plus s'il y a une alliance dans sa ville.

La situation ubuesque que l'on a connue lors de l'élection présidentielle sera encore moins crédible. Bayrou, candidat de la droite, antilaïque et ultralibéral contre lequel tractaient les militants, est devenu en une semaine un partenaire dans la défense de la république, potentiel premier ministre, avec lequel étaient désormais constatées de larges convergences.
Ridicule.

La méfiance est également la position de nombreux strausskahniens, qui pensent que c'est le PS qui doit incarner cette rénovation, cette crédibilité réformiste, sans abandonner une partie du positionnement au modem, dans une tacite répartition des segments électoraux...


Les dynamiques concurrentes :

En effet, le danger que fait peser le modem se situe également à ce niveau : l'émergence d'un mouvement est une aventure, un projet tentant. L'énergie de la jeunesse, le dynamisme de la nouveauté politique, le bouillonnement de la création... L'espoir est grand chez tout ces nouveaux militants, qui pensent créer une structure sans avoir à s'embarasser d'élus, de conflits anciens. La réalité est moins facile, mais une dynamique subsiste.

Or la dynamique des fluides politiques est vitale. Cela brasse, renouvelle, rajeunit parfois, consolide pour les débats et combats de demain.
Ainsi cela attire là-bas des gens électeurs ou militants qui auraient tout à fait leur place au PS (pas tous).

Cela a aussi une incidence en terme de rapport de force interne au PS. Le risque peut notamment être d'attirer là-bas des énergies et des voix qui manqueront en interne à certains, alors que le parti est en pleine recomposition. Certains, qui s'inquiètent de la prise du PS par Ségolène Royal ou du fonctionnement interne, peuvent se diriger vers le modem, plutôt qu'adhérer ici pour contrer ce qu'ils perçoivent comme une menace ou faire évoluer les choses...


Mais c'est aussi l'émergence d'un nouveau vivier de sympatisants politiques.

Alors qu'auparavant la séparation avec les autres partis à droite du PS était nette et franche, se crée dorénavant, dans les deux sens, un ensemble de sympatisants qui peuvent choisir. On retrouve une partie des adhérents à 20 euros du PS aujourd'hui au modem.

Mais demain en fonction des dynamiques, une partie de membres passés par le modem rejoindra le parti socialiste.

Déjà lors du second tour des législatives, le vote modem du premier tour a permis de faire voter à gauche au second des personnes plutôt de centre droit, servant de pont. Tout comme sans doute, un vote Bayrou au premier tour de la présidentielle a pu aussi permettre à certains déçus de la gauche d'oser le vote Sarkozy au second.
Et ces dirigeants qui travailleront ensembles dans les villes peuvent ancrer le modem au PS, lorsque des choix de second tour doivent être faits.

Les alliances municipales en sont l'illustration.


Cette restructuration du centre peut donc être un risque comme une opportunité pour le PS, et plus particulièrement pour les sociaux-démocrates et réformistes.

Plus largement il ne faut pas sous-estimer le risque de dillution de la politique dans le centre, si celui-ci prend de l'importance, tendant à laisser penser que finalement les grandes orientations se valent, que les projets sont importants sans s'interroger sur les valeurs. C'est donc bien dans le cadre d'alliances maîtrisées entre partis, et non pas dans la négation des différences, que des accords peuvent avoir lieu.

Sans doute pouvons nous alors envisager des accords, mais sans être dupes ou naïfs. Ainsi Bertrand Delanoë a raison lorsqu'il affirme que des accords sont possibles à Paris, mais seulement si le modem a la cohérence de faire un pas vers le PS, notamment en affirmant que dans cette situation « la droite et la gauche, ce n'est pas pareil ».

Et il ne faut donc pas abandonner tout préalable qui laisserait penser qu'il n'y a pas de différences entre nos deux partis.

Enfin, en partie, le modem se positionne par rapport aux autres partis pour se construire. Au delà de l'idéologie, dans son fonctionnement il peut tenter d'incarner un anti-PS, en le caricaturant, mais aussi en pointant de réels dysfonctionnements.

C'est donc un double défis, qui souligne par là la nécessité de notre rénovation, de nos évolution, en pointant ce qui ne va pas chez nous, et qui nous pousse à devenir force d'attraction et mouvement dynamique.


 

(précédent :
-
de l'udf au modem
-
le modem, qu'est-ce aujourd'hui ?
-vers quoi se dirige le modem ?
-les nouveaux rapports entre PS et modem )

 

Publié dans Politique nationale

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